‹ France et AngleterreChapitre 21 sur 100 · Papiers et correspondance de Wellington^ op. cit · texte numérisé non relu

Papiers et correspondance de Wellington^ op. cit

3. Cîorrespondance d'Egypte, dépêches de janvier et février 1830 (Record Office, Londres), \oir aussi les dépêches de M. de Laval des 8 et 13 février (Affaires étrangères),

4. M. de Lesseps au prince de Polignac, 29 mars 1830. En même temps M. Read écrivait à Londres pour dire que le bey demandait la protection de l'Angleterre, et pour inviter le gouvernement à donner

A Constantinople, sir Robert Gordon ne négligea aucun effort pour obtenir du sultan qu'il interdît formellement au vice-roi de donner suite à ses projets. Mais de ce côté il n'avança guère. Les Turcs ont toujours été des diplomates consommés. Ils avaient bien voulu ne pas s'aliéner l'Angleterre en accordant au général Guilleminot lelirman d'autorisation, mais ils auraient craint d'irriter la France par une défense positive. Toute Tinsistance de l'ambassadeur britannique ne put faire sortir le Divan de sa prudente réserve. « Mehemet-Ali ne nous a rien dit de ses projets, lui répondit le seraskier, et nous n'avons ni à lui permettre ni à lui défendre une chose à laquelle, selon moi, il n'a jamais pensé. Voici probablement ce qui s'est passé. Les Français ont proposé leur plan à Mehemet-Ali, et celui-ci l'a trouvé si absurde qu'il n'a môme pas cru devoir en parler à la Sublime-Porte^. »

Rien de ces démarches maintes fois répétées n'échappait au général Guilleminot qui les suivait avec soin et s'appliquait à les déjouer, car il craignait toujours de voir les Turcs se laisser aller à quelque résolution violente : « Je ne puis encore préjuger, écrivait-il, ce que fera la Porte si Mehemet-Ali, sans l'aveu du sultan, entreprend d'attaquer les régences. Je suis disposé à croire que, livrée à ellemôme, elle évitera de se prononcer contre lui, mais si les Anglais l'excitent, elle essayera peut-être de démonstrations qui pourront l'effrayer. La plus dangereuse serait d'envoyer une escadre devant Alexandrie lorsque les forces navales et l'expédition de Mehemet-Ali auront quitté l'Egypte 2. » Sir Robert Gordon l'avait menacé de celte complication certain jour où il s'élevait avec force contre

Tordre à Tamiral MalcoJm, qui commandait Ja flotte anglaise, de prendre toutes les mesures défensives nécessaires. (Lettre à M. Hay, sous-secrétaire d'État au Colonial Office, 26 mars 1830 [Record Office^ Londres].)

1. Sir R. Gordon à lord Aberdeen, 26 février 1830 {Record Office, Londres),

2. Le général Guilleminot au prince de Polignac, o md^rs {Affaires étrangères).

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la France, qui selon lui, exposait par ses fantaisies le repos et la paix de TEurope. « Vous avez manqué de franchise, lui avait-il dit, et ce qui le prouve c'est votre entêtement à ne consulter personne. » Le général Guilleminot, qui avait rapporté des camps une humeur impétueuse et peu endurante, le releva vertement : « Monsieur, riposta-t-il, dans une affaire où il y va de la dignité du roi, Sa Majesté n'a personne à consulter. Elle ne doit rien à ses alliés, si ce n'est peut-être de les informer de sa résolution. Au reste, nous n avons en cette matière qu'à suivre l'exemple que votre cour nous a maintes fois donné, et je ne pense pas qu'elle veuille aujourd'hui se manquer à elle-même en prêtant son appui à des pirates dont l'existence est la honte de l'Europe * ! » Sir Robert Gordon n'insista pas.

Pendant que l'Angleterre agissait avec tant de promptitude et d'énergie sur les côtes d'Afrique et à Constantinople , elle s'appliquait de tout son pouvoir à soulever l'Europe contre les desseins du cabinet des Tuileries. Ceci était malaisé, car il était difficile aux puissances de s'opposer ouvertement à un projet dont les conséquences devaient être si heureuses pour le commerce et la navigation. Dès le premier jour, tous les Etats secondaires, qui n'avaient pas à s'inquiéter des mystérieuses complications de la politique européenne, et qui n'envisageaient que les avantages immédiats de l'initiative de la France, avaient envoyé leur chaleureuse approbation. A Rome, àNaples, à Florence, à Lisbonne on accueillit avec enthousiasme l'espérance d'être à jamais affranchi de la terreur des corsaires. Seule en Italie, la cour de Sardaigne fit quelques réserves. Elle se croyait de taille àse défendre elle-même, et n'aurait pas été fâchée de disputer à la France les bénéfices de l'opération. L'Espagne montra la plus extrême pusillanimité. Le lamentable gouvernement de MM. de Salmon et de Colomarde évita de s'engager, donnant comme prétexte la crainte de représailles de la part des Barbaresques et l'hostilité de

1. Le général Guilleminot au prince de Polignac, 5 mars {Affaires étrangères ).

l'Angleterre. Des pays du Nord, les adhésions vinrent plus nombreuses encore et non moins vives. Francfort, Dresde, Munich, Sluttgard, Darmstadt, Carlsruhe, Cassel, Hambourg, Hanovre, Copenhague, Stockholm, firent sans hésiter cause commune avec la France*. Sans doute toutes ces bonnes volontés ne nous apportaient pas grand appui matériel ou diplomatique, mais elles valaient comme une manifestation imposante de Topinion publique européenne et fournissaient à la France Toccasion, qui fit souvent sa fortune au cours de l'histoire, de grouper autour d'elle les intérêts politiques maritimes et commerciaux des Etats de second ordre et de s'en faire le champion au regard des grands de l'Europe 2. Voyant qu'elle ne pourrait rien sur l'opinion qui nous était irrévocablement acquise^, l'Angleterre s'efforça de réveiller dans toutes les cours le vieux levain de jalousie et de défiance, qui pendant nos vingt-cinq années de croisade guerrière avait jadis fermenté contre nous d'un bout à l'autre du continent. Elle représenta l'expédition algérienne comme la résurrection de nos passions tumultueuses et conquérantes. La rude leçon de 1814 et 181S nous avait, disait-elle, calmés pour un temps, mais le feu n'était pas éteint. H avait couvé sous la cendre, et se ranimait soudain prêt à incendier de nouveau l'Europe calme et pacifiée.

Sur ce terrain, l'Angleterre eut quelques avantages pas-

1. Voir un rapport au ministre des affaires étrangères sur les « réponses des cours secondaires» [Affaires étrangères, fonds divers, Egypte ).

2. Voir les instructions de M. le duc de Laval et du prince de Talleyrand qui développent cette idée, chap. 11, p. 38 et 52.

3. Ce n'était pas seulement dans les petits États que Topinion publique s'était déclarée pour nous. Chez les grandes puissances l'expédition était très populaire, surtout parmi les populations maritimes et dans les classes commerçantes et industrielles. On en eut bientôt la preuve dans les manifestations significatives qui se succédèrent après la prise d'Alger. On trouve des traces de cet état d'esprit un peu partout, même en Angleterre. Bien que peu enclins à sacrifier à l'opinion publique, il était difficile aux gouvernements de l'Europe de ne pas se laisser influencer par elle dans une certaine mesure.

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sagers. 11 faut reconnaître qu'à la première^ uoiiviMloiIe nos projets, Timpression générale dans les grandes cours avait été un profond étonnement joint à un vagins sentiment de malaise et d'ennui. Pourquoi ne pas rester tranquille? N'avait-on pas déjà assez de soucis avec les incartades des peuples qui menaçaient chaque jour la ji^rande charte de pacification péniblement élaborée en 1815 ? Fallail-il encore jeter entre les puissances une nouvelle pomme de discordes? — Il n'est pas douteux que cette impression^ très vive à Vienne, n'eût des adeptes dans piitsieurs autres chancelleries. Elle aurait pu être dangereuse pour nous, si par ailleurs nous n'avions été à même en fi 830 île recueillir le bénéfice de la politique sage et prudente suivie avec persévérance parla restauration. Nous l'avons signalée en son temps pour en faire honneur aux deux rois et à leurs ministres qui, non contents de panser les plaies de la patrie, lui avaient rendu en Europe une situation éniinente et respectée. Cette situation était trop forte eu 1S30 pour être facilement entamée, et l'influence française, solidement assise à Pétersbourg comme à Berlin, n^avuit pas h craindre d'être supplantée. En fait le cabinet des Tuileries n'eut aucune peine, en cette occurrence, à (onserverTappui des deux grandes cours du Nord. Entre la France, la Russie et la Prusse, des explications franches et amicales écartèrent tout sujet d'inquiétudes et même eurent ce mérite d'inciter M. de Polignac à modifier ses plans dans un sens plus pratique et plus favorable au pays. Contre ce faisceau puissant et uni, l'Angleterre voulut engager la lutte : elle échoua.

APétersbourg, tout d'abord elle fut repousséc avec perte. L'empereur Nicola? avait accueilli volontiers Tidée de voir la France intervenir chez les puissances barbaresques. Cette idée n'était pas d'ailleurs une nouveauté pour le cabinet de Pétersbourg qui, dès 1821, l'avait proposée au duc de Richelieu comme la conséquence du ilémembrement de l'empire ottoman '^, et M. de Ncsselrode n'avait

1. Voir la correspondance de Pétersbourg pourrannée Î82l {ÀffûU

pas en 1830 changé d'opinion. En outre, il ne lui déplaisait pas qu'un refroidissement sérieux survînt entre la France et l'Angleterre, car il espérait en profiter pour le règlement des affaires d'Orient. Iléconduisit donc poliment l'ambassadeur d'Angleterre qui était venu lui apporter les doléances de son gouvernement et lui répondit « qu'il n'avait aucune objection contre notre expédition * ».

Si M. de Nesselrode refusait de discuter avec lord Heytesbury, en revanche il ne se faisait pas faute de représenter à notre envoyé, le duc de Mortemart, que le plan de M. de Polignac péchait par la base. La combinaison égyptienne lui paraissait irréalisable, ou du moins des plus aléatoires, et il redoutait, tant pour notre situation extérieure qu'en raison de son influence sur le monde musulman, les suites d'un insuccès. « C'est un projet de visionnaire, disait-il à M. de Mortemart ! Croyez-vous par hasard que les Egyptiens soient capables d'aller à Alger? Comment n'osez-vous pas détruire vous-mêmes ce nid de pirates et vous y établir pour nous en délivrer à jamais ? » « Tout ceci nous déconsidère sérieusement, ajoutait le duc de Mortemart, qui avait son franc parler avec M. de Polignac, et bien que l'empereur soit décidé à nous laisser agir comme nous l'entendrons, il ne faut guère compter sur son appui à Constantinople ou à Alexandrie. S'il le fait ce ne sera que par égard pour le roi ^. »

res étrangères ). « Alexandre, dans une lettre confidentielle adressée à Richelieu en septembre 1821, lui proposait d'unir ses forces à celles de la France pour mettre un terme au massacre des Grecs et aux intolérables violences et vexations des Turcs. Le seul moyen d'obtenir ce résultat^ disait le tsar, était de chasser une fois pour toutes les Turcs de l'Europe. 11 offrait à la France de prendre pour elle, dans le partage qui suivrait l'opération, les territoires qui seraient le plus à sa convenance. 11 allait jusqu'à indiquer tous les États barbaresques comme étant plus à notre portée. » (Le Duc de Richelieu, documents réunis par M. de Cisternes, p. 290.)

i. Dépêche de lord Heytesbury, ambassadeur d'Angleterre, à lord Aberdeen, 25 février 1830 (Record Office, Londres).

2. Le duc de Mortemart à M. de Polignac, 22 février et 16 mars 1830 {Affaires étrangères ). — Pour expliquer ce que la conduite de la Russie eut d'un peu équivoque en la circonstance, il convient d'ajouter

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A Berlin pas plus qu'à Pétersbourg, l'Angleterre ne trouva aucun appui, et notre ministre, M. Mortier, profita habilement « des sentiments d'aigreur et d'amertume » (ce sont ses propres expressions) que M. de Bernstorff nourrissait contre le cabinet britannique pour en obtenir une démarche effective. Celui-ci avait d'abord médiocrement approuvé l'alliance égyptienne qui lui paraissait chimérique et de nature à entraîner des complications européennes, mais devant Tinsistance de M Mortier et rassuré par l'attitude de la Russie il consentit à nous appuyer à Constanlinople et au Caire ^. Des grandes puissances, la Prusse fut "la seule à intervenir ouvertement en notre faveur.

Restait l'Autriche. Là, l'Angleterre trouvait un terrain parfaitement préparé. M. de Metternich ne nous aimait guère. Des événements du début du siècle, il avait conservé une défiance insurmontable contre la France. Tout mouvement de notre part lui semblait le prélude d'une conflagration nouvelle, et la seule politique qui lui parût sûre était celle de l'immobilité. « Dans toutes les affaires qui sont aujourd'hui sur le tapis, disait de lui M. de Rayneval, ce qu'il désire, c'est qu'on ne brusque aucune question,

que rempereur Nicolas, dont les sympathies pour la France et les Bourbons n'étaient pas douteuses alors, avait contre le prince de Polignac des préventions personnelles très accentuées. Son arrivée aux affaires l'avait irrité et inquiété : « Je n'aime pas ce qui se passe en France, disait-il à cette occasion : c'est là qu'est le vrai danger pour nous tous. D'un côté rien que faiblesse et indécision, de l'autre rien qu'audace et résolution. Vont-ils tenter une réaction ultra-royaliste? Ce serait une folie, car à supposer qu'elle fût possible ce n'est pas eux qui pourraient la faire. Et s'ils échouent qu'arrivera-t-il dans ce diable de pays? Veulent-ils donc une troisième marche sur Paris?» < Conversation de l'empereur avec lord Heytesbury. Dépêche de l'ambassadeur du 14 octobre 1829 [Record Office, Londres].)

1. M. de Bernstoff écrivit à ce sujet au consul de Prusse à Alexandrie : c Je vous charge, Monsieur, de faire connaître au vice-roi, d'une manière confidentielle mais positive, et sous la forme la plus authentique que peuvent admettre la nature de votre position et les usages du pays où vous résidez, que notre auguste cour est parfaitement d'accord avec celle de France sur l'esprit et le principe de l'expédition combinée^ qui se concerte actuellement entre le gouvernement de Sa Majesté très chrétienne et le pacha d'Egypte. » (Affaires étrangères.)

qu'on hasarde le moins possible, et qu'en général on préfère une transaction médiocrement avantageuse à un arrangement complètement satisfaisant, mais qui entraînerait des longueurs et des difficultés ^ » L'esprit toujours en éveil sur ce qui pourrait troubler le statu quo de l'Europe, il avait partout étendu les ramifications d'une police ombrageuse, qui ne reculait devant aucun moyen pour surprendre les secrets des chancelleries et dresser silencieusement ses contre-mines. « Brûlez cette lettre, écrivaiton souvent à M. de RavnevaL vos maisons et vos armoires de Vienne ne sont pas sûres ^. »Ses moyens cachés, qui lui permettaient d'intercepter régulièrement la correspondance du général Guilleminot, lui dévoilèrent, un des premiers en Europe, tout le plan de nos opérations. Il en fut consterné et non moins irrité. Sur-le-champ, il manda lord Cowleyqui représentait à Vienne lacourdela Grande- Bretagne, et le mit au courant de la situation. Celui-ci s'empressa de prévenir son gouvernement : « M. de Metternich vient de m'informer, écrivit-il dès le 3 janvier, qu'il était en possession des dépùches du comte Guilleminot au prince de Polignac relativement à la proposition qu'il avait faite à la Porte d'employer les troupes d'Egypte contre Alger, Tunis et Tripoli. Il résulte clairement de ces dépêches qu'il y a entente entre la France et Mehemet-Ali, et que le pacha agira avec ou sans le consentement de la Porte. Voilà bien les conséquences de cette désastreuse guerre (Navarin) ! c'est le démembrement de la Turquie que la France entreprend ^. » Sans attendre d'instructions, lord Cowley ne négligea rien pour entretenir et accroître les craintes de M. de Metternich. Chaque jour l'ambassadeur et le chancelier se rencontraient, se communiquant l'un à l'autre les renseignements qu'ils avaient pu surprendre, et toutes les fois que les courriers du général

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