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M. de Rayneval au prince de Polignac, 28 janvier

2. M. de Bois-le-Comte, directeur des affaires politiques, à M. de Rayneval, 20 avril 1830 {Affaires étrangères).

3. Dépêche particulière et confidentielle de lord Cowley à lord Aberdeen, du 3 janvier 1830 (Record Office^ Londres), .

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Guilleminot passaient par Vienne, une longue dépêche partait pour Londres avec l'analyse de la correspondance française ^. Ainsi endoctriné, M. de Mettemichfit unmédiocre accueil à M. de Rayneval lorsque celui-ci vint officiellement lui communiquer la circulaire de M. de Polignac : « Vous allez nous replonger dans le gâchis, lui dit-il ; voilà des années que nous nous appliquons à éviter tout ce qui, d'une manière ou d'une autre, tendrait à diminuer Tautorilé de la Porte ottomane. Aujourd'hui, vous allez rompre le lien social qui relie entre elles les diverses parties de cet empire. Vous allez provoquer un écroulement général et jeter subitement toute l'Europe dans des embarras devant lesquels elle recule depuis si longtemps. Jamais nous ne pourrons vous suivre sur ce terrain 2. » Sur le principe même de l'expédition, M. de Metternich évitait de s'engager. 11 convenait bien volontiers que l'existence des régences était incompatible avec le repos et la dignité de l'Europe, mais il n'osait aller plus loin. « Si tout le monde était d'accord, continuait-il, tout irait pour le mieux, et je ne demanderais qu'à vous voir agir, mais l'Angleterre ne vous laissera pas vous installer à Alger, et tout cela nous prépare des difficultés inextricables. »

En résumé, malgré les réticences de l'Espagne et de la Sardaigne, en dépit de quelques observations suggérées par le désir d'éviter de dangereuses complications, on peut dire que l'Europe continentale tout entière, à l'exception de l'Autriche, approuvait dans leur principe les vues de la France sur les côtes d'Afrique. Quant au mode d'exécution imaginé par M. de Polignac, il avait été partout accueilli avec la plus extrême froideur, soit qu'on y vît le germe de discordes inévitables gratuitement provoquées, soit qu'il fût jugé chimérique, voué à un échec certain, en un mot, aussi dangereux pour la France et

1. Voir notamment les dépêches de lord Cowley des 3 et 28 janvier, et 27 mars 4830.

2. Correspondance de M. de Rayneval avec le département, passim, et notamment dépêches des 28 janvier et 5 février 1830 (Affaires étrangères).

TEurope que pour TEgyple. M. de Polignac ne tarda pas à se rendre compte de cet état d'esprit, et les réponses qui lui parvinrent des cours achevèrent de Tédifier sur Taccueil fait à ses conceptions stratégiques et politiques. Au reste, Topinion ne lui était pas plus favorable en France et dans le gouvernement. Il avait dès le début surpris le consentement de ses collègues, qui par déférence l'avaient laissé aller, mais, depuis qu'on approchait de la solution, l'opposition jusqu'alors contenue et silencieuse se réveillait. MM. de Bourmont et d'Haussez multipliaient leurs objections. En France comme en Europe M. de Polignac se trouvait seul de son avis, et quelle que fût sa foi en son étoile, il lui était difficile de ne pas en ùtre impressionné. Or, s'il avait souvent le défaut de s'opiniâtrer à Textrôme dans ses idées, il avait en politique extérieure trop de sagacité et de bon sens pour ne pas comprendre que dans une affaire de cette gravité, en présence de Thostilité irréductible de l'Angleterre, il ne devait rien négliger pour fortifier la bonne volonté que l'Europe presque entière nous témoignait. Il lui parut prudent, avant de s'embarquer, d'aveugler les fissures par oii son entreprise risquait de s'en aller à vau-l'eau. M. d'Haussez nous a conservé le récit piquant de la brusque volte-face qu'il fit en cette occasion. Il est probable que son imagination aura quelque peu embelli les faits qui se passèrent au conseil du roi, et que dans sa satisfaction de voir le chef du gouvernement contraint de céder pour se rallier à l'opinion qu'il avait toujours défendue, il n'aura pu résister à la tentation de s'amuser à ses dépens ^.

Quoi qu'il en soit, il fut décidé, au conseil du 31 janvier, que l'on abandonnerait l'idée de faire régler par Mehe-

1. Voir d'Haussez, Mémoires, t. II, p. 157, Son récit, fort malveillant pour le prince de Polignac, est en complète contradiction avec celui de M. de Guernon-Ranville, et avec le rapport officiel de M. de Polignac conservé aux archives du quai d*Orsay. Il ne faut pas oublier que M. d'Haussez écrivit ses Mémoires plusieurs années après les événements de 1830, à une époque où il était brouillé avec M. de Polignac, ce qui rend ses appréciations d'autant plus sujettes à caution.

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mel-Ali notre querelle avec Alger, et que la France s'en chargerait elle-même. Quelque chose, cependant, subsistait des combinaisons primitives. On offrait à Mehemet-Ali Tunis et Tripoli, en le chargeant d'y détruire Tesclavage et la piraterie. La France Taiderait par un subside de 8 millions, mais elle se désintéressait absolument de la conduite de cette expédition à laquelle elle ne s'associerait par aucune démonstration navale ou militaire. Elle déclinait pareillement toute entente diplomatique, laissant le vice-roi et le sultan s'arranger ensemble et s'entendre avec l'Europe.

Sur les traces du capitaine Huder qui était parti le 20 janvier avec des instructions diamétralement opposées, on envoya en toute hâte un autre émissaire, M. de Langsdorf, pour informer le vice-roi que ses offres étaient rejetées, mais qu'on serait heureux de le voir s'associer à la croisade humanitaire delà France, en agissant de son côté sur le terrain qui lui était réservé.

M. de Langsdorf arriva trop tard. Débarqué le l*"^ février à Alexandrie, le capitaine Huder avait suivi à la lettre ses instructions qui lui prescrivaient de se hâter, et de faire accepter le plus tôt possible par Mehemet-Ali les propositions avantageuses dont il était porteur.

Le pacha l'avait reçu avec empressement. Tout avait été réglé en quelquesjours, et le IGfévrier, Ibrahim, muni des pleins pouvoirs de son père, avait signé avec notre envoyé une convention définitive. Dès le lendemain, le navire de M. de Langsdorf entrait en rade. Ce fut un véritable coup de théâtre. Mehemet-Ali fut exaspéré, car rien ne lui souriait dans les dispositions nouvelles de la France. Il aurait volontiers tenté une aventure dont il comptait garder tout le profit, tant que nous l'assurions de notre appui diplomatique. Fort de notre alliance, il ne redoutait pas l'hostilité de l'Angleterre, et se souciait peu des sentiments ambigus de la Porte. Mais, abandonné à ses propres forces, iln'osapas s'engager. Etait-ilprudentd'envoyeràcinq cents lieues ses meilleures troupes et sa flotte? Le sultan, excité par les Anglais, n'en profiterait-il pas pour lui faire chère-

ment expier ses velléités d'indépendance? « Vous me livrez aux Anglais, dit-il à M. MimauU, et vous reprenezvotre parole parce qu'ils vous font peur ^. » D'ailleurs, il ne lui convenait pas de borner son rôle à celui d'exécuteur des volontés de la France. S'il avait proposé l'expédition au gouvernement français, c'est qu'il comptait agir seul. Son prestige était grand sur les populations du littoral, et son nom, plus encore que ses armes, aurait brisé les résistances. Mais toute sa force tombait si on voulait l'associer à une guerre conduite par une puissance chrétienne. « Seul, je suis très fort, répétait-il à M, de Langsdorf , .mais du jour où je ne serai plus que le lieutenant de ton roi, tous les croyants se tourneront contre moi et je ne serai même plus maître de mes soldats, w Et comme M. de Langsdorf protestait, cherchant à le calmer : « Tu ne connais rien à ces gens-là! s'écria-t-il. Veux-tu que je me coupe la tôte avec mon propre sabre? Crois-moi, le chamelier du désert en sait plus long sur la maladie de son chameau que les premiers médecins d'Europe. Ce serait me perdre, m'anéantir. On va crier en France contre mon fanatisme, mais toi, qui me connais, tu devrais comprendre ce que je te dis. Tu sais bien que tout cela m'est égal, mais que je dois compter avec mes Osmanlis. Est-ce ma faute à moi, si ce sont des bœufs? — Soit, reprit alors M. de Langsdorf, tu es libre de rester. Pour nous, nous allons partir. — Partez, puisque vous le voulez, riposta le pacha en colère, mais c'est absurde. Vous n'arriverez jamais à Alger et quand môme vous y arriveriez, vous n'oseriez pas y rester à cause de vos nouveaux amis d'Angleterre. Alors pourquoi faire la guerre? Est-ce pour vous venger d'un homme ! Gela prouve que vous ne connaissez guère les deys d'Alger. Savez-vous ce que Tun d'eux répondait un jour à un officier anglais qui le menaçait d'une pareille exécution : « Combien cela vous coûtera-t-il ? (( — Environ deux millions sterling. — Eh bien ! donnez- « m'en la moitié, et je brûle moi-môme ma ville 2.»

i, M. Mimault à M. de Polignac, 26 avril 1830 {Affaires étrangères). 2. Correspondance de M. de Langsdorf, pasm* (Affaires étrangères).

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<c L'affaire est manquée, concluaient MM. Mimaultetde Langsdorf; il n'y a plus rien à faire ici », et en effet tout s'arrêla brusquement. Le 12 avril, arriva en France la nouvelle de la rupture définitive des négociations. Mais déjà FAngleterre, rassurée sur les intentions de Mehemet- Ali, avait d'autres sujets d'inquiétude. L'armée navale qui se réunissait à Toulon montrait que, malgré sa déconvenue, le gouvernement français n'avait rien abandonné de ses projets. Il fallait compter dès lors avec l'avertisse- .ment que, dès le 16 janvier, M. de Polignac avait donné aux cours de l'Europe : « Si la négociation avec Mehemet- Ali venait à se rompre, le roi n'aurait plus qu'à prendre conseil de la dignité et de l'intérêt de sa couronne, pour terminer l'affaire d'Alger de la manière qui lui paraîtra le plus convenable. »

{Suile) LA CONQUÊTE

I, — Lofi pnparatifs de l'expédition. — Discours du trône à Paris. — Effet pn»cliiii pnr v\: discours à Londres. — Confusion extrême dans les allures de i;t dipluinauf Linglaise.

II. — L*An^^leterre nous offre sa coopération, puis elle renonce à cette iilpf et i4iLMi iik* à provoquer l'opposition de l'Europe.

m. — Jnii'i'vention de l'Angleterre à Constantinople. — Hésitations et ombiii^ras lie I;l ]*orte. — Mission de Taher-pacha à Alger.

IV- ^ L'Angleterre réclame du cabinet des Tuileries des engagements prétiis sur lo sort futur d'Alger. — Refus de M. de Polignac. — Discussions umjieuaes à Paris et à Londres.

V. — iJi^rsiii^rs efforts du cabinet anglais. — Ultimatum de l'Angleterre. — Df'p^ndfi l;i lliitle. — Anxiété provoquée en France par l'attitude suspecte de l'A ijgU'i erre.

\1 . — La prise d'Alger. — Armements en France et en Angleterre. — Intrigues du cuLinut anglais contre la maison de Bourbon et le ministère Polignac.

VJL — Idées répandues en France sur le sort futur d'Alger. — Longues hé^JLiuioiis «tiL gouvernement.

VllL — Opiiiion de l'Europe et en particulier de l'empereur Nicolas sur la même qmslîun.

IX. — ^ioy^'[l dilatoire imaginé par M. de Polignac. — Négociation entamée avec la Porte pour le partage de la régence.

X, — \'ivf r^iiiotion à Londres à la nouvelle que l'armée n'est pas rappelée en FfiiiiiU' après la chute d'Alger. — Extrême tension des rapports entre liyfi deux riiiivememcnts. — M. de Laval quitte Londres. — Sa dernière tînirrvtîi: avto 1 »i'd Aberdeen. — Chute de Charles X.

Le3 7 février 1830, le baron d'Haussez, minisire de la inarinc, juesenta à la signature du roi les ordonnances de molli lisation relatives aux armc^es de terre et de mer. Uiii^ojiinn s on était affranchi des hésitations et des expédients (li's premiers mois. On allait marcher droit au but, et pendant le court délai qui leur restait à vivre M. de Polignac, M. de Bourmont et M. d'Haussez allaient rivaliser du zt'^le et d'ardeur.

("est qu'on effet la promptitude était indispensable, si

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Ton voulait réussir, car les longs pourparlers avec TÉgyple avaient fait perdre un temps précieux. Pour agir avec une sécurité suffisante, il fallait devancer Téquinoxe d'automne : force était donc de prendre Alger dans le courant d'août au plus tard. D'ailleurs plus on irait vite, moins on aurait à redouter de complications diplomatiques. Aussi M. d'Haussez ne négligea-t-il rien pour hâter les préparatifs. L'amiral Duperré, à qui le roi venait de confier le commandement de la flotte ^, n'était guère encourageant- Il jugeait l'aventure périlleuse, et en tout cas aurait voulu la remettre à l'année suivante, car, disait-il, il lui fallait au moins six ou huit mois pour la préparer : « Je vous en donne trois, répondit le ministre, pas un jour de plus, m L'amiral protesta, et le bruit de ses réclamations parvint jusqu'au conseil, qui s'en émut d'autant plus que ses opinions ultra-libérales le rendaient suspect : « Bah ! intervint M. d'Haussez, laissez-le se plaindre. Il est brave comme son épée, et fera mieux qu'il le dit 2. » En effet, tout alla plus vite qu'on aurait pu le croire. Si l'on avait eu des doutes sur la possibilité d'être prôt, trois semaines suffirent pour les faire disparaître, et à l'ouverture de la session de mars, le roi put dans le discours du trône exposer solennellement ses projets. Après avoir successivement annoncé la fin des hostilités entre la Russie et la Porte, et le choix d'un roi pour la Grèce, il poursuivit en ces termes : « Au milieu des graves événements dont l'Europe était occupée, j'ai dû suspendre l'eflet de mon juste ressentiment contre une puissance barbaresque, mais je ne puis laisser plus longtemps impunie l'insulte faite à mon pavillon. La réparation éclatante que je veux obtenir, en satisfaisant à l'honneur de la France, tournera, avec l'aide du Tout-Puissant, au profit de la chrétienté. » Ce discours excita en Angleterre la plus vive émotion. « Qu'en dites-vous, mon cher lord, écrivit la princesse de Lieven à lord Grey ? Pour moi je n'aurais jamais cru

1. L'amiral Duperré commandait la flotte et le général de Bourmont l'armée de débarquement.

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