‹ France et AngleterreChapitre 24 sur 100 · Lettre du o mars 1830, op. cit · texte numérisé non relu

Lettre du o mars 1830, op. cit

2. « Le gouvernement anglais paraît moins inquiet et préoccupé, n a la certitude que Mehemet-Ali ne marchera pas, et que la France sera livrée à ses propres forces. Or, l'expédition est difficile. Le duc de Wellington la juge périlleuse, et prévoit même que le succès sera très problématique. » (Le duc de Laval au prince de Polignac, 11 février 1830 [Affaireslétrangères].)

tout, laisser la France courir à un désastre i|ui niineraii pour longtemps sa puissance maritime, et à llntt^rieur la plongerait dans la révolution?

Toutes ces idées s'entre-croisaient dans I*osprit des hommes d'État britanniques. De là une confusion extrême dans les allures de leur diplomatie ; des négociations amorcées qui n'eurent aucune suite, des alternatives de calme et de violence, enfin une foule d'intrigues en sens divers, où chacun suivit son inspiration et son tempérament propres sans qu'aucune direction intervînt d'en haut. Ce désordre durera jusqu'à la fin de nicii. Alors le départ imminent de l'expédition, exaspérant les colères du cabinet de Londres, lui fera perdre un instant tout sangfroid. Il fera entendre les menaces les plus graves, ol Ton put se croire à la veille d'un conflit armé. Sur toute cette période animée, ardente et très confuse, les témoignages abondent dans les archives de Paris et de Londres, et nous permettent d'en retracer les nombreuses péripéties.

C'était une opinion très répandue en Europe que l'expédition française rencontrerait des difficultés insurmontables, et que la France trouverait sur les rivages dWlger la sanglante punition de sa témérité. A Londres ce sentiment était particulièrement vif, soit qu'on fût sincère, soit que l'orgueil britannique aimât à se persuader qu'il n'y avait au monde qu'une seule puissance capable de mener à bien une si grosse opération maritime : TAn* gleterre, reine des mers, avec ses flottes innombrables et ses immenses ressources. Cette idée qu'on voit apparaître à chaque instant dans le langage des ministres anglais les gêna beaucoup et entrava leur action. Dès ie début, elle leur fit faire une faute de tactique.

Lord Aberdeen avait eu un instant la pens<!*e d'adjoindre une escadre anglaise à notre flotte, ce qui lui uurait permis de diriger la guerre à son gré, et surtout d'en

surveiller les conséquences : « Si vous vouliez nous associer h vos projets, disait-il à M. de Laval, je suis sûr que ce pays-ci embrasserait cette idée avec ardeur ^ »

Le procédé était ingénieux, car tous les avantages de la combinaison auraient été pour TAngleterre. Cependant M. (le Polignac, désireux de mener très doucement les choses, et de mettre tous les bons procédés de son côté, ne déclina pas Touverture. Il affecta môme d'en témoigner h au le m rot sa reconnaissance, et chargea M. de Laval de s *^n faire Tinterprète à Londres : « Nous sommes certainement très disposés, lui écrivit-il, à recevoir le concours de tous nos alliés et plus particulièrement celui de rAnglclerre, et je vous prie, Monsieur le duc, en remerciant lord Aberdeen de tout ce que cette proposition renferme d'amical, de l'engager à entrer avec nous dans quelque' explication à ce sujet, et de vous faire connaître en quoi pourrait consister ce concours. Nous recevrons avec beaucoup d'intérôt tous les développements que les minisires anglais jugeront à propos de donner à celte idée -, ^î En même temps, il parlait en termes chaleureux à lord Sluart de ce projet : « Ce serait, disait-il, le meilleur moyen do prévenir tout malentendu entre les deux gouvernements ^. »

La proposition de lord Aberdeen n'eut pas de suite, et la responsabililé en incombe sans contredit au duc de Weliinj^lon, qui, en cette circonstance, se montra moins fin diidoraate que son collègue du Foreign Office. Il di^clara que l'Anglelerre, n'ayant aucune raison immédiate de se plaindre des régences, ne saurait les attaquer: « Le fond Je sa pensée, ajouta le duc de Laval, est qu'il jiïgo Topiîration des plus périlleuses. 11 préfère nous laisser aller, persuadé que réduits à nos seules forces, nous n'en viendrons pas à bout, et que nous finirons par

t. Le duc. de Laval à M. de Polignac, 2 {é\ner (Affaires étrangères ).

2. Le prince de Polignac au duc de Laval, 9 février (Affaires étrangères}.

3. Lord Stuart à lord Aberdeen, 19 et 26 février {Record Office, Lomlrt's ).

LA QUERELLE d'aLGER LA CONQUÊTE 103

implorer son assistance, ce qui le rendrait maître de la situation *. » Il invita donc lord Aberdeen à laisser tomber sa proposition : loin de nous fournir son concours, il crut plus habile de semer les difficultés sous nos pas et de rendre notre tâche plus compliquée. C'est ainsi que le cabinet de Saint-James laissa pleine liberté h son consul à Alger, M. Saint-John, pour empocher tout raccommodement avec le dey, faciliter ses armements et accroître ses moyens de défense 2. En même temps, le consul anglais à Tunis, M. Read, s'efforça de persuader au bey de faire cause commune avec son collègue algérien : « Alger est imprenable, lui disait-il, et les Français échoueront. » Les envoyés anglais se succédaient au Bardo et les conférences secrètes ne cessaient pas entre eux et le chef de la régence. Peut-être auraient-ils réussi à Tentraîner, sans la maladresse de Hussein^ qui prétendit requérir les services de son voisin à titre de vassal. L'autre, révolté, se rejeta de notre côté ^. « La France devrait prendre garde aux Anglais, disait à ce sujet le comte Pozzo, ambassadeur de Russie en France ; ils excitent les Etats barbaresques et cherchent par tous les moyens à les unir contre la France. C'est pour les encourager que TAngleterre

1. Le duc de Laval au prince de Polignac, H février et 3 mars \ Affaires étrangères). — Il faut citer dans le même sens un mot de Wellington à la princesse de Lieven, rapporté par celle-ci à son frère, le général de Benkendorff, qui s'empressa de le transmettre à notre chargé d'affaires de Pétersbourg : « Ces Français sont fous ; un revers effroyable les attend . sur la côte d'Alger I » ( Correspondance de M. de Bourgoingy 30 juillet 1830.) Le noble duc fut long à se détromper. En 1838, il était encore persuadé « que la France ne parviendrait jamais à garder Alger ». (Voir les Conversations du duc de Wellington recueillies par lord Stanhope, octobre 1838.) Il est vrai qu'il avait été entretenu dans cette opinion par le consul d'Angleterre à Alger, M. Saint-John, qui écrivait couramment : « Jamais les Français ne pourront garder ce pays. Il faudrait pour cela en exterminer la population. • (Lettre du 2 juillet 1830 [Record Office, Londres].)

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