‹ France et AngleterreChapitre 28 sur 100 · Séances des 21 et 31 mars / Guernon-Ranville, op. cit · texte numérisé non relu

Séances des 21 et 31 mars / Guernon-Ranville, op. cit

3. « L'Angleterre reconnaîtra, disait M. de Polignac, que l'engagement de nous concerter avec nos alliés nous impose en même temps l'obligation de nous présenter devant eux, libres d'adopter ou de rejeter toute combinaison quelconque qu'ils pourraient proposer, et qu'ils jugeraient propres à assurer le but que nous leur indiquons... Nous nous sommes donc abstenus d'arrêter envers nous-mêmes quel devait être le sort ultérieur d'Alger... Tout ce que nous avons résolu en ce qui regarde plus immédiatement nos propres intérêts, c'est de raffermir sur des bases convenables les droits que nous possédons dans la régence d'Alger en vertu de nos anciens traités... Eniin le roi ne croira pas devoir laisser à la charge de ses peuples les sacrifices onéreux qu'entraîne une guerre injustement provoquée, et nous cherchechons à nous rembourser des frais qu'elle nous coûtera, autant du moins que nous le permettra l'état de choses que nous trouverons à Alger...» {Affaires étrangères.)

LA QUERELLE d'aLGER LA CONQUÊTE il9

garanties exigées ^. D*autre part la presse commençait à prendre feu 2, et le dépit des ministres anglais trouvait un aliment de plus dans les manifestations intempérantes de lopinion. « Ils avaient attendu les démarches de lord Stnart, écrivait M. de Laval, avec une impatience, une préoccupation dont je ne saurais exagérer la vivacité. Lord Aberdeen m*avait instamment pressé de l'informer dès le moment où j'aurais une communication à lui faire, m'assurant qu'il reviendrait aussitôt de la campagne ^. » A peine l'ambassadeur eut-il terminé la lecture de sa dépêche qu'Aberdeen s'écria qu'elle était loin de le satisfaire. « Nous vous avions demandé, lui dit-il, de calmer nos inquiétudes et vous ne faites que les accroître. » Wellington ne se montra pas moins irrité : « Si Polignac pense, écrivit-il, que nous lui permettrons de chercher un dérivatif à ses difficultés intérieures en faisant des conquêtes sur la côte d'Afrique, il fait une étrange erreur. Ni Bonaparte, ni le Directoire ne se sont jamais plus mal conduits que ce gouvernement *. » Et on envoya à lord

i. Interpellation de lord Clanricarde à la chambre des lords, 4 avril

2. € Tout le monde est convaincu que le gouvernement français ne peut pas penser sérieusement à former des colonies sur la côte d'Afrique..., car une guerre éclaterait entre la France et l'Angleterre, et le premier résultat de cette guerre serait pour la France la perte de ses nouvelles colonies. Il serait impossible à la marine française^ dans son état actuel de faiblesse, de résister à la formidable puissance de la marine anglaise, et il serait par trop ridicule de supposer que trente raisseaux de ligne pussent tenir tète à cent cinquante, et trente-cinq frégates à trois cents. » {Times, 23 mai 1830.)

3. Le duc de Laval au prince de Polignac, 18 avril (Affaires éiran^ gères).

4. Wellington à Aberdeen, 18 avril 1830 (Papiers et correspondance de Wellington). A rapprocher d'une autre lettre que Wellington écri-, vait le 2 mai au général espagnol Alava, qui avait été son aide de camp dans les guerres de la Péninsule : « Que cela soit sous la répu- Wique, sous Robespierre, sous Napoléon, ou sous un Bourbon, que la France fasse la guerre par motif d'ambition, de conquête d'argent ou <1« gloire, ou pour occuper les esprits, cela doit attirer l'attention des puissances.» ( Voir Castellane, 3iemoîre«, t. II, p. 357.)

Stuart des instructions comminatoires. «Il serait absurde, lui manda lord Aberdeen, qu'en pareilles circonstances, lorsque les intérêts de notre commerce et l'équilibre méditerranéen sont si profondément menacés, nous pussions nous contenter d'explications aussi vagues*. »

Sur quoi, lord Stuart courut chez le prince de Polignac et tenta une fois de plus d'obtenir des engagements positifs et écrits.

Ici se place un incident singulier qui donne une juste idée de la manière dont l'ambassadeur anglais entendait sa mission. Nul doute, en effet, que M. de Polignac n'ait rien changé à son langage et qu'il se soit borné à faire à lord Stuart le commentaire de ses dépêches à M. de Laval. Or, dans chacune de ses lettres, il lui recommandait expressément de persévérer dans sa ligne de conduite, et M. de Laval lui répondait : « Je n'ai rien avancé qui put porter lord Aberdeen à croire que nous aurions la condescendance de lui accorder les explications qu'il réclame 2. » Ce qui prouve mieux encore la fermeté du gouvernement, c'est l'extraordinaire insistance de lord Aberdeen, qui, « tous les jours et môme plusieurs fois par jour », venait relancer M. de Laval jusque chez lui ^. Dès lors, comment admettre, comme Stuart l'écrivit à son gouvernement, que M. de Polignac lui ait promis d'envoyer à M. de Laval des ordres « pour donner par écrit au cabinet anglais une déclaration beaucoup plus formelle que la précédente, dans laquelle on renoncerait explicitement à toute idée de conquête en Afrique * » ?

La contradiction parut étrange à Wellington lui-même. Il déclara ne rien comprendre aux dépêches de son ambassadeur, et prétendit ironiquement qu'il était encore une fois victime de son ignorance de la langue française ^.

1. Lord Aberdeen à lord Stuart, 21 avril {Record Office, Londre*).

2. Le duc de Laval à M. de Polignac, 21 avril (Affaires étrangères).

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