‹ France et AngleterreChapitre 29 sur 100 · d., 3 mai (Affaires étrangères · texte numérisé non relu

d., 3 mai (Affaires étrangères

4. Lord Stuart à lord Aberdeen, i 5 et 16 avril 1830 [Record Office, Londres).

5. Wellington à Aberdeen, 17 avril 1830 : voir chap. n, p. 58.— Quant

LA QUERELLE d'aLGER LA CONQUÊTE 121

Lord Aberdeen au contraire crut toucher au but. Il nous vit au moment de reculer, et pensa qu'un efTort de plus lui donnerait la victoire. Sur-le-champ^ il haussa encore le ton : « Le retard que met le gouvernement français à vous fournir des explications officielles est des plus regrettables, écrivit-il à Stuart. L'affaire commence en vérité à prendre une sinistre apparence et à provoquer nos soupçons. Vous préviendrez M. de Polignac qu'il portera la responsabilité de toutes les conséquences, si graves soient-elles, qui résulteraient d'un délai plus prolongé ^ » Au reçu de cette dépêche, Stuart passa à M. de Polignac une note où il insistait dans les termes les plus vifs sur la nécessité absolue et urgente de donner satisfaction à son gouvernement. Le prince en donna avis à M. de Laval : « Je me suis abstenu de répondre », lui dit-il, et il lui prescrivit la conduite à tenir en prévision de Torage qu'allait soulever ce nouveau refus 2. Le 7 mai, M. de Laval se rendit au Foreign Office. « Je viens de recevoir une dépêche de ma cour, dit- il à lord Aberdeen », et il lui en donna lecture. Lorsqu'il eut terminé : « Ce n'est pas là ce que j'attendais de M. de Polignac, déclara le ministre, et ceci ne saurait nous contenter. Mais enfin, telle qu'est cette dépêche, pouvez-vous m'en laisser copie? — Non, Mylord, je n'y suis pas autorisé. — Mais, Monsieur, toute la question est là! Ces explications que vous me donnez avec profusion pèchent par la forme ; elles n'ont pas de caractère

à M. d'Uaussez il va plus loin dans ses appréciations : « Lord Stuart, a-t-il écrit, ne reculait pas devant un mensonge, et on Ta surpris souvent dénaturant auprès de sa cour les résultats des rapports qu'il avait eus avec les ministres français. » (Mémoires^ t. Il, p. 157.)

1. Lord Aberdeen à lord Stuart, 4 mai {Record Office, Londres),

2. Le prince de Polignac au duc de Laval, 4 et 5 mai {Affaires étrangères). Pour éviter Tabusdes références et des notes, nous prévenons le lecteur que toutes les conversations qui vont être reproduites sont tirées textuellement soit de la correspondance officielle ou privée de M. de Laval^ des dépêches de lord Stuart, de la correspondance de Wellington et d' Aberdeen, des mémorandums que dressait le duc de Wellington après chaque entretien important, soit enfin de documents inédits et autographes que nous avons eus entre les mains.

officiel, puisqu'elles ne sont pas livrées par écrit. Des protestations verbales n'ont pas le crédit suffisant pour rassurer ce pays. » Et comme M. de Laval s'étendait sur le caractère honorable de ceux qui les donnaient : « Soit, interrompit le ministre, mais qui me dit que M. de Polignac sera encore demain au pouvoir? Croyez-vous que nous ne connaissions pas la violence de vos partis politiques? D'ailleurs, je ne vous demande que ce que M. de Polignac nous a formellement promis. — J'en doute, reprit l'ambassadeur, car pareil langage serait en complète contradiction avec mes instructions. » Là-dessus, lord Aberdeen lui donna lecture de la correspondance de Stuart, puis, « se levant dans un état de trouble et de malaise inexprimable », il l'entraîna chez le duc de Wellington où l'entretien prit une tournure encore plus vive. <c Monsieur, dit le chef du cabinet, je ne veux pas être accusé de négligence et de faiblesse par le parlement, et si votre gouvernement ne nous donne pas satisfaction, nous serons forcés de porter le débat devant les chambres. Je vous laisse à juger quelles en seront les conséquences. » M. de Laval releva le défi : « En ce cas, Mylord, la France n'aurait plus qu'à revendiquer le libre exercice des droits qui découlent de l'état de guerre. Jusqu'ici, nous n'avons pas voulu nous réserver ces droits d'une manière absolue, par un sentiment tout particulier d'égard et de bienveillance envers nos alliés. Prenez garde de nous forcer d'agir autrement, pour échapper nousmômes au reproche de faiblesse ou de condescendance exagérée. — Alors, vous nous refusez toute espèce d'explications? Ce refus, Monsieur, après les promesses de votre gouvernement, justifie nos défiances et celles de l'Europe. — Les défiances de l'Europe ! Mylord ; l'Europe entière à l'exception de la Grande-Bretagne s'est déclarée satisfaite de nos communications. — Mais ce pays-ci est dans une situation toute particulière : ses intérêts politiques et commerciaux exigent qu'on ne change rien dans la Méditerranée. — La France, Mylord, a jugé que cette affaire n'était ni anglaise, ni française, mais bien européenne :

aussi s'est-elle interdit toute négociation séparée avec tel ou tel de ses alliés, car pareille attitude aurait éveillé les justes soupçons des gouvernements tenus à l'écart de nos confidences. Déjà, la fréquence de nos entretiens a excité les susceptibilités de quelques-uns de nos alliés, et nous ne ferons certainement rien qui puisse les justifier. » El M. de Laval donna lecture d'une série de lettres de Berlin que M. de Polignac lui avait transmises, dans lesquelles M. Mortier faisait part de certaines inquiétudes de M. de Bemstorfl'^ : « Est-ce de la Prusse qu'il est ici ques-

i. Dépêche de M. Mortier^ du2i avril ; a On parle d'explications, m'a dit M. de Bernstorfî, qui auraient eu lieu entre les cabinets de Saint- James et des Tuileries au sujet d'Alger : pouvez-vous me donner des renseignements sur ce qu'il y a de vrai dans ces bruits ? Ces paroles ont été prononcées d'une manière qui annonçait de l'inquiétude... et j'ai cm apercevoir que M. de Bernstorfî était blessé du peu de confiance que nous lui aurions témoignée à cette occasion. » — Dépêche du 7 mai: « L'insistance de M. de Bernstorfî à revenir sur les explications que notre cabinet aurait eues avec celui de Londres et les inquiétudes qu'il semble en concevoir me portent à penser qu'il y ajoute foi. » —Dépêche du 49 mai : «J'ai communiqué à M. de Bernstorfî la dépêche de V. E., m'indiquant le sens des rapports intervenus entre Londres et Paris. M. de Bernstorfî m'a beaucoup remercié. Il a apprécié le sentiliment de dignité qui faisait refuser à la France d'entrer, vis-à-vis de l'Angleterre, dans des explications ou des engagements que nous n'a- Tons pas jugé convenable de donner à d'autres puissances... J'ai remarqué la satisfaction véritable que ma communication a fait éprou- Tcrau ministre prussien. » {Affaires étrangères.)

M. de Metternich était au fond dans les mêmes sentiments. 11 disait à M. de Rayneval que notre conduite vis-à-vis de l'Angleterre était celle que nous devions tenir, car l'important était que les grandes puissances continuassent à agir de concert, sans qu'il y eût d'alliances particulières (Dépêche de M. de Rayneval, du 16 mai). C'était si bien la pensée de M. de Metternich, que lord Cowley mandait à Londres que « le chancelier n'était pas d'avis dans les circonstances présentes d'exiger des Français des explications plus satisfaisantes, car ils ne les donneraient certainement pas ». (Dépêche de lord Cowley, 25 mai [Record Office, Londres]. ) Lord Heytesbury transmettait un peu plus tard de Pétersbourg des informations analogues : « Il y aurait de graves inconvénients, lui avait dit M. de Lieven qui faisait alors l'intériin des affaires étrangères, à ce que M. de Polignac eût des explications particulières avec telle ou telle cour. » (Dépêche de Heytesbury [Record Office^ Londres].)

tion?» interrompit Aberdeen. — Soudain, il se leva violemment ému : « Monsieur, dit-il, nous avons eu jusqu'ici la modération de ne pas adresser d'ordres à nos escadres, mais il nous est facile de les envoyer croiser devant les côtes menacées. » Plus maître de lui, Wellington intervint. « Nous ne voudrions cependant pas partir en guerre, déclara-t-il; j'espère encore que M. de Polignac conviendra de notre bon droit et cédera à nos remontrances. »

Sur ces paroles, M. de Laval prit congé; le lendemain, il envoya à Paris le récit de cette entrevue orageuse : « Attendez-vous à recevoir un ultimatum», dit-il. M. de Polignac ne s'en émut pas : aux lettres fiévreuses de son ambassadeur, il s'abstint de répondre directement, et se borna à lui adresser une dépôche qu'il expédia en même temps à tous les représentants de la France à l'étranger, simple réédition de ses circulaires des 15 avril et 12 mars : « La flotte, disait-il, était prête à mettre à la voile. A cette occasion. Sa Majesté se plaisait à réitérer les assurances qu'elle avait déjà maintes fois données à ses alliés. Rien ne serait fait à Alger sans le concours de toutes les puissances de l'Europe, et le roi invitait dès cet instant ses alliés à donner à leurs ambassadeurs des instructions éventuelles en vue d'une conférence internationale *. »

A peine M. de Laval eut-il reçu ces nouveaux ordres qu'il reprit une dernière fois le chemin du Foreign Office. Dès qu'il parut sur le seuil du cabinet de lord Aberdeen, celui-ci l'interpella vivement : « Eh bien. Monsieur le duc, ôtes-vous enfin autorisé à me laisser une communication écrite? Sinon, il est inutile que nous causions. » « J'ai soulevé un poids immense qui pressait sur la poitrine du ministre, raconte l'ambassadeur, en lui répondant que j'avais le pouvoir de le satisfaire, et je lui ai lu ma dépêche. » — Cette lecture achevée, lord Aberdeen se levant lentement, « avec un air de contrainte et de solennité » : « Je n'ai rien à vous dire, déclara-t-il : il faut, avant tout, que je voie le duc de Wellington. — Mais que

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