‹ France et AngleterreChapitre 34 sur 100 · G%ffaLre\,l^Algérie · texte numérisé non relu

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3. Lord Stuart à lord Aberdeen, 41 juin (Record Office^ Londres),

4. Cf. Nisard, Souvenirs; Général Desprez, chef d'état-major de

Le moment décisif était arrivé. L'expédition avait quitté Toulon sans que l'Angleterre eût osé s'y opposer, mais ses escadres étaient signalées de tous côtés. N'était-ce donc pas suffisant d'avoir contre soi la mer et les vents, et fallait-il compter encore avec les flottes anglaises? Chaque jour, l'amiral Duperré, résolu mais inquiet, interrogeait anxieusement l'horizon. « J'ai des nouvelles alarmantes de Palma et de Gibraltar, avait-il écrit avant de partir, en réponse aux dernières et pressantes recommandations de M. d'Haussez. Si, contre toute attente, contre toutes les lois de la guerre et du droit des gens, on méditait une agression que je ne saurais qualifier, il m'est impossible de la deviner et de la prévenir. Je ne connaîtrai leurs intentions (des Anglais) qu'au moment d'une attaque que je ne serai pas en position de repousser, et qui en tout cas aurait sur l'exécution de nos projets une désastreuse influence. Puisse du moins la durée des explications nous donner le temps d'arriver au but ! Pour moi je ne puis que me tenir sur mes gardes ^... »

Dans la soirée du 9 juillet 1830, une dépêche de Marseille était remise au baron d'Haussez ; l'instant d'après, le ministre sautait à cheval, et galopait sur la route de Saint- Gloud. En arrivant au château, il aperçut de loin le vieux roi qui se promenait lentement avec la duchesse d'Angoulême au travers de ces futaies magnifiques, qu'il allait peu de jours après quitter en fugitif sous les huées delà populace : « Sire, cria-t-il en agitant son papier, Alger est à nous ! » Une vive rougeur colora les traits pâles et fatigués du roi : <c On s'embrasse en un pareil jour», dit-il, et

Tarmée d'Afrique, Journal d'un officier ; La Rochefoucauld, Mémoires, etc.

i . Correspondance de M. d'Haussez et de Tamiral Duperré, lettres des 19, 23 et 24 mai 1830 (Archives de la marine).

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ouvrant les bras à son fidèle serviteur, il Tattira sur sa poitrine dans une chaleureuse accolade ^ ■ La joie fut grande à Paris, d'autant qu'elle succédait à

de longs jours d'anxiété. L'extrôme lenteur de la traversée, les dangers d'un débarquement sur une rive inconnue, la sanglante résistance des Arabes, la perspective d'un siège long et difficile, enfin l'absence de nouvelles régulières et cette sorte d'appréhension vague et mystérieuse qui s'est longtemps attachée au nom de l'Afrique, tout avait contribué, depuis six semaines, à entretenir le cabinet des Tuileries dans un état de nervosité bien explicable. A tous ces motifs de préoccupation s'en joignait un autre plu» grave encore : Qu'allait faire l'Angleterre ? On savait que depuis trois mois elle concentrait dans la Méditerranée des moyens d'action formidables. Les ports de Malte étaient encombrés de troupes et de navires. Une escadre de cinq vaisseaux de ligne était mouillée dans la baie de Palma en Sardaigne et pouvait, en trente-six heures, jeter quatre cents canons et trois mille cinq cents hommes d'équipage sur nos lignes de communication 2. A Gibraltar le port et l'arsenal étaient en pleine activité ; on y préparait d'énormes approvisionnements en vivres et en munitions '. Plusieurs fois, nos vigies avaient signalé des voiles suspectes qui rôdaient autour de nos flottes ^. Un jour même, il avait fallu devant Alger éloigner à coups de canon un brick inconnu et dépourvu de tout pavillon qui, malgré le blocus, avait pris position en face de la maison de campagne du consul anglais et correspondait avec lui par signaux ^

1. Dliaussez, Mémoires; Imbert de Saint-Amand, la Duchesse d'An-' gouléme.

2. Dépêche de ramiral Duperré, 23 mai {Archives de la marine).

3. W., 24 mai. Rapport du consul de France à Gibraltar {Affaires étrangères), — Rapport du commandant de la corvette le Pélican à l'amiral Duperré {Archives de la marine).

4. « Le cutter-yacht que nous avons à Toulon est parti secrètement pour surveiller lamarche delà flotte. » (Lettre du capitaine Robertson, agent anglais à Marseille, à lord Stuart \ Record Office^ Londres].)

1. Réveillé de Beauregard, Journal de ce qui s*est passé à bord du ^ck t r Alerte 1^.

— Partout les agents de TAngleterrc redoublaient d'activité : « Pourquoi ne marche-ton pas? écrivait l'un d'eux. Déjà les Français tremblent à la pensée d'être attaqués par notre amiral. Soyez sûr que le moindre obstacle qu'ils trouveraient sur leur chemin, leur ferait l'effet d'un seau d'eau froide ^. » Et notre vieille connaissance d'Alger, le consul anglais Saint-John, pressait son chef de lui envoyer des ordres : « Dites-moi, je vous en prie, si vous voulez que j 'empoche les Français de venir s'établir ici. En ce cas, je saurai provoquer une telle agitation chez les indigènes qu'ils ne pourront rien faire dans ce pays 2. »

Devait-on voir dans tous ces incidents les signes précurseurs d'un orage qui allait fondre sur nous à Timproviste ? Sidi Ferruch serait-il pour notre marine un nouvel Aboukir ? On parut le craindre à Paris, et des ordres pressants furent adressés à l'amiral Duperré pour qu'il renvoyât ses transports à Toulon dans l'heure même qui suivrait leur complet déchargement. Ces bâtiments seraient aussitôt armés en guerre et dirigés le plus vite possible sur le théâtre des opérations ^.

Ces précautions étaient-elles exagérées ? L'Angleterre eut-elle réellement l'intention de partir en guerre, ou bien voulut-elle essayer sur nous le pouvoir de l'intimidation poussé jusqu'à ses plus extrêmes limites ?11 n'est pas facile de le dire et rien n'est moins aisé que de vouloir deviner le fond de la pensée des hommes d'État anglais. Cependant si lord Aberdeen avait été livré à lui-même, tout aurait été possible : il se répandait en menaces, et ses paroles sentaient la poudre. Le duc de Wellington, heureusement plus calme et moins passionné, retenait soncoUabo-

d. Lettre du capitaine Robertson à lord Stuart, 28 mai {Record Office ^ Londres).

2. M. Saint-John à M. Hay, sous-secrétaire d'État au Colonial Office, juillet i830 (Record Office, Londres).

3. Correspondance du ministre de la marine avec Tamiral Duperré et le port de Toulon, mai et juin 1830 [Archives de lamarine), Boisle-Comte, op. cit. {Documents inédits).

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rateur sur une pente qu'il jugeait dangereuse. Sans doute, le chef du cabinet ne nous voulait aucun bien : ce récit Ta, je pense, suffisamment montré, et si la question d'Alger avait pu être réglée par un coup de force dirigé contre notre expédition, peut-être eût-il rendu la bride à son bouillant collègue. Mais Wellington sentait fort bien qu'une guerre avec la Fran<îe ne resterait pas localisée sur mer et sur la côte d'Afrique. M. de Polignac en effet avait pris ses précautions. Il avait vite compris que le meilleur moyen de tenir nos rivaux en respect était de transporter en Europe le théâtre de la querelle. Aux préparatifs et aux mouvements suspects des flottes britanniques, il avait donc répondu en concentrant des troupes sur la frontière belge. « C'est en Belgique qu'il voulait chercher la sûreté de notre expédition et des compensations nécessaires si quelque résolution violente de l'Angleterre compromettait nos intérêts en Afrique^. » L'affaire d'Alger devenait ainsi une menace de guerre européenne. Or, l'Europe voulait la paix. Lord Cowley ne cachait pas à son gouvernement que l'Autriche elle-même ne lui aurait pas pardonné de jeter les puissances dans des complications dangereuses, pour défendre sa propre prépondérance dans laMéditerranée, et lord Heytesbury envoyait de Pélersbourg des informations analogues. Fallait-il passer outre, et déchaîner une guerre où les Anglais n'auraient trouvé ni alliés, ni appui d'aucune sorte ? On ne l'osa pas, et devant l'attitude énergique du gouvernement français, le cabinet de Saint-James dessina un mouvement de recul très accentué. Telle est la cause de l'accalmie qui survint entre Paris et Londres après le rejet par M. de Polignac de l'ultimatum du 3 juin. Pendant plus d'un mois les communications se firent rares : des deux côtés, on se tint sur la défensive et on temporisa.

Ce n'était pas cependant résignation de la part des ministres anglais 2. Nous en aurons bientôt la preuve :

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