‹ France et AngleterreChapitre 35 sur 100 · Bois-le-Comte, op. cit. {Documents inédits · texte numérisé non relu

Bois-le-Comte, op. cit. {Documents inédits

2. Peut-être aurait-on pu cependant trouver quelques hommes politiques anglais moins hostiles à notre établissement en Afrique. Les

d'ailleurs, même pendant cette période de calme relatif, ils donnèrent des marques nouvelles de leur génie fertile en intrigues.

On a souvent observé dans le cours de nos révolutions politiques que de toutes les puissances de l'Europe, l'Angleterre avait toujours été la première à reconnaître les caprices successifs du peuple français, à condition toutefois que reffervescence de ses passions se tînt pour satisfaite d'un bouleversement intérieur, et ne troublât pas Tordre établi au dehors. Seul, Napoléon ne put jamais obtenir ses bonnes grâces : il y avait à cela de bonnes raisons, mais en 1792, en 1814, en 1830, en 1848, en 1851, en 1870, en 1877, quels que fussent les hôtes successifs des Tuileries, de FÉlysée, ou même de THôtel de ville, ils trouvèrent toujours à Londres les sourires les plus engageants ; et la cordialité de cet accueil fut régulièrement en raison directe du plus ou moins de froideur qui avait marqué les relations du cabinet de Saint-James avec le gouvernement défunt. C'est ainsi notamment qu'en août 1830, avant même que les pavés des barricades fussent remis en place, le roi Louis-Philippe était assuré de la reconnaissance de l'Angleterre. De là à voir la main de nos voisins dans nos discordes civiles, il n'y a qu'un pas, et on Ta souvent franchi.

Peut-être est-ce aller un peu loin. Sans doute, l'affaire d'Alger succédant h celle de Grèce avait excité en Angleterre une très vive hostilité contre la maison de Bourbon. On y parlait ouvertement d'un changement de dynastie :

raisons qu'ils donnaient sont bonnes à retenir : « Il serait sage, disait l'un d'eux, d'ouvrir une soupape de sûreté à l'ambition des Français, et de leur laisser quelque moyen de satisfaire leur vanité. Pour moi, j'estime qu'il doit nous être indifférent, sinon même avantageux, de les voir s'établir à Alger, pendant que nous tenons solidement Malte et Gibraltar. Sans doute, ils pourront y trouver une pépinière de matelots, mais ce ne seront jamais que des matelots méditerranéens, et quant à leurs capitaux, à leur commerce et à leur industrie qu'ils importeront dans ce pays ils seront toujours à la merci de notre flotte. » (Lettre de sir J. Frère, diplomate anglais, au duc de Wellington [Papiers et correspondance de Wellingtoji], )

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les whigs, qui n'étaient pas retenus par les convenances officielles, se répandaient en sarcasmes sur tous lea princes de la branche aînée, et affichaient bruyamment leurs sympathies pour la famille d'Orléans. Le duc de Laval s'en était inquiété, et il avait signalé à Paris certainés relations suspectes entre les plus hauts représentants du parti libéral dans les deux pays *. Ces craintes étaient peut-être fondées et plusieurs incidents peu connus des journées de Juillet ne sont pas sans leur donner quelque vraisemblance 2. U semble cependant que le cabinet anglais ait été bien plus préoccupé de se débarrasser de M. de Polignac que du roi Charles X. Du jour en effet où il s'élait aperçu que Thomme en qui il avait mis sa confiance lui échappait, il ne rêva plus que sa chute, et ceux-là mêmes qui, en juillet 1829, avaient poussé de toutes leurs forces à son élévation, mirent un zèle égal à intriguer contre lui. Lord Stuart ne s'en est jamais

1. Cf. Michaud, Biographie universelle, article sur le duc de Laval; M. de Fiers, le Roi Louis-Philippe ; Emile Ollivier, l'Empire libéral^ t.I. € Selon son habitude de se servir de l'étranger contre le gouvernement de son pays, Talleyrand s'associa aux sentiments d'hostilité de l'ambassadeur anglais, lord Stuart, et à ses manœuvres contre Charles X. Le second jour des événements de Juillet, Victor de Broglie dînant rue Saint-Florentin vit arriver au dessert lord Stuart... Leur entretien fut long. Au point où on en était, ils ne se gênèrent point en w présence, et ce qu'ils dirent sur ce qui ne pouvait pas manquer d'arriver n'était pas à coup sûr de gens qui s'en parlassent pour Irt première fois.» (Ollivier, l'Empire libéraly t. I, p. 219. L'épisode est tiré des Souvenirs du duc de Broglie. )

2. Lord Stuart avait cru pouvoir, sur la demande du duc d'Orléans, intervenir auprès de Charles X pour qu'il laissât en France le duc d(^ Bordeaux sous la régence du lieutenant général du royaume. Le 3 août, le colonel Caradoc, attaché à l'ambassade anglaise, avait été u Bambouillet pour presser le roi d'accepter cette combinaison. Wellington, averti, fut exaspéré de ce qu'il appelait « une maladresse inouïe, un conseil de fou, un raisonnement pernicieux », et il en écrivit à lord Aberdeen dans des termes presque outrageants pour son ambassadeur : « Nous n'avons plus qu'une chose à faire, conclut-il, c'est de rappeler Stuart. Il est impossible de le laisser à Paris après son indiscrète bêtise. » (Lettres des 13 et d6 août 1830 [Record Office, Londres], )

caché. Dans une longue dépêche à son chef il a dévoilé ses manœuvres pour détacher du prince les partisans qu'il avait dans la chambre : « Je me suis rapproché, dit-il, de ce groupe nombreux qui a conservé des sympathies pourM.de Villèle. J'ai fait connaître à ses membres l'inquiétude avec laquelle le gouvernement de Sa Majesté envisageait l'éventualité d'un établissement français en Afrique, et plusieurs d'entre eux m'ont fait clairement entendre qu'ils refuseraient leur confiance à des ministres dont la politique tendait à détruire la bonne harmonie qu'ils jugent nécessaire d'entretenir entre la France et l'Angleterre. Je leur ai raconté ce qui s'était passé à différentes reprises entre Polignac et moi et je leur ai persuadé que les projets chers à Bourmont et à ceux de son parti sont hautement désapprouvés par d'autres membres du gouvernement français ^. » — Lord Stuart connaissait son terrain, et ses insinuations tombaient rarement sur un sol stérile, car nos disputes intestines avait soulevé contre M. de Polignac une hostilité implacable, et l'opposition n'était pas difficile sur le choix des armes. Maintes fois il dut se féliciter de voir que son animosité contre le cabinet français était partagée^ sinon dépassée, par une partie importante de l'opinion, et la façon dont on parlait publiquement des ministres et de leur politique intérieure et extérieure, devait lui donner pour l'avenir les plus douces espérances ^.

Que TAngleterre cherchât à évincer M. de Polignac, il

d. Lord Stuart à lord Aberdcen, 17 mai (Record Office, Londres), 2. « L'expédition d'Alger, disait alors M. de Talleyrand, prend la forme d'une étourderie, qui peut-être pourrait conduire à des choses sérieuses. Aussi pourquoi le ministère anglais, qui se mêle de faire des constitutions au Brésil, ne se mêle-t-il pas de faire des ministres à Paris? Cela serait utile à tout le monde... Dans les circonstances actuelles, je crois que cela serait important...» (Lettre à la princesse de Vaudémont, 20 mai 1830, Mémoires, t. III.) Quant au Journal des Débats, organe officiel de l'opposition, il saluait

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n'y a pas lieu Je s'en étonner, car pendant les derm^^es semaines qu'il demeura aux affaires étrangères, le prince s'employa fort habilement à mener à bien la dernière partie de sa tâche, de beaucoup la plus délicate, celle qui devait assurer à ia France le bénéfice et les fruits de sa victoire.

Pendant plusieurs mois, on avait hésité en France sur le parti à prendre, et les avis étaient fort partagés dans le public comme dans le gouvernement. Il n'y avait alors chez nous qu'une très faible minorité qui eût Taudace de vouloir faire de l'Algérie une terre française *. Jusque dans le cabinet, cet avis rencontrait la plus vive opposition 2, et le Dauphin lui-même s'emportait dès que la question était débattue au conseil. Par contre MM. de Bourmont et d'Haussez sollicitaient vivement des mesures décisives ^.

Quant à M, dePolignac, il demeura longtemps indécis ; les dépêches et circulaires qu'il adressait h nos représentants à l'étranger, au cours de la longue discussion diplomatique que nous ayons racontée^ traduisaient

en ces termes la nouvelle de la prisfî d'AIfçer (n*di! ^0 juillet) ; * Oui, AJgnr est vaincu, mais non pus la charte, Elles vivent et sont debout Ges lois qui défendenl de Taire la guerre sans crédits votés régiilièrem%nU ces lois qui condamnent les ministres qui dépensent Tardent du p&uple sans autorisation. La victoire est au roi, àTnnnée, à la France, mais la faute est aux ministres, et le droit d'accuser el d(ï punir est aui rhambres. Ct^acun aura ce qu'il doit : nos soldats^ leur gloire ; les ministres, leur punition. »

1. Cf, la discussion de l'adresse à la chambre des pairs et à la chambre des députés, b Journfit des Débats^ passim, etc.

2* « Ce partie celui de conserv<^rla pays conquis, serait le plus contraire à tous nos véritables intérêts. Il est certain, et le passé ne Ta que trop prouvé, que nous n'entendons absolument rien à la grande colonisation, b { Guernon-R an ville, o/j, nt,}

3. Dans l'armée elle-même on ne se doutait pas de l'importance de Taction engagée, et on croyait pïuUNt à une courte expédition de police militaire. C'est ainsi que le générai [Desprez, cbef d'état-major du général de Bourmont, bien placé pour connaître les idées qui prévalaient en haut lieu, écrivait à sa femme le 14 mai : « Tout porte à croire que reipédition ne sera pas de longue durée, et que ceux qui ne font pas destinés à faire partie de la garnison d'Alper seront en

exactement sa pensée, en affirmant que le gouvernement n'avait aucune vue arrêtée sur le sort ultérieur d'Alger. La preuve en est dans une lettre confidentielle qu'il écrivit à M. de Rayneval, ambassadeur du roi à Vienne, pour lui demander de Téclairer sur ce sujet particulièrement difficile* : «Que faire d'Alger?» lui demandait-il, et il énuméraitles différents systèmes que Ton pouvait étudier :

1" Nous retirer après avoir fait une paix qui obligeât le dey à renoncera l'esclavage des chrétiens, à la piraterie et aux tributs imposés aux puissances, à payer une indemnité de 50 millions, età nouscéder la ville de Bône.

2° Enlever à Alger tous ses moyens de défense, raser les forts, prendre les canons, etc., mais laisser le gouvernement tel qu'il était, en lui imposant les conditions ci-dessus énoncées.

3° Combler le port, et raser toutes les fortifications.

4* Déposer le dey, reconduire les milices turques en Asie, et établir à Alger un gouvernement indigène avec un prince maure ou arabe.

5° Remettre Alger à la Porte qui y installerait un pacha comme dans les provinces ottomanes.

6" Donner Alger à Tordre de Malte.

T Garder Alger et coloniser la côte.

8* Parlager tout le pays entre les puissances de la Méditerranée, de manière que l'Autriche ait Bône ; la Sardaigne, Stora ; la Toscane, Djidjelli ; Naples, Bougie ; la France, Alger ; le Portugal, Tenez ; l'Angleterre, Arzeu ; l'Espagne, Oran.

M. de Polignac posait les questions sans les résoudre, mais M. de Bois-lc-Comte, alors directeur aux affaires étrangères, accompagnait la dépêche de son chef d'une lettre particulière, dans laquelle il indiquait clairement les préférences du gouvernement. Il engageait en effet M. de

France avant la fin de T automne. » {Documents inédits^ tirés des archives du château d*Epoisses que leur propriétaire, M. le comte de Guitaut, a bien voulu mettre à notre disposition. )

l.M. de Polignac à M. de Rayneval, 20 avril iBW ( A paires étrangères).

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Rayneval à examiner avec un soin spécial les deux solutions suivantes : Tune, qui tout en maintenant le dey à Alger, lui ôterait tous les moyens de nuire et lui imposerait une forte indemnité ainsi que la cession de Bône ; l'autre, qui partagerait tout le littoral entre les diverses puissances de TEurope. « Quant à ganler pour nous la régence, concluait-il, on pourra nous le proposfir. Devonsnous y tendre? Ce parti n'entraîneraii-it pas d'un cùié beaucoup de dépenses, et de l'autre ne rencontrerait-il pas beaucoup d'opposition ^ ? »

Sans attendre la réponse de M. de Rayneval, M. de Polignac soumit la question au conseil. Le 29 mai, il arriva aux Tuileries avec un volumineux rapport dont il donna lecture en séance 2. Le prince y exposait successivement toutes les solutions possibles. Il ne niait pas les avantages d'une conquête, conséquence légitime de la guerre : « Les Etats barbaresques, disait-il, sont pour ainsi dire nos colonies naturelles, bien préférables à celles que Je climat ne nous permet pas de cultiver nous-m^^mes, ou que la grande distance nous met dans Timpossibilité de défendre en cas de guerre... On doit ajouter que l'opinion,

1. M. de Polignac était si indécis, et il avait dans le début 81 peu de goût pour les idées de conquête qu'il avait autorisé M, de Bourmonl à signer immédiatement la paix aux conditions les plus doucesj si le dey intimidé demandait à traiter avant Tinvestissenient d'Alger. En ce cas, disaient les instructions remises au général en chef, le dey rentrerait dans la condition de sujet immédiat de la l^orLe qui le confirmerait dans ses fonctions et nommerait son successeur. Ce n'est que dans le cas où Alger serait enlevé de rive force et le dey prisonnier de guerre, que le gouvernement se réservait sa liberté d'action. (Instructions au général de Bourmont [Affaires élrangèrcs \.)

Dans le même ordre d'idées il faut également citer les négociations entamées à la même époque avec Tordre de Malte, à qui M. de Poli* gnac eut un instant Tidée de confier la succession du dey Hussein, Il y a aux affaires étrangères (Mémoires et documents : Algérie, 8 ) plusieurs lettres relatives à cet incident, qui furent échangées entre M. de Polignac et les représentants de Tordre, le colonel baron Palîu du Parc, et le marquis de Sainte-Croix.

2. Rapport au roi sur la question d'Alger présenté par le prince de Polignac dans la séance du 29 mai {Affaire* étrangères].

fatiguée du peu de profit matériel que la France a retiré de plusieurs de ses dernières entreprises (expéditions d'Espagne et de Grèce) semble réclamer pour celle-ci des acquisitions territoriales qui compensent ses sacrifices. » Mais il passait immédiatement aux dangers de cette politique. La prise d'Alger n'assurerait pas la possession du vaste territoire qui en dépendait. La guerre serait longue et coûteuse. Enfin il touchait au point essentiel : « L'Angleterre, dans sa rivalité inquiète et ombrageuse contre la France, s'alarmait déjà de nos préparatifs. Il était même probable qu'elle recourrait à la voie des armes pour contrarier nos desseins. Le roi assurément ne craignait pas la guerre, mais il ne voulait pas exposer son peuple, sans une nécessité absolue, à ôtre privé de nouveau des bienfaits de la paix. La France n'était pas encore en état de contester à la Grande-Bretagne l'empire de la mer. Elle compromettrait non sans gloire, mais sans fruits, sa marine renaissante, son commerce, ses colonies. »

Passant ensuite aux autres hypothèses, M. de Polignac cachait à peine ses préférences pour un partage de la côte barbaresque entre les puissances. «Ce serait, disait-il, un des partis qui pourraient le plus convenablement être proposés. » A son défaut ne devrait-on pas remettre Alger à la Porte à charge par elle d'y installer un pachalik régulier sous le contrôle de la France? — Lorsque M. de Polignac eut terminé, la conversation devint générale, chacun défendant ses propres idées. Finalement le roi, voyant qu'il n'y avait aucune majorité dans le conseil et que presque tout le monde était très hésitant, arrêta la discussion : « Laissons faire l'armée, dit-il, il sera temps de reprendre la question quand Alger sera à nous *. »

La timidité et l'irrésolution n'étaient pas les défauts du prince de Polignac. Bien au contraire, dans la question

i. D'Haussez, Guernon-Ranville, op. cit.

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d'Alger, il approcha souvent de la témérité, mais cette témérité n'allait pas cependant jusqu'à engager, de gaieté de cœur et pour un bénéfice incertain, son pays dans une ji^rande guerre. S'il avait pu compter sur Fappui niat(5rtel du continent, peut-^tre se fùt-il montré plus hardi, mais il sentait parlaitf^mcnt que personne en Europe ne sortirait Je la ntmtralité. « La Russie et la Prussfï nous offrent bien leur amitié, disait-il un jour au conseil, mais aoQs avons lieu de croire que lune et Tautre hésiteraient à faire la guerre pour soutenir un intérêt qui ne les concerne que d'une manière aussi indirecte *. ï>

Ce fut le mérite de M. de Polignac de ne pas se faire illusion sur les marques de sympathie, souvent chaleureuses, que nous recevions de nos alliés, et de se tenir en garde contre un optimisme dangereux. 11 est m^me assez piquant d*observer que le gouvernement anglais eut beaucoup moins que lui la véritable intelligence de la situation. Tandis que le ministre français refusa toujours Je prendre ses désirs pour la réalité, le cabinet de Londres au contraire se laii^sa aller a des craintes chimériques-. Il nous voyait déjà marchant de concert avec la Russie, et toutes les communications qu*il recevait de Pélersbourg Teatretenaient dans cette idée» Lord Heytesburyse répandait en doléances- 11 oc parvenait pas, disait-il h émouvoir Tempereur sur les dangers de la situation. « C'est donc

i. Rapport du 29 mai, etc {Affiiira étrangères). De s du côté M. de Bois-le-Comlc, danâ un rapport déjà snyreat cité, e'ei primait cû ces tenues; 4 Le désir de repos et la crainte d*être entraînés dans une nouvelle guerre fut te sentiment qui se moutra évidemment prédominant dans les cabinets de Pétérsbourg et de Berlin. Ces cahinetB, lie même que plusieurs cours d*Alleraa^ne et d^Italie, et peut-être même les États-Unis d'Amérique, nous eussent vus volontiers conserrer Alger, mais ils n'osèrent pas nous en donner le conseil, lU «Tîtèrent même de nous le témoigner^ nous disant ao contraire que si l'Angleterre en venait à une opposition armée pour nous en empester, ils n'étaient pas en situation de nous soutenir par les armes, »

2. Lord Cowley écrivait de Vienne i qu'il tenait de sourct: certaine que Tempereur Nicolas avait promis de soutenir les Tnes de la France sur Alger». (Dépêche personnelle et secrète à lord Aberdeen, 2 août {Record Office^ Londres].)

TAlgérie qui vous inquiète ? lui demandait un jour Nicolas. Pour moi, si j'étais Tennemi de la France je voudrais la voir retenir le territoire qu'elle a conquis, car je suis persuadé qu'elle y perdrait bien plus qu'elle n'y gagnerait. » Et comme l'ambassadeur tf complètement abasourdi » insistait, disant que les plus graves complications allaient résulter de la témérité des Français, et que la Russie ne pourrait y rester indifférente : « Oh ! pour cela, Monsieur, interrompit le tsar, j'ai d'autres choses à faire. Voyez donc cette ville (la cour était alors à Odessa), toutes ces constructions qui sortent de terre. Tout y est commencé; rien n'y est achevé : c'est l'image de mon empire. Il faudrait des événements bien graves pour m'entraîner au dehors quand j'ai tant à travailler au dedans. » Et lord Heytesbury concluait mélancoliquement : « Il n'y a pas à compter sur cette cour, alors môme que la France se déciderait à garder Alger et que l'Angleterre serait déterminée à l'en empêcher *. »

Si l'empereur Nicolas éconduisait ainsi le représentant de l'Angleterre, et par ses boutades remplissait de terreur Tâme des ministres britanniques, il résistait non moins obstinément aux sollicitations de notre chargé d'affaires, M. de Bourgoing, qui épuisait en vain toute sa diplomatie pour obtenir des engagements positifs. L'empereur l'accablait d'amabilités et de bonnes paroles, mais il se dérobait toujours. « Dites bien au roi, lui dit-il, le jour où l'on apprit la nouvelle de la chute d'Alger, dites-lui bien que je n'aurais pas été plus heureux si cette brillante victoire avait été remportée par mes propres troupes. » M. de Bourgoing crut le moment favorable pour profiter des bonnes dispositions du souverain. On se trouvait alors sur le champ de manœuvres de Tsarkoe-Selo, où l'empereur faisait évoluer l'artillerie de sa garde. Il poussa son cheval et soutint la conversation. « Avez-vous des détails, continua le tsar? — Non, Sire. — Mais dites-moi,

1. Correspondance de lord Heytesbury, p(u«tm, et notamment dépêches des 1«r mai, 21 et 27 juillet, 4 août 1830 {Record Office).

LA QUERELLE d' ALGER LA CONQUÊTE 145

quelles sont les idées positives du roi sur Alger? Il faut, cependant, que je sache dans quel sens et sur quelle base doit agir mon intervention. — J'ai entretenu Sa Majesté, continua M. de Bourgoing, de quelques-unes des suppositions faites en général sur les moyens de résoudre ce difGcile problème. Je lui ai parlé des établissements que le roi possédait déjà sur la côte d'Afrique. — Ce sont Jà, déclara Fempereur, de bien chétifs établissements pour la France. — Sans doute, Sire, mais ils sont importants au point ût, vue du droit qu'ils représentent. » L'empereur ne répondit rien ; il mit son cheval au galop, et l'entretien interrompu ne fut repris que le soir à Gatchina. tt Pourquoi, dit alors l'empereur, le roi ne vous a-t-il pas envoyé de détails sur cet objet qui m'intéresse tant? J'aurais désiré pour mon com]jte savoir vos intentions : j'aurais pu vous être utile. Le ro2>connaît mes sentiments, je pense. Je ne les ai pas laissé ignorer au duc de Mortemart. — Oui, Sire, je sais que Votre Majesté a dit à l'ambassadeur du roi qu'elle irait jusqu'à voir sans aucune peine que les Français conservassent Alger. — Cest-àdire, rectifia l'empereur, ce ne serait pas moi qui ferais la moindre objection à ce que la France gardât sa conquête. Voilà ce que j'ai dit. ^i^intenant, il faut consulter ce que la prudence conseille. C'est pour cela que j'attends des nouvelles *. »

Tel était sur la question d'Alger le sentiment véritable de l'empereur Nicolas, et la plupart des cours parlaient dans le môme sens. On conçoit donc que la plus extrême réserve devait s'imposer à M. de Polignac, car s'il était bien persuadé que ni la France, ni l'Angleterre ne trouveraient sur le continent un soldat ou un vaisseau pour soutenir leur querelle, il n'était pas moins certain que l'Europe tiendrait rigueur à celle des deux puissances qui aurait provoqué la guerre. D'autre part, la France ne pouvait songer à évacuer Alger sans y avoir établi un état de choses qui prévînt à jamais le retour des

1. M. de Bourgoing au prince de Polignac, 30 juillet 1830 {Affaires étrangères),

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maux qu'elle avait voulu détruire. C'eût été pour elle une véritable déchéance, si l'esclavage et la piraterie avaient reparu sur la côte d'Afrique après les solennelles protestations qu'elle avait faites à maintes reprises.

Enfin, il fallait compter aussi avec l'opinion publique qui commençait à s'agiter. Le bruit du canon et les bulletins de victoire avaient fait leur œuvre. Non seulement les promoteurs de l'expédition défendaient leur conquête, mais parmi ceux dont les préventions avaient été le plus vives, beaucoup n'auraient pas pardonné au gouvernement de reculer à mi-chemin. L'opposition eût exploité avec fureur toute apparence de timidité. « Il n'y aurait pas eu alors, disait-on, assez de boue et de pavés pour jeter à la tète de M. de Polignac*. » M. de Ray ne val lui-même prodiguait les encouragements. <( Nous sommes en mesure de mener cette affaire comme nous voulons, écrivait-il en réponse à la consultation qu'on lui avait demandée de Paris; il y aura des intrigues pour nous embarrasser, mais rien de plus, et il me paraît certain qu'en la conduisant avec habileté, en ne précipitant rien, en intéressant plusieurs puissances au succès de nos vues, nous parviendrons à un résultat honorable et avantageux à la fois. L'Angleterre se trouvera toute seule, et comme dans l'affaire de Grèce, comme dans celle d'Espagne, elle finira par faire le contraire de ce qu'elle aura annoncé 2. »

Dans ces circonstances délicates, M. de Polignac prit un moyen terme qui devait mettre la France en excellente posture. Il entreprit de démontrer à l'Europe qu'il était absolument impossible d'établir à Alger un état de choses rassurant pour la chrétienté, si nous rappelions nos trou-

4. Lettre de M. de Barante à M. de 3Iontlosier, 20 juillet i830, op. cit.

2. M. de Rayneval à M. de Polignac. Dépêche du 10 mai et lettre confidentielle du 17 mai 1830 (Affaires étrangères).

pes, et que l'intérêt de toutes les puissances était de nous voir rester en Afrique. Il résolut donc d'offrir à la Porte de lui céder notre conquête. Il ne doutait pas qu'elle fût incapable de supporter ce fardeau et de fournir les garanties nécessaires qui seraient exigées tant par la France, pour la satisfaction de ses intérêts particuliers, que par l'Europe. Alors disparaîtrait une source de complications dangereuses ainsi que le principal argument des Anglais qui avaient toujours mis en avant les droits du sultan. Ce système avait encore pour lui tout l'avantage des procédés dilatoires. Les négociations avec la Porte sont toujours infiniment longues, et il serait facile h la France de les prolonger à son gré. Pendant ce temps, TEurope s'habituerait à voir nos troupes à Alger : elle apprécierait vite l'avantage de pouvoir naviguer sur la Méditerranée, sans avoir à redouter l'apparition des corsaires, et serait de plus en plus disposée à maintenir un stalu quo déjà consacré par le temps, plutôt que de s'en remettre à la bonne foi douteuse des successeurs du prophète ^.

M. de Polignac se mit à Tœuvre sans tarder.

Il convenait tout d'abord de bien préciser le cai'actère de la négociation qui allait s'ouvrir. On devait éviter en effet que les propositions de la France parussent impliquer une reconnaissance de la souveraineté de la Porte sur Alger. Elle n'avait pas à solliciter l'agrément du sultan pour disposer de sa conquête, mais souveraine et mattresse d'Alger par le droit de la guerre, elle acceptait d'en faire abandon, si on lui garantissait' que son or et son sang n'avaient pas été prodigués en vain dans l'intérêt de la chrétienté. Pour enlever tous les doutes à cet égard,

i. Nous devons enregistrer ici un aveu précieux. de M. de Metternich qui montre combien le système de M. de Polignac était conforme à la saine raison. Comme lord Cowley l'entreprenait sur la nécessité fie rétablir à Alger la souveraineté de la Porte : « C'est possible, r«pondit-il, mais il serait absurde d'espérer que la Porte, eùt-elle les meilleures intentions, put assurer la sécurité que les puissances marilimes seraient en droit d'exiger : la piraterie recommencerait immé- 'iiateraent. » (Dépêche de lord Cowley à lord Aberdcen, 18 juillet [Record Office, Londres].)

M. de Polignac prescrivit à M. de Bourmont d'étendre et de fortifier Toccupation militaire, de rétablir au nom de la France les consuls dans leurs attributions, et de faire prêter foi et hommage au roi par les beys d'Oran et de Bône ; en un mot d'établir au point de vue matériel et politique la souveraineté des vainqueurs. En même temps, comme ces mesures pouvaient inquiéter TEurope, et lui donner à penser que Tannexion était chose faite, M. de Polignac s'empressa de rassurer l'opinion. « La question d'Alger est complexe, dit-il : la France a des intérêts particuliers, l'Europe en a également qui sont loin d'être en opposition avec les siens. A la France qui seule a mené la campagne, et seule a fait en hommes et en argent des sacrifices considérables, dont toute la chrétienté sera appelée à bénéficier, il est impossible de refuser une légitime indemnité. Elle recherchera les moyens de l'obtenir, et TEurope aura mission de juger si la solution adoptée donne des garanties suffisantes pour la sécurité de la Méditerranée. M. de Polignac espérait donc que tous les ambassadeurs à Paris avaient reçu de leurs cours respectives les instructions nécessaires en vue de cette éventualité. »

Ces précautions prises, M. de Polignac envoya ses ordres à l'ambassadeur du roi à Constantinople.

Dans une première dépêche officielle en date du 18 juillet 1830, il se borna à informer le général Guilleminot que le roi avait résolu de remettre Alger au sultan. «L'ancienne amitié, dit-il, que nous' professons pour la Porte nous engage à lui faire partager les fruits de notre victoire. » C'est dans ce but que le gouvernement soumettait à son acceptation un traité aux termes duquel le roi cédait au sultan la régence d'Alger, pour être tenue par lui sous sa domination directe et absolue. La piraterie, l'esclavage et les tributs seraient supprimés. Le gouvernement confierait â une conférence internationale le soin de spécifier les garanties exigées pour prévenir à jamais le retour de ces maux, mais dès maintenant, on laissait entendre que le minimum exigé serait le renvoi en Asie

"*:Vîf»rv*-.

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des milices turques, rétablissement à Alger d'un pacha turc et d'une garnison régulière, relevés tous les cinqans ; la démolition des fortifications de la ville et du port, enfin l'interdiction pour la régence d'entretenir une marine. En outre, la France réclamait pour elle la province de Bône et un droit de contrôle sur la nomination du bey de Constantine. Le sultan n'entrerait en possession de la régence qu'après avoir accepté et exécuté ces différentes stipulations, A cette dépêche était jointe une lettre confidentielle, dans laquelle M. de Polignac expliquait le fond de sa pensée : « Il nous est impossible, disait le prince, de juger avec certitude de l'impression que le succès de nos armes a produite en Europe. Plusieurs puissances nous offrent des félicitations qui semblent sincères, et quelquesunes même paraissent désirer que nous conservions la possession de ce que nos armes nous ont conquis. Il ne nous est d'un autre côté guère possible de douter que d'autres États ne mettent de l'opposition à l'exécution de ce projet... en sorte que l'état actuel des choses inspire à Sa Majesté le juste désir de ne prendre de résolution finale qu'après avoir reçu des informations plus détaillées et des assurances plus précises qu'elle n'en a maintenant... ; et comme nous avons besoin de nous ménager quelque latitude pour voir si l'opinion en France ou en Europe ne nous fera pas plus tard un reproche d'avoir trop facilement abandonné les possessions d'Alger, voici la marche que le roi désire que vous suiviez. » M. de Polignac entrait ensuite dans le détail de l'expédient qu'il avait imaginé. Au traité dont il envoyait le projet à l'ambassadeur, il joignait le texte d'une convention additionnelle, d'après laquelle la Porte, en se substituant au dey, prenait à sa charge les dettes de toute nature de l'ancien gouvernement d'Alger, y compris les indemnités pour les prises faites par les Algériens sur les Français et les protégés de la France, les confiscations, les droits imposés contre la teneur des traités, les pertes éprouvées par l'interruption du commerce, la destruction des propriétés, enfin pour tous les torts et préjudices quelconques que les sujets

français avaient éprouves par suite de la conduite du gouvernement algérien à leur égard: « Il est très probable, déclarait M. de Polignac que la Porte se trouvera hors d'état de payer ces sommes. Vous aurez alors à lui représenter que le roi a bien pu consentir à ne réclamer aucune indemnité pour les frais de la guerre, mais qu'il ne saurait sacrifier également les intérêts de ses sujets ; que notre départ d'Alger exercera déjà en France un effet très défavorable et disposera l'opinion à nous juger sévèrement, et que nous ne pouvons pas nous exposer à irriter encore cette opinion par l'abandon des créances des particuliers. C'est ainsi que la Porte, ne pouvant ou ne voulant pas exécuter les obligations mises à sa charge, nous resterions maîtres d'accepter ou de rejeter le traité selon que de plus mûres réflexions, les événements subséquents, une connaissance plus approfondie des dispositions de la France et de l'Europe, pourraient nous en donner le conseil. »

Le système imaginé par M. de Polignac était assez ingénieux, mais il avait le défaut d'être uniquement basé sur l'insolvabilité de la Porte. Or, ce n'était là qu'une présomption, très probable il est vrai, mais non pas une certitude. En outre, on pouvait regretter de voir rabaisser à une simple question d'intérêts matériels les plus graves problèmes de la politique et de la civilisation. Ces inconvénients frappèrent le général Guilleminot. Il comprit que la Porle bien conseillée n'élèverait contre le projet de traité d'autre objection que son impuissance à payer immédiatement l'indemnité requise, et en ce cas, dit-ii, « notre considération aurait à souffrir de ne faire dépendre que d'une somme d'argent la solution d'une question majeure telle que celle du sort d'Alger ^ ».

Aussi résolut-il, par un acte d'indépendance assez remarquable, de ne pas s'en tenir à la lettre de ses instructions. Au lieu de soumettre à la signature du sultan le projet qu'on lui avait adressé, il se borna à le présenter

1. Le général Guilleminot au prince de Polignac, 10 août 1830 {Affaires étrangères ) .

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comme la base possible d'un arrangement futur. « Dans le mémorandum que j'ai envoyé au Reiss EfFendi, dit-il, j'établis comme incontestables nos droits à la conquête et à la possession d'Alger : je réfute d'avance les objections que la Porte pourrait fonder sur sa qualité de suzeraine *. J'y présente le roi comme l'appelant pour ainsi dire à consultation, non comme offrant la régence d'Alger, mais comme disposé à l'offrir sous certaines réserves. »

Peut-être n'y avait-il là qu'une nuance, mais elle était capitale, car la négociation ainsi engagée ne mettait plus en présence deux puissances égales en droit. La France ne promettait plus de céder sa conquête : elle cherchait seulement à s'éclairer sur les conditions et les conséquences de cette cession, et elle restait toujours libre de se retirer sans avoir d'explications à fournir.

En comme, le général Guilleminot avait parfaitement saisi les motifs secrets qui avaient dicté la conduite de son chef, et en donnant aux négociations un caractère encore plus dilatoire que M. de Polignac n'avait voulu ou osé le prescrire, il entrait parfaitement dans les vues du gouvernement et servait habilement les intérêts du pays.

1. Celte éventualité ne préoccupait guère Tambassadeur. Sans doute la nouTelle de la prise d* Alger avait produit une certaine consternation à Gonstantinople ; l'orgueil musulman souffrait de voir que des pirates qui avaient si longtemps bravé Tautorité du Grand Seigneur, avaient été anéantis par une armée chrétienne, mais, même à ce moment, le Divan, conscient de son impuissance, n'osa jamais revendiquer ses prétendus droits de suzeraineté. « L'attention donnée par les Turcs à notre expédition contre Alger, écrivait à ce sujet le général Guilleminot, a plutôt le caractère d'une curiosité oisive que celui de l'inquiétude et de l'humeur. Ils semblent ignorer s'ils ont des droits sur Alger ou s'ils n'en ont pas. Le soin du lendemain n'inquiète personne. C'est aux Algériens, disait-on, à se tirer d'affaire. La régence dépend si peu de la Porte que depuis fort longtemps elle ne daignait même plus répondre aux ûrmans que lui envoyait Sa Hautesse. Elle n'est au Grand Seigneur que ce que sont au pape les Etats catholiques. > (Correspondance du général Guilleminot, juillet et août 1830, et notamment dépêche du 10 juillet [Affaires étrangères].)

Cette négociation, secrètement conçue et à peine entamée dans les derniers jours de juillet, ne pouvait être connue à Londres d*où l'on surveillait cependant nos mouvements avec la plus grande attention ; mais de clairs symptômes et les propres déclarations de M. de Polignac ^ démontraient que nous n'entendions pas renoncer au bénéfice légitime de la campagne, et que la côte d'Afrique, en toutou en partie, serait désormais sinon en notre possession, du moins sous notre contrôle immédiat.

Pendant longtemps, les ministres anglais n'avaient même pas voulu envisager la réalisation d'une pareille éventualité. Jusqu'au dernier moment, ils avaient espéré que nous reculerions : ils avaient escompté la perspective d'une crise politique en France ; enfin et surtout ils avaient cru fermement à un désastre où aurait succomibé notre puissance navale. Plus tard, ils s'étaient persuadé que l'évacuation suivrait immédiatement la victoire, et que l'Europe nous forcerait à rappeler nos troupes après avoir fait sauter les remparts de la ville. Lord Âberdeen l'avait récemment encore insinué au duc de Laval : « Je vous félicite, lui avait-il dit, de l'heureuse arrivée de votre flotte ; je vous féliciterai bien plus cordialement de son heureux retour. Au reste nous sommes là-dessus parfaitement tranquilles, car si vous avez reçu de la part des cours des témoignages d'approbation et d'encouragement, nous en avons reçu des assurances qui nous persuadent qu'on ne laissera pas détruire l'équilibre de la Méditerranée 2. » Or rien ne faisait prévoir ce retour. L'Europe

1. Notamment dans la dépêche du 16 juillet, où M. de Polignac invitait M. de Laval à donner connaissance à lord Aberdeen de divers actes d'administration de M. de Bourmont.

2. Le duc de Laval au prince de Polignac, 21 juin {Affaires étrangères ),

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restait immobile ; les fleurs de lis continuaient à flotter sur le fort TEmpereur ; M. de Bourmont envoyait des troupes à Oran et à Bône ; il préparait une expédition contre Blida, et Tamiral Rosamel partait pour Tunis et Tripoli. Chaque courrier arrivé d'Afrique accroissait ainsi la colère et le dépit des ministres anglais. Depuis six semaines ils étaient restés dans l'expectative, à Taiïùt des chances heureuses, mais tout avait tourné contre eux. Désormais le dénouement de la crise était imminent; si Ton voulait agir, il n'y avait plus à hésiter.

De nouveau, les relations se tendirent à Textrôme entre les représentants des deux pays. Le cabinet anglais refusa d'autoriser lord Stuart à prendre part à la conférence que M. de Polignac proposait de réunir à Paris *. « C^est absolument inutile, disait à ce sujet l'ambassadeur, car sno intérêts sont trop diff'érents de ceux des autres puissances pour que nous ayons avantage à délibérer*^. » De son côté M. de Laval fut fort mal reçu lorsqu'il vint informer lo chef du Foreign Office que M. de Bourmont avait rétabli les consuls dans leurs attributions : « Vous n'avez pan h vous occuper de notre consul, répliqua lord Aberdeen, puisqu'il est accrédité auprès du dey. » — Sur tous les points, les agents anglais reprirent vijgoureuseniont i'offeusive. A Constantinople, sir Robert Gordon essaya vainement de secouer l'inertie voulue de la Porte en obtenant d'elle qu'elle envoyât une flotte dans les eaux d'Alger : « Vous y trouverez, disait-il, des forces navales anglaises prêtes à soutenir avec vous les droits de Sa Hautesse ^. » A Gibraltar, les préparatifs devinrent ni menaçants que notre consul crut devoir avertir le générât Damrémont, commandant la place d'Oran de se tenir en garde contre une attaque imminente. Celui-ci demanda

\ . Les instructions données à lord Stuart Tautorisaient seulement à assister aux conférences, mais il lui était interdit de prendre part aux délibérations et de signer les procès-verbaux.

2. Lord Stuart à lord Aberdeen, 19 juillet 1830 {Record Office).

3. Dépêche du général Guilleminot au prince de Polignac (Affaires étrangères).

des instructions à Alger. Le maréchal de Bourmont lui enjoignit aussitôt de rester à son poste et de s'y défendre : « Au reste, ajoutait-il, vous pouvez vous rassurer ; l'Angleterre n est pas en état de braver l'opinion universelle, et c'est dans l'intérêt même du gouvernement britannique que je trouve la garantie du maintien de la paix ^. »

Quant à lord Stuart, peu soucieux de reprendre le chemin des Tuileries après l'accueil qu'il s'y était attiré un mois auparavant, il se borna à communiquer au roi un(^ demande d'explications hautaine, telle qu'ill'avait reçue de Londres. Charles X lui retourna sa dépêche avec cette annotation : « Pour prendre Alger je n'ai considéré que la dignité de la France ; pour le garder ou le rendre je ne consulterai que son intérêt 2. »

Pendant quelque temps la rupture parut inévitable. n Tout le monde dit ici que la guerre va éclater, écrivit de GonsLantinople sir Robert Gordon, que dois-je faire ?» A Alger, le consul Saint-John prépara tout en vue d'une crifit' violente : « Les Maures, les Turcs et les Arabes se joindront à nous, écrivit-il, mais si nous devons rompre avec la France je vous supplie de m'avertir à temps, car un dips généraux français a déclaré publiquement qu'au pif mier coup de canon, il me ferait prisonnier ^. »

La situation parut si grave à M. de Laval qu'il crut indispensable de venir à Paris s'en entretenir avec le roi. Mais avant de quitter Londres, il voulut prendre congé des ministres anglais. Il se rendit donc le 26 juillet chez le dut- de Wellington. Ce soir-là, le noble lord donnait une grande fête en l'honneur de l'avènement du roi Guillaume IV. Dans les vastes salons d'Aspley-House, se pressait la fouie des invités, princes étrangers accourus à Londres pour saluer le nouveau roi, grands personnages delà cour

1. Le maréchal de Bourmont au général Damrémont, 46 juillet j ,4 vch ives de la guerre ) .

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