lli'is-lc-Comte, op. cit
:i, ï '.urrespondance de M. Saint-John avec M. Hay, sous-secrétaire d'Etat au Colonial Office, juillet et août 1830, pamm {Record Office).
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et du gouvernement, ambassadeurs et les plus hauts représentants de Taristocratie anglaise et étrangère. L'hôtel resplendissait de lumières, et dans le cadre éblouissantde cette royale demeure, environné du prestige de la gloire, du rang, de la fortune, le vieux duc de Fer recevant les hommages de cette illustre assemblée, apparaissait comme l'image vivante de l'orgueilleuse et puissante Angleterre,
Cependant, dans un coin retiré des salons, debout près d'une fenêtre qui s'ouvrait largement sur les profondeurs ombragées d'HydePark, deux personnages causaient avec animation, étrangers aubruitcomme au mouvement d<^ la fête. L'entretien durait depuis longtemps lorsque l'un d'eux tendant la main à son interlocuteur, annonça l'intenliou de se retirer. « Je vous dis adieu. Monsieur le duc, dit lord Aberdeen, avec plus de peine que de coutume, i-ur je crains bien que nous ne soyons plus destinés à nouf=5 revoir: jamais la France, môme au temps de la république et de l'empire, ne nous a donné de pareils sujets de plaintes. — Mylord, repartit le duc de Laval, je ne saurais ni dire, ni prévoir ce que vous pouvez espérer de la modi'^ration de la France, mais ce que je sais c'est que vous n'en obtiendrez rien par la menace ^. »
Le surlendemain 28 juillet, M. de Laval débarquait à Calais. La première nouvelle qu'il y trouva fut celle des fatales ordonnances. L'effet n'en était que trop facile ii prévoir. Aussi pressa-t-il son voyage, mais ledésordre, qui déjà régnait partout, retarda sa marche. Une put arriver que le l*' août à Suresnes et ce fut pour apprendre qu(> le roi avait quitté Saint-Cloud la nuit précédente. L'ambussadcur se hâta sur ses traces. Il partit pour Rambouillet faisant presque toute la route à pied, un bâton à la main, mêlé à la cohue tumultueuse qui, sous le nom d'amure parisienne, allait pourchasser le roide France jusque d-ms sa retraite. Au prix de mille fatigues que son âge et st^s infirmités rendaient encore plus cruelles, M. de Lav^d
t. Un ambassadeur d'autrefois : le duc de Laval, par le comte de Couronnai; Bois-le-Comte, op. cit. {Documents inédits).
arriva enfin au milieu de la nuit à Rambouillet. Recueilli par son beau-frère, le duc de Luxembourg, qui commandait les gardes du corps de service, il fut introduit immédiatement auprès du roi. Le fidèle serviteur fondit en larmes en retrouvant dans cette misérable situation le prince auquel il avait consacré sa vie, et dont il avait défendu Thonneur et la gloire avec tant de dévouement. Charles X Taccueillit avec bonté; il l'entretint longuement des affaires qui, quelques jours auparavant, occupaient l'attention de TEurope. Mais ce n'était plus à lui qu'incombaient dorénavant le fardeau du pouvoir et le souci des destinées de la patrie. Les clameurs de la populace qui assiégeait les barrières de la ville lui rappelaient brutalement qu'il n'avait plus le droit de parler au nom de la France. Il congédia le duc, et quelques heures après, le cortège funèbre de la monarchie française se déroulait lentement sur la route de l'exil.
(Suite) APRÈS LA CONQUÊTE
I. -— KUt de Taffaire d'Alger à la chute de Charles X. •— Conséquences de la révolation de Juillet. — Opinion publique en France, et sentiments du roi Louis-Philippe sur la question algérienne.
II. — Changement de cabinet en Angleterre. — Les troubles grares, qui agitent l'Europe à la suite de la révolution de Juillet, relèguent la question d'Alger au second plan.
III. — L'Angleterre so borne à faire le nécessaire pour empêcher que son silence soit pris pour un acquiescement tacite aux faits accomplis. — Elle profite de toutes les occasions pour renouveler ses réclamations. — Attitude du consul Saint-John à Alger. Incidents parlementaires et diplomatiques de 1832, 1833, 1838, 1842, 1844. — Vifs reproches adressés à Louis-Philippe par lord Aberdeen. — Lord Palmerston, la prise de Constantine et la guerre du Maroc. — L'affaire del'exequatur en 1851. — L'Angleterre cède et reconnaît la souveraineté française sur l'Algérie.
IV. — Conclusion. — Résumé et appréciation de l'attitude de l'Angleterre dans la querelle d'Alger.
Lorsque le duc de Wellington connut l'état d'anarchie de la France durant les jours troublés qui suivirent la tourmente révolutionnaire de Juillet, la faiblesse et Timpuissance du nouveau pouvoir, les méfiances qui Taccueillaient en Europe, et notamment l'hostilité à peine cachée du tsar Nicolas; lorsqu'il nous crut tombés très bas, prêts àtous les sacrifices pour obtenir la permission de vivre, il jugea le moment venu de regagner le terrain que lui avait fait perdre la sage et courageuse politique du roi Charles X. «Sachons profiter de Foccasion, écrivit-il à lord Aberdeen, et hâtons-nous de régler toutes nos difficultés avec la France : Taffaire portugaise, TafFaire d'Alger, etc. ^.w Parole instructive, et que devraient méditer tous nos fauteurs
1. Lord Wellington à lord Aberdeen, 8 septembre 1830 (Record Office, Londres).
i')8 CHAPITRE QUATRIÈMK
do discordes, car l'étranger est dans son rôle en cherchant son profit dans nos incartades révolutionnaires.
La partie était belle en effet pour T Angleterre, car dans la situation critique de notre pays, le nouveau gouvernement français eût été excusable de faire la part du feu en abandonnant notre récente conquête. Il faut lui savoir gré d'avoir gardé intact l'héritage qui venait de lui échoir. Si la restauration a eu le mérite d'envoyer nos soldats à Alger, la monarchie de Juillet a eu celui de les y maintenir, et devant l'histoire toutes deux ont droit à notre égale reconnaissance.
On a vu quelle était la situation des affaires algériennes àlachute du roi Charles X. Trente mille hommes campaient à Alger, Bône et Oran. M. de Bourmont avait officiellement et légalement fait reconnaître l'autorité du roi dans la régence. Le cabinet de M. de Polignac, après quelques hésitations, avait commencé des démarches pour assurer à la France la possession de sa conquête. Il avait pris des mesures pour prolonger indéfiniment notre occupation militaire, et préparé les voies pour amener tout doucement l'Europe à reconnaître les faits accomplis. C'est dans ce but qu'il avait fait à la Porte des ouvertures destinées à fournir à l'Europe la démonstration publique de son impuissance. En même temps/il avait sollicité des gouvernements étrangers l'envoi d'instructions à leurs ambassadeurs à Paris, en vue delà conférence qu'il se proposait il'y réunir pour décider du sort d'Alger. Selon les événements, cette conférence aurait eu des caractères différents Si, par impossible, l'accord se faisait entre la France et la Porte sur tous les points en litige, y compris les garanties et indemnités exigées, nous aurions ouvert les délibérations, en communiquant ce traité qui réglait nos intérêts particuliers, et en invitant nos alliés à diriger leurs discussions conformément à l'état de choses qu'il établissait. « Les délibérations eussent alors porté sur les moyens d'assurer à la Turquie la conservation de son autorité sur Alger ; sur le nombre et la nature des troupes qu'elle devait y entretenir; sur la durée du séjour des
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garnisons dans le pays, et leur renouvellement intégral ou partiel à des époques déterminées; sur la nature et l'importance des forces maritimes qui seraient employées à Alger; sur Tétat des fortifications qu'on y laisserait; sur le régime que le sultan établirait dans ses possessions nouvelles; sur les garanties que les puissances exigeraient de lui pour la sûreté de leur navigation et de leur commerce; enfin sur toutes les mesures d'exécution qui ne toucheraient pas à la base fondamentale du traité, c'est-k-dire au partage du territoire algérien entre la France et la Porte,
« Si au contraire, comme il était infiniment probable, nos négociations avec la Porte n'aboutissaient pas, les délibérations de la conférence eussent changé de nature, car nous n'aurions rompu nos pourparlers qu'après nous être assurés que la majorité des puissances était d'avis de nous voir conserver Alger, et alors, nous nous serions fait inviter par la conférence ellcr-môme à garder notre conquête K »
Cette solution était extrêmement probable, à condition qu'on ne pressât pas l'Europe de prendre un parti immédiat, et qu'on laissât le temps et l'accoutumance faire leur œuvre. La Russie et la Prusse ne demandaient pas mieux que de nous laisser notre liberté d'allures, pourvu que la paix ne fût pas troublée, et qu'on ne réclamât pas d'elles une intervention directe. Le comte Pozzo en avait donné l'assurance à M. de Polignac, lorsque celui-ci l'avait mis au courant de nos démarches auprès du sultan.
« Enfin, si les cireonstances nous eussent portés à prendre un rôle et un langage plus haut et plus tranchant, et si les dispositions des esprits eussent rendu la réunion d'une conférence sujette à trop d'incei*titudes et d'inconvénients, il nous était facile d'éviter cette réunion. Nous n'avions pour cela qu'à nous servir de l'Angleterre qui s'y opposait formellement et refusait d'envoyer ses pouvoirs à son représentant, pour ne pas trahir publiquement l'opposition qui existait entre ses intérêts et les intérêts généraux de