‹ France et AngleterreChapitre 37 sur 100 · Bois-le-Gomte, op, cit · texte numérisé non relu

Bois-le-Gomte, op, cit

TEurope. » L'Europe qui dans le fond n'avait pas grand intérêt à cette réunion, du moment que la sécurité de la mer était assurée par nos soins, n'aurait pas réclamé, et l'Angleterre n'aurait pu s'en prendre qu'à elle-même si la question d'Alger était ainsi réglée sans sa participation.

L'affaire tout entière était donc entre les mains de la France, qui avait ses coudées franches. Aucun engagement n'avait été pris qui limitât sa liberté d'action, et M. de Polignac était en voie d'acquitter, au mieux des intérêts du pays, la seule promesse qu'il eût faite: celle démettre les puissances à même d'intervenir, si elles le jugeaient à propos, dans le règlement définitif du sort d'Alger.

La révolution de Juillet allait profondément modifier cette situation. Sa conséquence immédiate fut de détruire les relations de confiance et d'amitié qui s'étaient établies depuis quinze ans entre la France et plusieurs des grandes puissances de l'Europe. Partout reparurent l'hostilité et les défiances contre ce pays incorrigible et dangereux, dont la protestation bruyante contre la réaction de 1815 avait éveillé de lointains échos d'un bout à l'autre du continent. Le roi lui-même était suspect ; par cette « usurpation de famille * » procédant de l'émeute, les vieilles dynasties se sentaient peut-être plus gravement atteintes que par l'élévation d'un soldat victorieux. Déjà en 1815, les souverains avaient écarté le duc d'Orléans qui n'aurait été à leurs yeux qu'un « usurpateur de meilleure maison que Bonaparte 2». Les scènes tragiques de Juillet n'étaient pas faites pour modifier leur opinion.

Du jour au lendemain, la France perdit donc l'appui et les sympathies des puissances du continent. Bien plus, elle se trouva, par la force des choses, rejetée du côté de l'Angleterre, et tout le système de politique étrangère patiemment élaboré par la restauration s'écroula en quelques heures. Le gouvernement de Juillet, il est vrai, n'avait pas l'embarras du choix : l'alliance anglaise s'offrait à lui

1. Conversation de l'empereur Alexandre II avec M. de Morny en 1856.

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