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Discussion des crédits d'Algérie en

2. C'est ainsi par exemple qu'en 1836, M. Thiers, alors président du conseil, ayant à soutenir une demande de crédits pour l'armée d'occupation, tout en reconnaissant qu'après six années écoulées, on ne pouvait décemment songer à une évacuation, s'exprimait en ces termes : « Certainement, si Alger était à conquérir, je ne le conseillerais pas à la France, mais enfln nous y sommes. Lorsque l'expédition d'Alger fut résolue sous la restauration, je fus de ceux qui la blâmèrent, et je crois que je rendrai le véritable sentiment de la France à cette époque, lorsque je dirai que tout le monde y vit avec effroi l'intention d'aller y forger des armes pour les reporter sur le continent frsinçais et attenter à nos institutions. Voilà le sentiment qui nous animait tous alors contre l'expédition d'Alger. » (Discours du 9 juin 1830.)

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arabassaJtnir h Londres, lui-nn'^me, élait en il o raccord avec son roi. M, de Talleyrand, qui uvait toujours condamné Texpédition d*Al^er, n'y voyait qu'un grave embarras, une complîcaiion inventée à plaisir, qm achevait d'embrouiller recheveau déjà si toufln des affaires européennes; il aurait saisi avec joie toute occasion de jeter par-dessus bord cette malencontreuse eoniiuele.

Peut-être, en pensant ainsi, ministres et ambassadeurs éLaient-ils dans I^ur rolc. Si bauls qu'ils fussent ils n (étaient que de î^imples agents : ils ne se sentaient que des responsabilités subalternes, et Toncont^oit que le juste soîïci de leur besogne immédiate les ait entraînés à sacrifier des intérêts éloignés, incertains et totalement élraagei^ aux préoccupations comme aux études des hommes de leur génération. Mais le roi, responsable devant la France et la postérité, qui sauraient bien le l'etrouver derrière les iictions constitutionnelles, avait le devoir de regarder par delà Theure présente et de veiller sur les lomtains avenirs du pays. Il prit h cœur la tâche que lui avaient léguée ses devanciers : contre les jalousies du dehors, et les préventions du dedans^ il détendit la jeune France d'Afrique, sans consentir à sacrilier quoi que ce fût en échange. Enfin, pour lui mieux marquer sa sollicitude, et l'importance qu'il lui assignait tlans les destinées nationales, il y envoya successivement tous ses lîk, dont les noms resteront indissolublement liés àThisluire de la conquête»

Cest ainsi que le drapeau tricolore acheva Foeuvre de la bannière tïeurdelisée, et que Louis-Philippe, sans Bppui dans son parlementj mal servi par ses ministres f't&es ambassadeurs, abandonné par l'Europe, au moins ludifllérente, sinon hostile, finit par triompher de l'Angleterre enhardie et avide d'une revanche éclatante* La l^rtie était bien inégale ; mais la fortune, heureusement, lui vint en aide*

Le 15 novembre 1830, un vote de la chambre des communes renversa le cabinet du duc de Wellington et mit hors de combat nos plus rudes adversaires. Leurs successeurs, il est vrai, n'étaient guère mieux disposés pour nous. Lord Grey, qui devenait premier ministre, s'était maintes fois prononcé contre notre expédition, et lord Palmerston allait apporter au Foreign Office les préventions et l'hostilité qu'il conserva contre nous durant tout le cours de sa longue carrière. En outre, tous deux étaient en termes plutôt médiocres avec notre ambassadeur, le prince de Talleyrand, le vieux Talley^ comme l'appelait lord Palmerston ; soit antipathie personnelle, soit que la haute situation de ce vétéran de la diplomatie leur portât ombrage, et que la déférence qu'il rencontrait auprès de ses collègues de la conférence de Londres excitât leur jalousie ^ Mais d'autre part, les nouveaux ministres ne se sentaient pas responsables de la situation. Us n'avaient pas besoin, comme leurs prédécesseurs, de reconquérir par un coup d'éclat les suffrages de l'opinion, de la presse et du parlement, et de faire taire les critiques et les colères soulevées par un échec retentissant. Peut-être aussi n'étaient-ils pas fâchés de laisser paraître au grand jour les conséquences d'une administration qu'ils avaient longuement et persévéramment combattue. Quoi qu'il en soit, dans leurs relations avec la France, ils évitèrent de mettre l'affaire d'Alger au premier plan, comme le proje-

4. « Je me rappelle lord Grey éclatant un jour, et déclarant que les trois plus grands coquins du monde étaient lord Castlereagh qui était mort, Brougham et Talleyrand. » ( Lord Malmesbury, Mémoires. )

De son côté, M. de Talleyrand écrivait en 1834 dans sa lettre de démission : « ... Ici se place une question de personnes. Lord Palmerston et moi, nous ne nous entendons plus et nous ne nous plaisons guère. 11 ne faut pas que le service du roi souffre de cette mésintelligence. » ^Lettre à Madame Adélaïde [Mémoires, t. V. p. 474].)

LA QLlillKLLE d'aLCE^ ^ AÏ■Ri^S LA COXQUÊTK 163

tait le duc de Wellingloii. Quelques semaines se passèrent aiBsi : durant ce r^pit, rEuro|)e s'embrasa soudain d*un bout à Tautre, et le fracas des armes retentit depuis le Tage jusqu'à lu Vislule. L'AngleltTro, pressée dïUeindrele feu, courut où le danger luiapparaisï^ait le plus grave. Ce ne fut plus désormais la question d'Alger qui allait troubler la sérénilé de ses hommes d'État K

Les événements qui agitèrent si profondément TEuropc pendant les années qui suivirent la révolution de Juillet, eurent cette conséquence au moins inattendue de mettre en évidence la sagesse des provisions de M, de F^olignac, Oa se rappelle en effet qu'aux préparatifs menaçants de ]".\ngleterre, il avait répondu par des démonstrations offensives sur la frontit^^re de Belgique* II y voyait le seul point vulnérable de TAngle terre : il sentait qu'Anvers, plus encore qu'Alger^ lui tenait au cœur, et que Timportancedu gage qu'il avait sous la main, lui permettait d'oser beaucoup. L^émotion causée à Londres par le soulèvement de Bruxelles, Télection du duc de Nemours, et la double intervention française de 1831-1832 prouvf'rent qu'il avait vu juste. En fait, l'affaire hetge devint immédiate^ ment la préoccupation majeure des ministres anglais. Ils ne songèrent plus qu'à combattre les patriotes de Belgi-

1. Rappelons somTTirtircment les événements qui agitèrent ['Europe à ia suite de ïa révolution de Juillet: Révoïulion de Belgique (2"i août 1830), Proclamation de l'iridépcndaïice (3 octobre). Élection du duc de Nemouns (février 1831 ). Première inlen^ention de la France (août 1831), Deuxième intervention et prise d'Anvers (décembre 1832), ^ Révolution de Pologne (29 novembre 1831}. Guerre entre la Russie et la Ptilof^ne ( fi^vrior-septembre 1831). — MouvemenU i-oastitutionjieU en AUcmagne (BrunsTviek, Hesse-Cassel^ Sas:e, Bavière). Intervention de la dièle de Francfort (juillet 183:2 K — Guerre dvile eu Suisse (1831-1H32), — Révolutions en Italii^ à Modèîie, Parme tt dans les Etats de TÉplise. Double intervention des; Aulrithieng (1S31-1K32). Occupation d'Aucôno par la France (févri<'r 1833). — Inridents en Portugal : les escadres françaises forcent Tentrce du Tage (Î831). — Enfin, c'est également en 1k:U, que la question d'Orient prit soudain une tournure des plus finives, Gueire tmtre Meheraet-Ali et h sultan. Conquête de la Syrie et d'une partie de l'Asie Mineure par leg Égyptiens, Intervention de la Russie k Constantinoplej etc.

que qui appelaient à eux un prince français, et l'entrée de nos troupes sur le territoire litigieux, en leur causant de mortelles alarmes, concentra leur attention sur les bouches de TEscaut. Les événements d'Orient achevèrent de reléguer Taffaire d'Alger à Tarrière-plan.Là encore, les vues de M. de Polignac se trouvèrent réalisées. Lorsqu'il avait demandé au sultan un firman qui autorisât Mehemel- Ali à marcher contre les régences, il n'avait pas manqué de faire valoir que l'intérêt de la Porte était d'ouvrir à son turbulent vassal un débouché pour son activité inquiète et ambitieuse. Aussi longtemps qu'il serait occupé en Afrique, la sécurité de l'Asie Mineure et des possessions immédiates du sultan serait assurée, mais il était clair que le pacha ne garderait pas éternellement ses soldats inoccupés et ses trésors improductifs. Les choses tournèrent comme il l'avait prévu. Forcé d'abandonner toute idée de conquête du côté des régences, Mehemet se retourna contre son faible suzerain. Il lui chercha querelle au sujet d'un règlement de comptes datant de la guerre de Grèce, et profitant d'un moment où l'Europe regardait ailleurs, il lança son fils Ibrahim sur la Syrie (novembre 1831). Un an après, les troupes ottomanes, écrasées en plusieurs rencontres, étaient chassées de toute l'Asie Mineure. L'armée égyptienne tenait leurs débris acculés à la mer de Marmara. Un pas de plus menait Ibrahim à Constantinople (décembre 1832). Le sultan épouvanté appela la Russie à son aide. L'empereur Nicolas qui n'attendait que ce moment envoya aussitôt saflolle dans le Bosphore et ses troupes en Anatolie. L'inquiétude devint vive en Europe : en Angleterre ce fut une profonde émotion. C'est ainsi qu'à la fin de 1832, après deux années d'agitations et de discussions passionnées, les Français occupaient Anvers, en môme temps que les Russes campaient aux portes de Constantinople. Il n'y avait certainement pas en Angleterre un seul homme d'Etat qui, dans ses rêves les plus sombres, eût envisagé de pires éventualités.

Que devait alors peser dans la balance l'occupation

d'Alger? A Cons tan tinople, ni le général Guilleminot ni Tamiral Roussin, son successeur, ne parvinrent à tirer une réponse de la Porte. Quand ils parlaient d'Alger, on leur répondait Egypte ou Russie. La négociation entamée par M. de Polignac tomba dans Teau. La Porte, qui plus que jamais avait besoin de Tappuide la France pour arrêter la marche d'Ibrahim S n'avait garde de faire sortir le dossier algérien de la poudre des archives. Tous les souverains de l'Europe, aux prises avec « la haute marée des peuples », inquiets des germes de bouleversements qui apparaissaient de toutes parts, se souciaient fort peu de ce qui se passait de l'autre côté de la Méditerranée. Ceux qui redoutaient de voir la France reprendre la grande croisade révolutionnaire des temps héroïques, n'étaient peut-être pas fâchés qu'une partie de ses forces et de ses ressources fussent immobilisées sur la côte d'Afrique. Cette guerre lointaine n'étaitelle pas un dérivatif providentiel qui occupait les esprits en France, les détournait d'ambitions plus dangereuses et avait encore cet avantage de nous mettre en délicatesse avec nos voisins d'outre-Manche? En fait, il y eut sur tout le continent comme un accord tacite pour éviter de rouvrir un incident que tout le monde considérait comme clos. La Méditerranée était tranquille. On n'en demandait pas davantage, et personne n'eut l'idée de relever Tancienne proposition de M. de Polignac relative à une conférence internationale. Les diplomates, qui s'évertuaient à refaire à l'Europe une façade présentable, avaient vraiment assez de besogne sans qu'on leur mit encore sur les bras les affaires des Maures et des Kabyles.

Ce sentiment si profond et si général ne fut pas sans avoir quelque influence en Angleterre. Lord Grey, lord Palmerston lui-même, ne jugèrent pas à propos de reprendre le débat. Dans leur correspondance soit officielle,

1. Ibrahim ne s'arrêta dans sa marche victorieuse que sur les objurgations de Tamiral Roussin qui venait de remplacer le général Guilleminot à Constantinople, et grâce à une démarche personnelle de M. de Varcnnes, secrétaire de notre ambassade» qui se rendit auprès de lui à Kutayeh.

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soit privée, il n'y est fait que de rares et fugitives allusions. Lord Stuart se bornait à envoyer de courtes informations sans conséquence. Quant au cabinet des Tuileries, il prenait soin de ne pas soulever la question. Le plus complet silence était Texpédient qui lui convenait le mieux, et M. de Talleyrand échangeait à ce sujet avec sa cour les plus pressantes recommandations. « Quant à Alger, écrivait-il, dès le 27 novembre 1830, j'ai évité d'en parler ; j'aimerais bien que nos journaux en fissent autant. Il est bon qu'on s'accoutume à notre occupation et le silence est le' meilleur moyen *. » — «Nous devons toujours préférer, répétait-il quelques mois plus tard, que notre possession sur la côte d'Afrique reste, pour ainsi dire, oubliée^. » Et le général Sébastiani lui répondait en lui recommandant « d'éviter de toucher à aucune des questions qui se rapportaient k l'occupation d'Alger par les troupes françaises ^ » .

Non content d'adresser à Londres ces avis de prudence, le cabinet français prenait ses précautions pour éviter tout incident, tout éclat qui eût pu ramener l'attention sur Alger. Il n'avait pas osé évacuer la régence par crainte de l'opinion publique, et par un instinctif sentiment d'amourpropre (le roi d'ailleurs s'y serait opposé) ; mais il entendait réduire au strict minimum les conséquences de l'occupation. Le général Clauzel, que le gouvernement avait envoyé pour remplacer le maréchal de Bourmont, reçut Tordre de rester sur la défensive et de ne rien entreprendre. Pour mieux lui lier les mains, on rappela en France la majeure partie de l'armée, ne laissant à Alger

1. Le prince de Talleyrand au général Sébastiani {Mémoires, t, IV, p. 412).

2. Id.y 9 mars 1832. Cette lettre ainsi que la suivante et quelques autres que nous aurons à citer plus loin ne figurent pas dans la correspondance que M. de Talleyrand a insérée dans ses Mémoires. 11 se souciait fort peu de TAlgérie et affecte dans ses Mémoires de ne pas s'en occuper. Nous avons pu retrouver par ailleurs les lettres qu'il a cru devoir passer sous silence.

3. Le général Sébastiani au prince de Talleyrand, 14 mars 1832.

qu'un corps d'occupation de dix mille hommes. « Pressez le départ de toutes les troupes qui ne sont pas rigoureusement indispensables pour couvrir Alger, lui écrivit le maréchal Soult, alors ministre de la guerre ; envoyez aussi Texcédent des approvisionnements, les fers, poudres, même les chevaux de la cavalerie et de Tartillerie. La situation s'aggrave en Europe. Ce n'est pas que la guerre soit imminente, mais toutes les puissances font des armements, donnant comme prétexte les affaires de Belgique, et le roi est oblip^ de prendre des mesures en conséquence *. » Malgré ces moyens réduits et ces recommandations de prudence, le général Clauzel, actif et entreprenant, voulut tenter quelque chose. Il s'avança jusqu'à Médéa, et installa à Constantine et h Oran des princes tunisiens en qualité de vassaux du roi de France. Le gouvernement effrayé s'empressa de le désavouer. Clauzel riposta le 16 février 1831 par une lettre très vive : huit jours après il était rappelé.

i. Le maréchal Soult au général Clauzel (Lettre confidentielle du 3 décembre 1830 [Archives de la guerre]). Ceci n'était pas seulement de la part du maréchal un moyen de forcer à la prudence un lieutenant dont il redoutait Tesprit d'entreprise. 11 était sincèrement persuadé de rimminence d'une guerre européenne et jugeait indispensable d'avoir sous la main toutes ses forces. Une note secrète rédigée par lui pour le duc d'Orléans en septembre 1831, permet d'apprécier quel était alors l'état d'esprit du cabinet français : « ... Les rapports avec l'Angleterre deyiennent de jour en jour plus gênants. lime paraît évident que le parti tory nous précipitera vers la guerre, afin de faire tomber le ministère Grey, et par conséquent triompher de la réforme. S'il doit réussir, il me parait indubitable que déjà sa partie est liée avec la Hollande, la Prusse et même l'Autriche. Dès lors, pourrons-nous éviter la guerre ? J'avoue que je ne le prévois pas ; au moins cela me paraît extrêmement difficile. Je doute même qu'en nous retirant de la Belgique à la fin dumois, nous puissions y parvenir... (Suit le détail des ordres qu'il donne pour renforcer l'armée du Nord, créer sous Paris un camp retranché de cent cinquante mille hommes, et concentrer des troupes dans l'est. ) Vous le voyez, Monseigneur, j'annonce bien que je crois à la guerre. Reste à savoir si elle aura lieu cet automne, ou si nous pourrons l'éloigner jusqu'au printemps. Vous êtes mieux placé que moi pour le savoir », etc. (Papiers du maréchal Soult, Archives d* Epaisses,)

Si, en présence des événements survenus en Europe, les ministres anglais avaient perdu Tenvie de chercher querelle à la France sur la question d'Alger, ils n'allaient pas néanmoins jusqu'à acquiescer au nouvel état de choses établi dans la régence. Ils évitaient soigneusement de rien dire ou rien faire qui laissât supposer une reconnaissance tacite de notre occupation, et malgré le silence qui se faisait autour d'Alger, ils prenaient soin d'empêcher que la France pût un jour se prévaloir de la prescription. Le consul anglais Saint-John garda toute la confiance de son gouvernement et ne changea rien à son attitude. « Il est animé à notre égard, disait de lui le général Sébastiani, d'une évidente malveillance... ; il semble se plaire à susciter des embarras à nos généraux; il s'opiniâlre à vouloir donner à ses attributions une extension qui pouvait se concilier avec le régime et le système de droit public d'un gouvernement mahométan, mais que repoussent nécessairement la forme et les principes de l'administration établie dans la régence *. »

Ces plaintes du ministre français n'étaient pas exagérées. Nos succès militaires avaient exaspéré l'humeur batailleuse du représentant de l'Angleterre. A l'arrivée de nos troupes, il s'était trouvé mêlé à des intrigues assez louches, dont le but était vraisemblablement de renverser le dey, et d'arrêter ainsi les Français aux portes d'Alger. Il avait même accompagné un soi-disant parlementaire algérien, Mustapha-Makaladja, qui vint, dit-on, proposer au maréchal de Bourmont de lui apporter la tête du dey sur un plat d'argent 2. M. de Bourmont renvoya dos à dos l'ambassadeur et son pilote, et déclara qu'il ne traiterait qu'avec le dey sans aucun intermédiaire. Ainsi éconduit,

1. Le général Sébastiani au prince de Talleyrand, 14 mars 4832.

2. Berbrugger, Les consuls étrangers en 4830 (Revue africaine, i><ùô).

LA QUERELLE d'aLGER APRÈS LA CONQUÊTE 171

M. Sainl-John refusa d'entrer en relation avec le général en chef, et se sépara ouvertement de ses collègues d'Espagne, de Suède, de Danemark, de Naples et des Etats- Unis, qui, seuls, étaient restés sur les lieux, et avaient reconnu l'autorité des vainqueurs ^ Il affecta une intransigeance absolue, et se posa hautement en défenseur des droits du dey. II lui offrit un asile à Malte à Tabri du pavillon anglais, mais M. de Bourmont s'y opposa, et le gouvernement français ratifia son opposition. Il alla prendre officiellement congé de Hussein, et l'accabla de témoignages de sympathie et de dévouement. Le dey, en le quittant, lui laissa son sabre en souvenir, ce cadeau inestimable, écrivit le consul à son ministre, car Thomme qui la possédj^, est certainement le meilleur pacha qui ait jamais régïfé ici ^ ».

Depuis lors, tous les actes de l'autorité française furent surveillés par lui, et dénaturés avec une mauvaise foi insigne. Il n'y a pas d'accusations outrageantes qu'il ne répandit sur le compte de nos troupes et de leurs chefs. « Depuis l'arrivée des Français à Alger, ce ne sont, dit-il, que pillages, vols et massacres. Ils savent bien qu'ils ne pourront rester ici, mais avant de partir ils veulent extorquer à ce pays jusqu'au dernier centime ^. » La nouvelle de la révolution de Juillet, la désorganisation qui suivit, le départ de M. de Bourmont, lui causèrent une grande joie. « Quel plaisir pour moi, écrivit-il à cette occasion, que la consternation de notre maréchal, qui se voit à la veille d'être déporté à son tour comme les Turcs qu'il a si honteusement trompés*. » Dans toutes ses lettres, il affirme que nous ne pourrons jamais garder notre conquête, ou que nous ne l'oserons pas. Aussi la démonstration

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