‹ France et AngleterreChapitre 40 sur 100 · W., ier décembre 1830 {Record Office^ Londres · texte numérisé non relu

W., ier décembre 1830 {Record Office^ Londres

4. id., 15 août 1830 (Kecord Office^ Londres). Allusion aux milices turques du dey, qui, conformément aux termes de la capitulation, avaient été transportées en Asie.

172 CHPAITRE QUATRIÈME

militaire du général Clauzel et ses pourparlers avec Tunis le remplirent de colore. Il poussa son gouvernement à intervenir. Il aurait voulu qu'il profitât des circonstances pour récoller ce que nous avions semé. Nous avions abattu la puissance des deys ; les pointes de nos colonnes avaient permis d'entrevoir toutes les promesses d'un magnifique pays : quel malheur, pensa Saint-John, si l'Angleterre laissait échapper une aussi belle proie! « Comme je serais heureux, écrivit-il, si vous pouviez mettre la main sur ce pays. Je vois clairement maintenant que nous pourrions le coloniser et que nous en tirerions d'immenses bénéfices. Il ne m'appartient pas de faire des propositions au gouvernement de Sa Majesté, à moins que vous ne me disiez que ce projet lui sourit. Mais je vous déclare qu'il n'y aurait pas sur toute la terre un pays plus favorable pour recueillir notre surcroît de population. Ici, en effet, la principale difficulté est de faire comprendre aux indigènes les avantages qu'ils tireront d'un établissement européen. Or les Français en sont et en resteront toujours incapables, tandis que notre caractère qui est bien connu jusqu'aux extrémités de la régence nous concilie toutes les populations. Le pays sera aussi tranquille que possible, dès que les habitants auront vu que nous ne sommes pas venus pour les vexer ou les insulter, ni pour laisser d'autres (les Juifs) le faire ; que nous ne parlons pas de prendre leurs mosquées pour y installer des théâtres, ou d'imposer leur industrie. Nous n'aurions qu'à y amener quelques troupes de rinde, ce qui serait une mesure très politique, car elles sont musulmanes*, w On voit que l'honorable consul s'était vite consolé du départ « du meilleur prince qui eût jamais régné à Alger », et que son esprit pratique, reprenant le dessus, lui laissait entrevoir les plus engageantes perspectives.

Le cabinet anglais ferma l'oreille aux sollicitations de son fougueux représentant. Il s'en tint à des réclamations platoniques qu'il fit entendre périodiquement pour

1 . M. Saint-John à M. Hay, 20 décembre 1830 {Record Office, Londres).

interrompre la prescription, bien établir que la question n'était pas tranchée, mais seulement réservée, et pour ménager à l'Angleterre, si les circonstances le permettaient un jour, l'occasion de reprendre la discussion au point où on Tavait laissée en 1830. Le langage des ministres français était soigneusement surveillé, et chacun de leurs discours à la chambre des députés avait presque immédiatement sa contre-partie dans le parlement anglais. C'est ainsi qu'au début de 1832, M. Gasimir-Périer, alors président du conseil, ayant déclaré que notre occupation militaire serait maintenue à Alger^, lord London- (ierry releva le propos à la chambre des lords, et en prit texte pour attaquer vigoureusement le cabinet whig : « La France a enfin levé le masque, dit-il, en déclarant sa ferme résolution de retenir en sa possession la colonie d'Alger, au mépris de toutes les promesses faites en son nom. Il me reste à demander au noble comte Grey ce que nous avons gagné en faisant toutes ces concessions à la France ; mais comment s'étonner que l'Angleterre soit si fort déchue, quand on sait que nos ministres se sont laissé subjuguer et entièrement diriger par les conseils du représentant actuel de ce pays en Angleterre, M. de Talleyrand, de cet homme dont je ne contesterai pas les grands talents, mais qui, on ne saurait le dissimuler, est un des plus rusés politiques qui ait jamais existé 2?» Lord Grey, embarrassé, s'abstint de répondre : Taffaire belge était alors dans sa phase la plus aiguë et le moment était particulièrement défavorable pour soulever de nouvelles difficultés. Il ne répondit pas davantage, trois mois plus tard, lorsque le duc de Wellington et lord Aberdeen reprirent l'attaque avec plus de vivacité encore ^, mais l'année suivante, à la suite d'un discours du maréchal Soult dans lequel le président du conseil avait revendiqué pour la France l'entière liberté de sa politique en Afrique *, lord

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