‹ France et AngleterreChapitre 4 sur 100 · Guizot, Mémoires, t. II, p · texte numérisé non relu

Guizot, Mémoires, t. II, p

3. Le prince de Talleyrand à Madame Adélaïde, 12 novembre 1834.

Pourquoi donc toute politique anglo-française a-t-elle été impossible? Pourquoi, en dépit des chances les plus favorables, malgré les efforts des hommes d'Etat les plus éminents, les tentatives de rapprochement ont-elles piteusement échoué ? Pourquoi ces longs siècles de guerre, ces rivalités et ces défiances ? Pourquoi entre deux peuples intelligents et éclairés cette infranchissable barrière ? Lord Ghatham va nous donner le mot de Ténigrae.

Cet homme illustre, le plus implacable de nos adversaires, avait quitté le pouvoir en 47^61 , le jour où le conseil lui avait refusé les moyens qu'il jugeait nécessaires pour réduire la France à merci. L'année suivante, lors de la discussion des préliminaires de la paix, il s'éleva de toutes ses forces contre les concessions consenties par ses successeurs. Parce que lord Bute et lord Grenville acceptaient de nous rendre quelques bribes de notre immense empire colonial, deux ou trois îles dans les Antilles, Gorée en Afrique, et les loges de l'Inde, il les accabla des plus pressantes adjurations : « Que les ministres de Sa Majesté n'oublient jamais, s'écria-t-il, ce grand principe, le principe directeur de toute notre politique : la seule chose que l'Angleterre ait à craindre ici-bas, c'est de voir la France devenir une puissance maritime, commerciale et coloniale ^ ! »

Ce langage n'est-il qu'une boutade de mécontent ? Ce serait faire injure à lord Chatham de le mettre au rang des politiciens qui, tombés du pouvoir, font flèche de tout bois, et ramassent n'importe où des sophismes et des arguments de circonstance pour combattre leurs heureux adversaires. Dans son cri de guerre contre la France, nul n'était plus sincère que ce grand citoyen. Nous devons garder sa

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