Chambre des députés, séance du 8 mars 1833. Le maréchal
174 CHAPITRE QLATRIÈME
Grey se plaignit directement à M. de Talleyrand : « Vous allez me causer, lui dit-il, de 1res graves embarras. J*aurais désiré vivement que le gouvernement du roi évitât de prendre des engagements aussi positifs, après surtout que les promesses faites à l'Angleterre par le dernier gouvernement français ont été si hostilement révélées Tannée dernière par lord Aberdeen ^. »
M. de Talleyrand en écrivit à son gouvernement en recommandant la plus grande prudence. Le duc de Broglie releva sur-le-champ l'insinuation du ministre anglais. « Il est un point, dit-il, que je désire voir bien éclairci : c'est le fait des engagements pris envers l'Angleterre au sujet d'Alger. J'ai fait dépouiller avec soin toute la correspondance. Elle dépose à chaque page, non seulement de l'absence de toute engagement, mais de la résistance obstinée à tout engagement de cette nature, résistance qui s'est perpétuée jusqu'au moment même de la prise d'Alger, et qui avait presque amené une rupture entre la France et l'Angleterre. J'ai fait venir M. de Bois-le-Comte qui était directeur des affaires politiques sous M. de Polignac : je l'ai interrogé à fond sur ce point, il affirme que jamais aucun engagement quelconque n'a été pris. Enfin je l'ai chargé de faire un gros mémoire sur toute l'affaire d'Alger 2... Je tiens donc essentiellement, d'une part àbien constater que je n'ai point parlé légèrement sur ce sujet ; d'une autre part à bien m'entendre avec le gouvernement anglais sur la valeur et la nature de ces engagements prétendus, dont nous ne trouvons ici, ni dans les documents ni dans la mémoire des personnes attachées au département^ aucune trace quelconque 3. »
Soult, président du conseil, avait déclaré qu*il n'y avait à Tégard d'Alger aucun engagement pris avec les puissances ; que nous pouvions faire à Alger ce que nous voudrions ; que les mesures prises par le gouvernement et les crédits militaires qu'il demandait rendaient peu vraisemblable qu'on pût songer à une évacuation du pays. 4. Le prince de Talleyrand au duc de Broglie, 14 mars 1833.
2. C'est ce mémoire, resté inédit, auquel nous avons fait divers emprunts au cours do cette étude.