Le duc de Broglie au prince de Talleyrand, 18 mars
LA QUERELLE d'aLGER — APRÈS LA CONQUÊTE 175
M. de Talleyrand communiqua cette réponse à lord Grey qui n'insista pas, mais au mois de mai suivant, raffaire prit une nouvelle tournure à la suite d'une violente sortie de lord Aberdeen à la chambre haute. L ancien chef du Foreign Office reprocha amèrement à lord Grey ce qu'il appelait sa condescendance coupable. Il le somma de donner communication à la chambre de la correspondance de lord Palmerston avec lord Gran ville, ambassadeur à Paris, et notamment d'une certaine dépêche où l'envoyé britannique rendait compte d'une conversation qu'il aurait eue au sujet d'Alger avec le roi Louis-Philippe. Lord Grey acquiesça à cette mise en demeure^ sauf en ce qui concernait cette dernière pièce. Lord Aberdeen revint alors à lacharge : «Il existe des documents, déclara-t-il, qui prouvent clairement que des engagements positifs relativement à Alger, ont été ratifiés, non seulement par le roi des Français, mais encore par ses ministres. » Et comme lord Grey protestait, il fut vivement pris à partie par lord Londonderry : « Grâce à vous, lui déclara le noble lord, l'Angleterre est maintenant la risée du monde entier * ! »
La presse profita de l'occasion pour rentrer en campagne, et les journaux de l'opposition soutinrent avec éclat l'attaque des leaders du parti tory. Dans un curieux article qui fut reproduit de divers côtés, la Quarterly Review reprocha avec la dernière amertume au roi Louis-Philippe son manque de foi et sa trahison. « Nous n'avons reconnu, y lisait-on, cette majesté de nouvelle fabrique qu'à une expresse condition : celle de l'évacuation d'Alger. Faisons-lui savoir que si elle ne tient pas son engagement nous sommes libérés du nôtre. Ce que Louis-Philippe ne veut pas ou ne peut pas faire, Henri V le fera ^. »