Chambre des lords, séances des 6 mai et 21 juin
2. Voici les passages saillants de cet article qui fît beaucoup de brait en Angleterre comme en France, où il provoqua les commentaires indignés de nos journaux. Il n'est pas signé, mais est évidemment l'œuvre de l'un des chefs de l'opposition tory : a Lorsque nous examinerons la conduite du roi Louis-Philippe (si jamais nous avons le temps et la patience d'examiner quelque chose ), cette conduite
Ces attaques virulentes de la presse et du parlement contre le roi Louis-Philippe donnent une juste idée des passions soulevées par cette affaire ; mais il est bien difficile de leur attribuer autre chose qu*une valeur documentaire. Du moins, rien jusqu'ici n'est venu justifier Taccusation de mauvaise foi portée par lord Aberdeen contre le roi. D'après lui, l'abandon de toute prétention sur l'Algérie aurait été le prix consenti par Louis-Philippe de sa reconnaissance par l'Angleterre. Or, il existe dans les archives du Foreing Office une très longue lettre de lord Aberdeen lui-môme à lord Sluart, où il lui expose en grand détail toutes les raisons pour lesquelles le gouvernement britannique s'est décidé à cette reconnaissance, et il n*y est pas un instant question d'Alger. Lord Aberdeen paraît insinuer que le fait se trouve relaté dans une dépêche de lord Gran-
n'apparaîtra pas comme propre à accroître le crédit des rois révolutionnaires. Le cabinet du duc de Wellington le trouva, àlasuited'une grande convulsion intérieure, installé sur un trône branlant. De notre reconnaissance immédiate dépendaient sa sécurité personnelle, ses desseins ultérieurs, et ce qui était plus urgent encore, la ^tranquillité du pays. Ce cabinet, trop généreux peut-être, ne lui fit qu'une question : < Adhérerez-vous aux traités et aux engagements de vos prédéces- « seurs, notamment en ce qui concerne Alger? » Sa Majesté de nouvelle fabrique répondit en substance : « Oui, oui, mais fiez-vous à ma parole, « et n'attendez pas les formalités de la diplomatie. Le cas est urgent: « la sûreté de la France réclame instamment votre reconnaissance. « Reconnaissez-moi, et ayez confiance dans la bonne foi de la France « régénérée et de son roi élu, pour parfaire nos engagements dans les « formes diplomatiques, dès que nous aurons le loisir de faire quelque « chose. B Sur ces objurgations et ces promesses, la reconnaissance fut accordée, et maintenant, les engagements écrits du gouvernement précédent, et les assurances verbales du nouveau sont également dédaignés, et le ministère whig accepte cette double indignité. Pour nous, nous ne pouvons que lui donner un conseil (bien que nous doutions qu'il ait le courage de le suivre), conseil qui permettrait à des hommes de cœur et d'intelligence de régler cette question par le retour du courrier. La reconnaissance de Louis-Philippe ne fui consentie qu'à l'expresse condition qu'il tiendrait ses promesses quant à Alger. Faisons-lui savoir que s'il ne tient pas ses engagements, nous sommes libérés des nôtres. Ce qu'il ne peut pas ou ne veut pas faire, Henri V le fera, b
ville; mais lord Granville n'est arrivé à Paris qu'au commencement de 1831, sept ou huit mois après l'avènement de Louis-Philippe et sa reconnaissance par l'Angleterre ^. Si pareil langage avait été tenu par le roi, en juillet-août 1830, comment lord Stuart Taurait-il passé sous silence ? Comment se serait-il plaint à chaque occasion du mutisme du nouveau gouvernement et de l'impossibilité de connaître ses vues sur Alger? Comment aussi M. deTalleyrand n'en aurait-il pas été avisé, sinon par la voie officielle, du moins confidentiellement ? Or, nulle part, ni dans les dépêches du ministre, ni dans les lettres du roi, non plus que dans celles de Madame Adélaïde, on n'en trouve aucune mention. Enfin, et ceci n'est pas le moindre argument, si la dépêche de lord Granville existe, avec son caractère particulièrement décisif, pourquoi lord Grey a-t-il refusé de la publier ? Etait-ce pour ménager notre susceptibilité, et ne pas entraver « l'entente cordiale », au moment où il avait besoin de notre modération en Belgique et en Orient ? Mais pareil motif n'existait plus en 1837-1838, lorsque la discussion fut reprise et de nouveaux documents publiés. Il n'existait pas davantage en 1 844-1 84S, à l'époque du règlement de la question marocaine, lorsque les dissentiments les plus graves éclatèrent entre les deux gouvernements. Si à aucune époque les ministres anglais ne voulurent joindre cette fameuse dépêche aux documents qu'ils soumirent au parlement sur l'affaire d'Alger; si, ce qui est tout à fait significatif, les leaders du parti tory, lord Aberdeen entête, qui prétendaient en 1833 exiger sa publication, ne crurent pas devoir le faire lorsqu'ils revinrent au pouvoir en 1842 et en 1844, et que l'occasion s'offrit à eux de la joindre au dossier, c'est apparemment que cette dépêche, à supposer qu'elle existe, n'est guère probante, et que Louis-Philippe tint à lord Granville exactement le même langage que Charles X avait tenu à lord Stuart.
i. C'est pour ce motif que nous n'avons pu rechercher cette dépêche de lord Granville, ce qui aurait tranché la question, car les correspondances du Foreign Office ne sont communiquées que jusqu'au 3i décembre 1830.
Au fond Je gouvernement anglais se sentait impuissant et désarmé. Il ne pouvait soulever la question algérienne sans se brouiller avec la France. Or, il redoutait une rupture diplomatique que Tétai des affaires en Belgique et en Orient aurait rendue des plus dangereuses, et il aimait encore mieux nous voir à Alger qu'à Anvers ou à Alexandrie. Ce qui tend à le prouver c'est que dès que la paix fut rétablie aux deux extrémités de TEurope, et que tout danger de complication et d'intervention de notre part fut momentanément écarté, il saisit la première occasion de revenir à la charge ^. Tandis que, quatre années durant, il avait contenu les ardeurs de l'opposition tory, on le vit soudain prendre la tête du mouvement. Déjà en 1834, M. Stanley, ministre des colonies, avait, en réponse à une interpellation de sir Robert Peel, tenu un langage fort équivoque. En 1836, nos préparatifs contre Constantine et une démonstration deTamiral Hugon, qui avait barré le passage à une flotte ottomane venue pour débarquer des troupes en Tunisie, nous avaient valu un premier avertissement de lord Palmerston : « Les gouvernements, avait-il dit au général Sébastiani, alors ambassadeur de France, se doivent entre eux des concessions fondées sur les nécessités do leur situation intérieure, quand ils veulent maintenir une alliance aussi intime que la nôtre. C'est ce que nous avons fait, et ce que nous avons dû faire pour votre possession d'Alger. Nous avons laissé de côté l'argumentation de 1830, mais vous nous placeriez dans une situation très embarrassante, si un acte quelconque venait révéler le projet de ne plus donner à votre conquête les limites de l'ancienne régence d'Alger. » Le cabinet des Tuileries fit
4. La prise d'Anvers par les troupes françaises est de décembre 1832; la signature de la paix entre la France et la Hollande, du 21 mai 1833 ; le traité de Kutayeh entre la Porte et l'Egypte du 14 mai 1833, et le traité d'Unkiar Skelessi entre le tsar et le sultan du 8 juin suivant ; enfin la quadruple alliance pour le règlement des affaires de la péninsule Ibérique est du 22 avril 1834. Ce n'est qu'après la liquidation de toutes ces difficultés que le cabinet anglais commença à changer de ton relativement à Alger.
LA QUERELLE d'aLGER — APUÈS L.i CONQUÊTE 179
la sourde oreille, et Constanline tomba en noire pouvoir. i Pienez garde, dit alors iM. de Met terni ch à M. de Sainte- Aulaire, ambassadeur à Vienne, je puis vous affirmer, comme en ayant la plus complète certitude, que la consei'vation de celte place amènera entre l'Angleterre et !a France une rupture absolue*. » Et enedet, deux mois plus lard, le Foreign Office envoya à lord Granville une noie officielle, conçue dans les termes les plus (^(ranges, avec ardre d'en lait^ser copie au comte Mole (9 février 1838). Lord r*almerston, en dt^pit du langage qu'il avait tenu quelques mois auparavant, reprenait la question au point où on Tavait laiss(^e en 1830. « La souveraineté d'Al* ger, disait il, doit ^tre encore aujourd'hui considérée comme appartenant à la Porte, qui n'a jamais cédé a aucune autre puissance ses droits sur cette régence, l^a France ne peut donc ôtre regardée, ni de fait ni de droit, comme exerçant autre chose qu'une simple occupation militaire dans une pai'tie de la régence d'Alger; mais lors mC'me qu'elle aurait légitimement acquis par une cession régulière, et suivant la loi des nations, la souveraineté de ce pays, dans ce cas mi'- me, elle ne pourrait a ce litre prétendre à plus qu'au territoire qui appartenait à la régence il l'époque où elle lui aurait été formellement cédée. » A cette noie hautaine, M. Mole fit une réponse catégorique. U rappela ce que valait jadis la ]isendo-souveraineté des Turcs sur Alger, et le peu de cas qu'ils en faisaient, ajoutant que le jour où la France avait invité la Turquie à prendre un parti, elle n'avait jamais pu en tirer une réponse tant soit peu claire ; que d'autre piirt, persoime en Europe n'avait jamais songé h. réclamer le bénéfice de l'invitation formulée jadis par M. de Polignac, à TeiTet de délibérer sur le sort réservé à Alger ; que Tidée dune pareille conférence avait parlic^^L^^emcnt déplu à l'Angleterre, et qu'après sept ans d'occupation efFectivc, ta question de nos droits sur Alger était jugée: il n'y avait pas jusqu'au silence gardé depuis si longtemps par lecabi-