‹ France et AngleterreChapitre 52 sur 100 · LA QUESTION DU MGEU PREMIERS ÉTABLISSEMENTS · texte numérisé non relu

LA QUESTION DU MGEU PREMIERS ÉTABLISSEMENTS

politique, qui, ayant besoin en Europe du bon vouloir Je l'Angleterre, hésita toujours à l'inquiéter par des velléités d'expansion coloniale. Déjà les affaires d'Algérie et de Tahiti avaient soumis à une rude épreuve l'entente cordiale chère au gouvernement de Juillet : fallait-il encore chercher d'autres sujets de discordes, et risquer de dangereuses expériences pour un bénéfice problématique? Aussi mille recommandations de prudence assiégaientelles nos officiers à leur départ pour la côte d'Afriquo. On leur refusait intentionnellement tous les moyens d'aller de l'avant; et si dans ces conditions déplorables, les Baudin, les Bouet-Willaumez, les Fleuriot de Langle, las Faidherbe et tant d'autres ont su nous réserver Tavenir^ ils n'en ont que plus de mérite aux yeux de l'histoire.

Cependant, malgré Textrôme prudence de nos mouvements, le seul fait de notre apparition en Afrique éveilla les susceptibilités anglaises. On a vu déjà au prix de quelles difficultés nous avions fini par obtenir la restitution du Senégal. A peine réinstallés,il fallut nous défendre contre nos voisins de la Gambie. Môme rivalité entre la Guinée française et la colonie de Sierra-Leone, entre la Côte d'Ivoire et la Côte d'Or, entre le Dahomey et les Anglais de Lagos- Durant plus d'un demi-siècle, toute une série d'escarmouches précéda les grandes discussions auxquelles donna lieu de nos jours l'essor définitif de notre politique nigérienne.

Dès 1820, des difficultés s'élevèrent entre le Sénégal et la Gambie, au sujet d'unpetit comptoir du nom d*Albreda^ enclavé dans le territoire anglais, qui nous avait été restitué en 1815, en môme temps que Saint-Louis et GoréCp

manière à former une barrière infranchissable entre la mer et les hauts plateaux. Les comptoirs maritimes apparaissaient alors comme de simples « échelles jo, des points de relâche malsains et marécageux, sans communication possible avec Tintérieur, alimentés par le courant 'les échanges locaux, mais nullement susceptibles d'un sérieux développement politique ou commercial. Cette théorie ne fut définitivement ruinée que par le capitaine Binger, qui, au cours de son fameux voyage dans la boucle du Niger (1887-1889), en démontra Tinanité.

Pendant dix ans, ce fut entre nos marchands et leurs concurrents anglais une petite guerre ininterrompue dont les échos se firent parfois entendre à Paris et à Londres. Les querelles s'assoupirent après 4830, mais un incident fortuit les réveilla en 48S7. Très sagement alors, les deux parties convinrent de transiger. Albreda fut cédée aux Anglais, qui en échange nous abandonnèrent les droits qu'ils avaient conservés sur Portendik, petit port situé à 300 kilomètres au nord de Saint-Louis.

Cependant la colonie anglaise de la Gambie, resserrée de tous côtés par le développement du Sénégal, n'était plus qu'une enclave sans grand avenir. En 1876, le cabinet anglais, fort heureusement inspiré, nous proposa de réchanger contre nos postes du Gabon, dont Timportance croissante leur causait de l'ombrage, d'autant que des rumeurs, qui Tannée suivante allaient prendre corps, laissaient soupçonner le voisinage immédiat de la grande artère navigable de l'Afrique équatoriale. L'accord était près de se faire, mais, devant l'opposition véhémente des marchands de Bathurst, le parlement britannique refusa de ratifier Tarrangement. Très vifs furent quelques années plus tard les regrets des Anglais, lorsque les découvertes de Stanley eurent fait connaître le Congo à l'Europe, et que l'énergie de M. de Brazza nous eût donné accès sur le grand fleuve. Ils comprirent qu'ils avaient perdu une occasion inespérée de nous écarter d'une des plus belles régions africaines : « La réalisation du plan de 1876 nous eût donné tout le Congo français », écrivit à ce sujet M. Johnston, le célèbre consul dont le nom fait autorité en Angleterre ^, et lord Salisbury, dans les instructions qu'il donna en 1892 à lord Dufl*erin, ambassadeur de la reine à Paris, rappela amèrement cette erreur 2.

1. Johnston, Colonization in Africa. L'auteur est ce même consul Johnston dont la conduite à Mozambique en 1890 faillit amener une rupture entre l'Angleterre et le Portugal, et provoqua Tenvahissement par la Ghartered company des possessions portugaises.

2. «... C'était là, y lit-on, un arrangement compréhensible et intelligent, mais tel fut le sentiment d'opposition manifesté par le parle-

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D'autres tentatives furent faites pour échanger la Gambie contre nos postes de la Cote d'Ivoire; cette fois-ci le refus vint de notre côté : on en parla également comme d'une compensation équitable pour l'abandon de nos pAcheries ilo Terre-Neuve, mais ces pourparlers n'alir^^ent pas Lien loin. Entre temps, la convention du 10 août. l8iS9 trancha la question de frontières qui était toujours restée pendante entre ta Gambie d'une part, le Sénégal et la Casamance de l'autre, en attribuant a l'Angleterre une zone de tO kilomètres de largeur sur chaque rive du ileiive.

Dix ans plus tard, furent également réglées les difficultés qui s*é talent élevée^i entre notre Guinée et la colonie anglaise de Sierra-Leone. L'arrivée sur cette cùte du capitaine Baudin, en 1845, avait passé à peu près inaperçue, mats notre nouvel établissement ne tarda pas ^ attirer l'attention de nos voisins, dès qu*il apparut comme le débouché naturel du riche et populeux massif du Fouta- Djallon. De plus une rade spacieuse et sûre s'ouvrait à Konakry, qui selon toute probabilité était réservée à un brillant avenir. C'est là en elfet que fut plus tard installée la capitale de la colonie; on en fit un entrepôt important, et la tète de ligne d'un chemin de fer de pénétration vers le Fouta et le Niger, Venus trop tard pour prendre pied sur le continent, les Anglais pensèrent réparer leur faute en s'emparant de plusieurs îles que nous avions malheureusement négligées, et qui commandaient la future capitale : l'île de Malakong qui ferme la baie au sud, et l'archipel de Los, qui a moins de dix milles au large eu couvre les abords. La première finit par nous être cédée en 1889, après de longues nc^gociations, mais nous n'avons pu obtenir les autres, ce qui en temps de guerre pourrait ^tre gros de conséquences. Quant lI la frontière entre les deux colonies, il fallut quinze ans et trois conventions successives pour aboutir h une entente définitive,

ment contre toute cession du territoire auglais ; tel fut le mécontentement téintu|^iié par divers corps commerciaux, q;uc le gouvernement d'alors ne put donner suite à ce projet. t>

Non moins difficiles furent les premières relations de notre Côte d'Ivoire avec la Côte d'Or anglaise. Pendant longtemps nous n'avions occupé dans le pays que les trois postes fondés par le commandant Bouet-Willaumez à Assinie, Grand-Bassam et Dabou. Dans le désarroi général provoqué par la guerre de 1870, ces posles furent évacués, et tout aussitôt, le gouverneur de Cape Coast-Castle voulut s'en emparer. Fortbeureusement, un de nos compatriotes, M. Verdier, était resté à son comptoir. Il hissa son pavillon, et à force de patience et d'énergie, il sut le maintenir pendant toute la durée de la crise. Rien d'irréparable ne s'était passé lorsque Tannée suivante nos établissements furent réoccupés officiellement. Depuis lors s'est ouverte pour notre colonie une belle ère de prospérité qui a soulevé lajalousie de sa voisine. En 1892, le congrès des chambres de commerce britanniques adressa à lord Salisbury de vives récriminations sur l'inertie du gouvernement de la Côte d'Or, qui avait permis à ses concurrents d'acquérir une prédominance marquée. En même temps, la question de frontières entre les deux colonies parut devoir entrer dans une phase aiguë. Le capitaine Binger, et le capitaine anglais Lang, qui, aux termes d'une convention du 26 juin 1891, devaient tracer sur le terrain les limites arrêtées théoriquement à Paris et à Londres, n'avaient pu s'entendre, et les négociations s'étaient rompues. Il fallut encore un an de pourparlers pour fixer les termes d'un accord définitif, qui devint le traité du 12 juillet 1893.

Vient enfin le Dahomey, que pendant trente ans nous dûmes défendre contre les empiétements des Anglais de Lagos. Nos droits dans ce pays remontaient au seizième siècle, époque où nous y entretenions des comptoirs concurrement avec les Portugais et les Hollandais. En 1671, fut fondé le fort français de Whydah, qui devint bientôt un centre important de population, et resta pendant cent cinquante ans un des points les plus fréquentés par les navires négriers de toute nation. De 1851 datent nos premières relations officielles avec le roi d'Abomey, à qui

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