Interpellation du 7 juin
2. Au moment des incidents Mizon, une disctissioa était encore pendante entre l'Allemagne et l'Angleterre au sujet d'un commerçfint alletoand qui avait été dèpouiUé et ruiné par les agents de la Hoyai Niger compagny-
3. Dès iM2, lord Salisbury avait été saisi d*une protestation de la '-hambre de commerce de Ltverponl contre les procéilés exorbitants àe la Royal Niger eompany, et le monopole de fait qu'elle s était arrogé dans TAlnque occidentale. Celte démarche étant restée infructueuse^ la méuie cLanibre adressa l'année suivante à son successeur, lord Roseberry, une pétition longuement motivée qui sollicitait la réTûcation de la charte de la compagnie. En 189*, elle revint une tfuïsième fois à la charge soutenue par d'importants organes lîbéraui: tels que The Manchester Guardian et The Truth. M, Ubouchère publia même contre la compagnie un vérital>le réquisitoire où il sou* tint les réclamations du gouvernement français.
pour éviter tout éclat et laisser aux esprits le temps de se calmer. Il affecta de ne voir dans Taffaire du Sergent- Malamine qu'un incident de frontière regrettable, destiné à faire en temps et lieu Tobjet d'un règlement amiable ^ Quant à la question politique il s'occupa immédiatement de la mettre au point. Là encore, les Anglais étaient en assez délicate posture.
Trois années s'étaient écoulées depuis le traité de 1890, et malgré tous leurs efforts ils n'avaient pu obtenir des sultans qui régnaient dans les pays contestés, un titre capable d'être produit officiellement. Le Sokoto, le Bornou, le Mouri, l'Adamaoua leur restaient toujours fermés, tandis que nos missions avaient été reçues partout. Monteil, Mizon, Maistre, Crampel, Dybowski nous avaient dans le Bornou et la vallée de la Benoué assuré une situa-
i. Le règlement de raiTaire du Sergent-Màlamine àonndi lieu à d'interminables discussions qui viennent seulement de se terminer. Les deux pays se seraient volontiers entendus pour soumettre la question à un arbitrage, mais les Anglais exigeaient qu'on joignît à cette affaire celle de Waïma, de façon à atténuer l'effet que produirait la condamnation certaine de la compagnie. Nous parlons plus loin de cette affaire de Waïma, lamentable méprise de deux troupes, Tune française, l'autre anglaise, qui, se rencontrant à l'improviste en pays inconnu, s'attaquèrent mutuellement sans se reconnaître. Plusieurs hommes furent tués de part et d'autre, dont trois officiers. Il fut plus tard prouvé que le fait s'était passé sur territoire anglais, ce qui établissait notre responsabilité. Malgré tout, il était souverainement injuste de lier les deux incidents. A Waïma, il s'agissait d'une erreur, d'une imprudence, qui ne pouvait engendrer pour son auteur qu'une responsabilité civile : personne n'a jamais accusé le malheureux lieutenant Maritz, qui commandait le détachement français, d'avoir sciemment attaqué les Anglais. A Yola, au contraire, les agents de la Royal Niger company avaient volontairement, et au mépris du droit des gens, calevô de vive force et confisqué un bâtiment battant pavillon français, maltraité et séquestré nos nationaux. Les deux affaires étaient donc entièrement distinctes en droit comme en fait. En dépit de toute logique, nous cédâmes cependant devant l'insistance de l'Angleterre, et le double arbitrage fut soumis au baron Lambermont, ministre d'État do Belgique, qui rendit sa sentence le 15 juillet 1902. Pour l'affaire de Waïma, la France fut condamnée à payer aux victimes une indemnité de 225 000 francs. En revanche elle obtint une indemnité de 165 000 francs pour la capture du Sergent-Malamine.
LA QL'ESTION DU NIGtin — ^ LE PARTAGE Oi; BASSIN 267
tion pr<?[*on(iérante, et la fumeuse théorie anglaise., qui groupait autour du Sokoto toute uuc confédération d'Etats vassaux, était réduite à aa juste valeur. Il était donc fort difficile au cabinet de Saint-James de s'en référer uniquement au traité de ltSi)0; il lui fallait une diversion, et il la provoqua immédiatement.
En août 1893, ati moment où Tincident Mizon atteignait son maximum d'actnté, on apprit tout à coup qu'un traité venait dV'^tre signé entre T Allemagne et TAnglelerre, qui disposait de toute une moitié de TAfrique, comme si la France n'existait pas. Entre les deux pays contractants, la frontière était fixée a la Benoué, puis gagnait le Tchad, Au nord ou était en Angleterre ; le sud appartenait à r Allemagne, à qui en outre était reconnue la faculté de s'étendre à Test et au sud-est jusqu'au bassin du Nil. On ne comptait pour rien tous les travaux des Brazza, des Mizon, des Monteil, des Maistre et tant d'autres (14 août 1893).
La diversion était fort habile ; elle compromettait gravement le développement de notre influence dans toute l'Afrique équatoriale, et donnait aux Anglais le temps de se ressaisir pendant que nous aurions alTaire aux Allemands, 11 devenait en fillet indispensable à notre sécurité de limiter au plus vite Texpansion démesurée des Allemands, qui, débordant du Cameroun, menaçaient de nous chasser définitivement du Tchad et du Congo, Aussi lûchilmesnous prise h Londres pour courir à Berhn. Là, on ne fut pas long à s'entendre, et le 4 févriiM* 1894, les commissaires des deux gouvernements se trouvèrent d'accord. Certes, ce traité nous coûtait cher. Nous sauvions notre Congo, nous nous réservions le chemin du Tchad et du Nil, mais nous aiïandonnions toute TAdamaoua du Sud jusqu'au Chari où nous avions acquis les droits les plus sérieux. Malgré tout, cette convention était acceptable* Après avoir failli tout perdre, nous pouvions nous réjouir de garder ressenti el.
Ceci fait, nous revînmes k Londres: une surprise nous y attendait. Dès que nous voulûmes remettre la conversation
sur le Sokoto et les pays circonvoisins, on nous présenta un traité en bonne et due forme passé le 24 juin 1894 entre M. Wallace, agent général de la compagnie du Niger et le sultan de Sokoto. Profitant de nos embarras avec TAUemagne, les Anglais s'étaient hâtés d'obtenir de leur voisin un titre qui à nos arguments précis leur permettait d'opposer autre chose que des affirmations sans portée ^.
C'était un succès pour la politique anglaise. Ce succès, joint à notre expulsion violente de la Benoué et à l'accord anglo-allemand, créait une situation nouvelle en ce qui regardait le Sokoto et l'Adamaoua ; mais rien n'était changé au Bomou et sur les rives occidentales du Tchad. Là, aucun fait nouveau n'était venu apporter un commencement d'argument à l'appui des prétentions anglaises : notre avance restait acquise, nos droits intacts, et nos concurrents, hors d'état de les affaiblir, devaient chaque jour s'attendre à voir des résidents français s'installer à Kouka et sur le Chari.
Une circonstance fortuite leur vint en aide dont ils profitèrent avec beaucoup de dextérité et fort peu de scrupules.
De tous temps, le centre africain a été la proie des conquérants musulmans. Dans le foyer surchauffé et fanatique du haut Nil et des grands lacs, un homme apparaît soudain dont la réputation de sainteté soulève facilement
1. Au traité était annexée une lettre du grand vizir du Sokoto à la reine d'Angleterre, dans laquelle il était dit que le sultan, libre de tout engagement, et n'ayant fait jusqu'ici de traité avec personne, était heureux de contracter alliance avec la Royal Niger company. On conçoit que dans cette lettre le vizir n*ait pas cru devoir faire allusion au traité Monteil, mais comment pouvait-il passer sous silence le premier traité de 1890 que les Anglais avaient toujours invoqué? N'ya-tii pas, dans cette omission, un argument de plus en faveur de sa nonexistence ? Au reste on a contesté Tauthenticité même de cette lettre qui aurait été inventée, dit-on, pour les besoins de la cause, aussi bien que le traité de d894. Sans aller jusque-là, il est permis de dire que ce traité n'eut aucune influence sur les relations de la Royal Niger Company et du Sokoto, puisque, jusqu'en 1902, les Anglais ne firent rien pour en profiter.
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les passions ardentes de quelque Irihu nomade et guerrière. Pour peu que le sort lui soit favorable, s'il arrive à créer autour de son nom quelque légende merveilleuse, surtout si, par un beau pillage ou un sanglant succès, il sait acquérir à bon complète prestige et la gloire d'un grand chef militaire, sa fortune est faite ; le voilà sacré Tuahdi. Il n'a plus qu*à parler pour entraîner sur ses pas des hordes innombrables, qui, au travers des plaines el des forêts, au delà des fleuves et des montagnes, vont promener la guerre sainte el Tétendard du prophète. Puis, lorsqu'il a entassé les ruines sur les ruines, dépeuplé des régions entières, brûlé les villes et les moissons, massacré ou réd uit en esclavage les populations laborieuses et paisibles qu'il a rencontrées sur son passage, dans ce flésert immense, il sarn'te et édifie son empire. Cet empire dure en général ce que durent les météores : pendant quelques années, il brille d'un sinistre éclat, puis il s'écroule subitement, et tout disparaît dans la grande nuit africaine.
Pendant des siècles^ ces aventuriers de génie ont été la plaie de l'Afrique- De nos jours, tant k l'est qu*à Touest, ib ont été plus nombreux que jamais, car au contact des chrétienîï, le fanatisme des musulmans est toujours prOt à s'exaspérer. Mais aussi leur domination est de ptus en plus éphémère. Serrée de près par les progrès de la pénétration européenne, leur puissance, tout artificielle, est incapable de résister à ses attaques, et aupn^^s tlu noir opprimé, le prestige du blanc l'emporte vite sur la terreur inspirée par le conquérant barbare.
Or, vers 1891, un de ces hommes de proie, venu de lest, approchait du Tchad et du Chari. On l'appelait Rabah. Son origine était asi^ez obscure : il avait commenc<\ disaiton, (>arétre l'esclave d'un certain traitant soudanais nommé Zoubeir, qui, il y a une trentaine d'années, s'était taillé un domaine dans le llahr-eiruizal. Par son intelligence et son hubileîé, il avait acquis toute la conliance de son muifre. Lorsque les Egyptiens, en 1874, entreprirent la conquête (lu Soudan, ils commencèrent par négocier avec Zoubeir,
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qui, attiré au Caire, y fut retenu prisonnier. Son fils Soléinoian voulut le venger, mais il fut battu et tué. Rabah recueillit alors la succession de son ancien maître. Avec quelques fidèles, il s'enfonça dans le sud-ouest, et commença la course victorieuse qui devait l'amener par delà le Tchad jusqu'aux confins du Niger.
En 1884, il arriva sur le Chari dans le Dar-Runga, dont le sultan Senoussi était alors vassal de TOuadaï. Trop faible pour résister, Senoussi fit cause commune avec l'envahisseur, qui dans ce pays riche et populeux trouva des ressources inépuisables. Alors commença sa fortune. En 1891, il se révéla pour la première fois aux Européens en faisant assassiner l'infortuné Crampel, qui, arrivant du Congo, s'était aventuré dans son voisinage. L'année suivante, il se remit en route vers le nord. Battu par les gens duOuadaï, il se rejeta au sud et s'attaqua au Baguirmi, dont il s'empara sans coup férir ; puis il s'avança vers le Bornou (1893). Un choc sanglant se produisit aux environs de Kouka. Les Bornouans furent complètement détruits; leur sultan fut pris et tué; leur ville, grande et belle cité, qui l'année précédente avait fait Tadmiration du commandant Monteil,fut rasée, et la population anéantie. Sultan et mahdi, Rabah s'installa dans le pays et fonda une nouvelle capitale.
Alors apparurent les Anglais ( 1 894 ) . Loin de les inquiéter, les conquêtes du redoutable aventurier servaient à souhait leur politique. 11 ne leur déplaisait pas que le Baguirmi et le bassin du Chari nous fussent fermés, ce qui nous faisait perdre l'avance considérable que nous avions dans ces régions. Quant au Bornou, ils ne souhaitaient rien de mieux que de le voir retomber dans la barbarie, et échapper ainsi à toute appropriation européenne. Ils étaient hors d'état d'y paraître : Rabah, en s'y maintenant et en écartant tous les concurrents, leur faisait gagner du temps, ce qui pour eux était un avantage inestimable. C'était la répétition exacte de ce qui, quelques années auparavant, s'était passé dans l'Equatoria. Emin-pacha y défendait la civilisation contre le mahdi, et les Allemands fiers de leur
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L'onipatriole, se disposaient l'i le rejoindre et k le soutenir, rAii^letcrrc les devança. Elle chargea Stanley d'enlever Emiû, au besoin par la force. L'Equatoria, privée de son défeuseur, tomba au pouvoir des mabdistes, et les Allemands durent abandonner leurs projets. Lorssque le lemps fut venu, les Anglais revinrent tranquilleraenl et firent deTEquatoriaune province britannique. Au Bornou, leur lactique fut la mi^me et le riisullat identique : les Frdnçais furent joués comme l'avaient été les Allemands sur le haut Nil.
Du jour, en etfet, où le triomphe deRabah fut définitif, les Anglais cherchèrent à lier partie avec lui, de fat^on à garantir son nouveau domaine contre tonte iniluence française, jusqu'au moment où leurs progrès leuts mais continus Teussent mis à leur merci* Une ambassade lui fut expédiéeen 1894. Comme 1 entreprise était assez délicate, on avait songé à se présenter sous le patronage du vieux Zoubeir, Tancien maître de Habah, qui vivait toujours au Caire. Lord Gromer^ le résident anglais en Egypte, avait obtenu de lui une lettre d'introduction qui accréditait les Anglais auprès de son ancien esclave, et sir George Taubman Goldie organisa une mission pour porter cet étrange message à son destinataire. Le « Napoléon africain », comme l'appelait volontiers la presse britannique, reçut renvoyé anglais à Dikona, sa nouvelle capitale. Son accueil fut amical^ mais il ne donna aucune réponse.
Quelques années se passèrent, pendant lesquelles lïabah s'occupa d'accroître et de consolider son fragile empire. Ses bandes disciplinées et bien armées se répandirent de nouveau dans le Baguirmi : dans le nord» le royaume de Zinder fut dévasté ; tout le bassin du Tchad soustrait aux Européens, et la zone française envahie. Le moment pour nous était venu d'agir.
Si. en ellet, les Anglais avaient tout intérêt à ménager Habah, qui d'ailleurs était hors de leur portée, il n'en était pas de môme poumons. Les progrès de notre expansion nous rendaient ses voisins immédiats, et il était impossible de laisser à la merci de ce grand marchand d'hommes les
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populations qui étaient venues à nous. Il fallait asseoir définitivement notre domination dans le bassin du Tchad.
Alors, vers 1897-1898, se dessina contre Rabah un grand mouvement convergent. La mission Foureau-Lamy, venant d'Algérie, devait aborder le Tchad par le nord. La mission Voulet-Chanoine, continuée plus tard par le capitaine Joalland, à la suite de TafFreux drame qui est encore présent dans toutes les mémoires, devait arriver par Test le long de la ligne Say-Barroua. Enfin M. Gentil, venant du Congo par la vallée du Chari, était chargé d'opérer dans le Baguirmi et sur les rives sud et est du lac. Les trois missions, une fois réunies, joindraient leurs efforts pour pacifier le pays et en expulser les envahisseurs.
Ce plan gigantesque, destiné à nous rendre les maîtres incontestés du bassin du Tchad, émut singulièrement les Anglais. Incapables de s'y opposer par la force, ou même d'y coopérer, à moins d'un effort militaire considérable, puisque le Bornou et le Sokoto leur étaient fermés, ils cherchèrent une diversion diplomatique. La presse sollicita vivement lord Salisbury de renouer ses relations avec Rabah, et s'efforça de le présenter comme un protégé britannique, régnant sur le Bornou au nom de l'empire ^ On sait comment nos missions firent bonne justice de ces prétentions hasardées. Après avoir opéré leur jonction en mars et avril 1900, et dispersé les bandes esclavagistes qui désolaient notre territoire, elles contounièrent le lac Tchad par le nord, et gagnèrent le Kanem, le Baguirmi et le bas Chari. Le 28 avril, une action décisive s'engagea contre toutes les forces de Rabah concentrées à Kousseri. Après un rude combat, l'ennemi rompu et dispersé s'enfuit de toutes parts, abandonnant sur le terrain un nombre considérable de morts. Rabah lui-môme fut tué. De notre c(H<5, le commandant Lamy et le capitaine de Coinlet payèrent de leur vie ce beau triomphe.
Cependant tout n'était pas terminé. Fadel-Allah, fils et successeur de Rabah, ne voulut pas s'avouer vaincu, et