‹ France et AngleterreChapitre 57 sur 100 · Chambre des communes, d6 juin · texte numérisé non relu

Chambre des communes, d6 juin

LA QUESTION! DU ?«IGEa LE PARTAGE DU BAS»ïN 275

el TAJamaoua étaient réellement rattachés à Tenipire britannique.

Le récit qu'on vient de lire nous a entraînés fort loin du Nîg(*r et de la convonlion de 1890, Ce n'a pas été cependant une digression oiseuse, car la question de TAdamaoua et du Bornou, qui a divisé la France et T Angleterre pendant douze ans était la conséquence immédiate de ce traité* C'était précinément pour protester contre les conséquences exorbitantes que la compagnie du Niger avait prétendu en tirer, tjue Mon te il était allé dans le Bornou et Mizon dans I*Adamaoua. Comment échoua cette double tentative, c'est ce que nous venons de raconter.

Pendant que nos officiers et nos explorateurs se répandaient en eflorts héroïques mais infructueux pour limiter sur la rive gauche du Niger l'expansion démesurée de la Royal Company^ une action analogue et des plus vives ^tait engagée sur la rive droite.

On se rappelle que le traité de 1890, en fixant à Say sur le Niger la limite des zones d iniluence, n avait rien stpécilié en ce qui concernait la rive droite. Là, le champ restait libre, et tout aussitôt une lutte de vitesse sengiigea plus ardente que jamais. La France fit des prodiges pour prolonger au loin Thintertand de ses possessions côtières, gagner ainsi le grand fieuve au-dessous de Say, et obtenir en aval de Boussa un accès sur le Niger maritime. Les prouesses de nos officiers faillirent nous donner gain de cause ; main là encore le dernier mot appartint à la ténacité el à la hautaine intransigeance de nos voisins.

Nous avons rappelé en leur temps les difficultés journalières que les Anglais avaient soulevées, lors de notre installation sur les côtes de Guinée, de la Cùte dlvoire et du Dahomey. Cette rivalité s'accentua lorsque, après avoir pris pied sur le rivage, nous voulûmes commencer notre marche eu avant. Toutefois^ nos

premiers progrès passèrent inaperçus, et nos officiers partant du Sénégal, de la Guinée et de la Côte d'Ivoire avaient déjà sillonné tout Tarrière-pays, avant que les Anglais, absorbés sur le rivage par les soins de leur négoce, se fussent aperçus de notre avance. Le réveil fut rude, et, devant le fait accompli, d'amères récriminations se firent entendre dans la Gambie et à Sierra-Leone. Six années durant, de 1889 àl89S, les Anglais cherchèrent par tous les moyens à conjurer les effets de leur négligence. Deux traités signés le 10 août 1889 et le 26 juin 1892 ne purent être exécutés, car aussitôt qu'on entreprenait de reconnaître sur le terrain les frontières déterminées par les protocoles, les commissaires britanniques soulevaient de telles difficultés d'application et montraient tant d'exigences que Tentente devenait impossible. Pendant ce temps, la situation était intolérable dans Tarrièrepays. Français et Anglais, ne sachant jamais sur quel territoire ils opéraient, se heurtaient continuellement, et ces rencontres étaient peu faites pour entretenir la bonne harmonie entre les voisins. L'une de ces rencontres aboutit même à un choc sanglant. Une colonne française commandée par le lieutenant Maritz attaqua, le 23 décembre 1893, près de Waïma, une troupe anglaise qu'elle avait prise pour les Sofas de Samory. Lorsqu'on s'aperçut de l'erreur, une douzaine d'hommes étaient tombés de chaque côté. Le lieutenant Maritz et le capitaine anglais Lendy étaient au nombre des morts. Trois mois plus tard, une affaire identique, quoique moins grave dans ses conséquences, éclatait à Samoh, dans la môme région. Sans doute ces douloureux incidents n'influèrent en rien sur les rapports officiels des deux pays. Anglais et Français, qui déjà sur le terrain avaient fait preuve de la plus haute courtoisie, s'unirent pour déplorer des méprises difficilement évitables en pays inconnu, le long d'une frontière incertaine, mais ces méprises elles-mêmes étaient la preuve évidente qu'il devenait urgent de mettre fin à un provisoire aussi dangereux. Les diplomates se remirent une troisième fois à l'œuvre, et le 21 janvier 1895, ils abou-

tA QUESTION DU ^'IGER LE PARTACiE DC lîASSÏN 27T

tirent enfin à une solution équitable. La lij^nc frontière fut ti^finitiveraenl d(5Lorininëc,entrt; laGuinôefraïKjaise et la colonie britannique depuis la mer jusqu'à sa rencontre avec le territoire libérien. Des deux eûtes on avait consenti des saerilices sensibles, mais en somme, la France l'emportait, et Sierra-Leone n'était plus dans nos possessions qu'une enclave h limites déiinies,

A cette nouvelle, l'émoi fut grand dans le parti colonial anglais : du moment que Sierra-Leoue, cédant à Tévidence, renonçait a la lutte, la Guinée française acquéraitjusifu au Niger un champ d'expansion illimité. Elle pouvait en outre, par derrière la frontière anglaise et la frontinre libérienne, se relier à l'hîntcrland de la Côte d'Ivoire, ce qui nous assurait la majeure partie de la boucle du Niger. Pour enrayer le mal, ou du moins pour le retarder, il n'y avait que deux moyens ; prolonger autant que possible vers le nord le rayon d'action de la Côte d'Or anglaise, de façon a contrarier l'expansion de la Cote d'Ivoire» et soulever contre nous l'hostilité des indigènes. Les deux moyens furent employés simultanément avec une égale éuergieet non moins d'astuce. Nous verrons tout à Fheure comment les prétentions de la CôLe d*Or furent défmitivL*ment réglées parle traité de 1898, mais pour linsiant, il est bon de chercher à débrouiller réclicveau compliqué des intrigues anglaises avec nos adversaires nègres et miisulnians, notamment avec Samory.

Cette politique» fort habite assurément, mais peu en harmonie avec les grands principes do confraternité europi^enne duns la lutte de la civilisation contre la barbarie bruyamment affichée en Afrique, commença très peu de lemps après les débuts de notre campngnede pénétration. Dès 1881), le gouverneur de la Guinée française, M. Ballay^ de qui dépendait le protectorat du Fouta-Djallon, s'aperçut que des émissaires venus de Sierra-]. eone parcouraient tout le pays, cherchant à y créer un parti hostile aux Fran- (^ais. L'almamyde Timho, Jechef polilique et religieux du Fou ta, était sur le point de nous échapper, lorsque M, Dallay envoya dans le pays plusieurs missions (Beeck-

mann, Chasles, Alby) pour y restaurer notre influence. L'opération eut lieu avec un plein succès, et Talerte n'eut pas de suites.

Bien plus grave au contraire, et beaucoup plus longue fut la question de Samory. Ce chef puissant et redouté qui pendant seize années nous tint constamment en échec, avait établi le centre de ses opérations au milieu de la boucle du Niger, sur Textrôme frontière de la colonie de Sierra-Leone et de la Libéria. Il avait ainsi toute facilité pour se ravitailler en armes et en munitions, et dès qu'il se sentait serré de trop près, il s'enfonçait sur le territoire anglais oii nos colonnes hésitaient toujours à le poursuivre. C'est ainsi notamment qu'en 1885, un de ses lieutenants, lechef Liganfoli, chassé du haut Niger par nos troupes, trouva asile dans la colonie anglaise. Sir Samuel Rowe, le gouverneur de Sierra-Leone, le reçut à Freetown et salua son entrée dé vingt et un coups de canon. Quelques années après (1891), son successeur, M. Qualhe-Jones, désireux de continuer de bons rapports avec le puissant almamy , lui envoya un trône somptueux ^, manifestation assez déplacée et peu amicale (unfriendly), comme les Anglais en ont si souvent mis à notre charge, mais à tout prendre inoffensive. 11 n'en était pas de m^me des perpétuels envois d'armes et des munitions qui des ports anglais étaient adressés à Samory, et venaient périodiquement réparer les pertes que nous lui infligions. En 1891, cette contrebande de guerre, tolérée, sinon encouragée par nos voisins, prit de telles proportions, qu'un incident survint entre les deux pays. Une caravane avait quitté Sierra-Leone le 27 mai avec deux cents fusils et les munitions correspondantes. En môme temps, les agents de Samory avaient versé entre les mains des commerçants anglais 20 000 francs en or et en ivoire, à titre de provision pour une commande de mille autres fusils à tir rapide, qui furent livrés au début de l'année suivante. L'afl'aire fut ébruitée

1. Le TempSj décembre 189S. Voir également dans les « Parliamentary State Papers » de mai 1892 un rapport du major Festing, chargé de mission auprès de Samory.

^pr

LA QUESTION DU :41GEH — LE PARTAGE DU lîASSlX 279

sar le rapport du colonel Humbert, et de vives réclamations furent lormuldes à la cluinibre des députés. Sur les observalion^du cabinet fraui^ais, le Foreigu Oflice convint des faits j tout en rejetant une part de responsabilité sur les maisons allemandes. Il proposa à la France de combiner une action parallèle pour mettre fin à ce trulic, et des instructions furent envoyées en ce sens aux fonctionnaires fraoçais et britanniques, mais il ne semble pas que ces instructions aient été suivies d'un effet quelconque.

Plus efficaces furent les rudes campagnes menées en fSîli et 1892, par les colonels Archinard, Ilumbert, Bonnieret Combes, pour déloger Samory des posilions qu il occupait et le rejeter dans Tintérieur, loin de ses centres d'approvisionnement. Un incident signilicatif marqua les opérations au printemps de 1893. En février, le capitaine Briquelot, de la colonne Combes, avait occupé Erimankono que la convention du iO août 1889 avait placée dans là zone française, et en avait chassé un parti de Sofas commandé par le chef Bilali,uudcs liculenants de Samory. Us Sofas s'enfuirent pt>le-môle avec des miliciens indigèoes de Sierra- Leone qui occupaient la ville, et se réfugif*rcnt sur le tei'ritoire anglais. Sur quoi, le gouverneur britannique protesia, et donna Tordre au capitaine Lt^ndy d'aller reprendre possession de ce poste avec une forte troupe commandée par quatre officiers. L'expéd il ion quitta Freetown le 26 mars. Prévenu immédiatement, le gouvernement frant^ais présenta a Londres des observatious qui furent heureusement accueillies par M. Gladstone, et un ordre télégraphique vint refréner le zèle dubouillaat gouverneur. L'alîaire en resta là, et le cabinet anglais crut pouvoir Texpliquer par 1 état d'incertitude qui régnait encore sur le tracé dolinilif de la frontière. L'explication était bien insuffisante, car enfin, si Eriaiankono était français, les troupes sierra-leonaises n'avaient aucun droit d'y tenir garnison; si au contraire il était anglais, comment les autorités de la colonie pouvaient-etles y recevoir les bandes de Samory et en faire pour nos sauvages ennemis un centre de ravitaillement et de ralliement?

Telle était la situation, lorsque le traité du 21 janvier 1895, en fermant définitivement à Sierra-Leone tout accès sur le Niger, vint donner un nouvel aliment aux inquiétudes des coloniaux anglais. A leurs yeux, Timportance de Samory s'accrut d'autant, et devint un facteur de plus en plus intéressant de leur politique. Le gouverneur de la Côte d'Or, M. Maxwell, prit la direction du mouvement, car maintenant que Sierra-Lebne était hors de combat^ tout l'intérêt de la partie se reportait sur Thinterland de la Côte d'Or et de la Côte d'Ivoire. Il était vigoureusement soutenu par le sentiment public de l'importante colonie anglaise de Cape Coast Castle, qui de tout temps avait témoigné une vive ardeur pour la politique de pénétration. Dès 1891, ses représentants à Liverpooî avaient adressé à lord Salisbury des plaintes sur l'inertie des agents britanniques *. L'année suivante, deux d'entre eux, MM. Arthur et Fairley, profitant d'un congrès des chambres de commerce du Royaume-Uni, avaient ouvertement recommandé à l'attention du gouvernement l'idée d'une entente avec Samory, dans le but d'arrêter les progrès de la France. Le terrain était donc fort bien préparé, et M. Maxwell n'attendit plus qu'une occasion favorable pour agir.

L'occasion se présenta d'elle-même. Samory, fort habile politique sous ses dehors barbares, et n'ignorant rien de la rivalité des deux grandes nations blanches qui se disputaient la côte d'Afrique, essaya d'en profiter. 11 avait d'ailleurs besoin pour se ravitailler de la complaisance, ou du moins de la tolérance des Anglais. Aussi, lorsqu'il dut reculer vers le sud sous la pression de nos troupes qui débouchaient de la Guinée et du Soudan septentrional, voulut-il se ménager les bonnes grâces de ses nouveaux voisins de la Côte d'Or. Vers la fin de Tannée 1895, il envoya à M. Maxwell un messager, porteur de présents et d'une lettre où il informait le gouverneur « qu'il visitait actuellement les territoires situés dans la boucle du Niger,

1. Discours de M. Etienne (chambre des députés, séance du H avril

LA UUESTION DU XmER U-: P A HT AGE DC BASSIN 281

en qualité de^seriuirur du g ouvpnmnent anglais )>. Il rassurait de ses sentiments J 'amitié, et à ['apjRii de son titre, illui annonçait qu'il avait «^pargnej la région de Gaman, situt5e sur son chemin, parce que ce pays di^pendait de \'à Sîone anglaise ^ >[, Maxwell ne laissa pas tomber l'ouvert ure. 11 expédia dans l'hiiitcrland de la Gùto d'Or une petite troupe sous les ordres du capitaine Davidson Houston, qui se mit en rapport avec l'almaray.Celui-ci, qui opérait a ce moment dans la Cùte d'Ivoire, ne put voir 1 officier anglais, mais il lui envoya un de ses lidèles, le chef Boukari, avec des présents et des assurances d'amitié* A son retour, le capitaine Houston, rendant compte de sa mission, déclara que les Anglais n*avaieut rien à craindre des bandes de Samory ; qu'il avait protesté contre certaines incursions faites sur le territoire de la Cùte d'Or, et qu'il avait r'oçu la promesse que le fait ne se produirait plus. L'entente parut alors si bien établie que le bruit courut à Cape Coast Cas tic d'une visite de Samory au gouverneur anglais. Du moins un oflîcier anglais, sir P, Scott, se fit Técho de cette rumeur, qui fut recueillie et commentée pur lu presse, La Uailg Chronirle se montra bruyamment favorable au projet. La Pail Mail Gazelle rappf^la que l'attitude de Samory avait toujours été bienveillaule, et qu'en deux occasions il avait offert d'accepter le protectorat britannique. Le Thnpy lui-môme avoua que [Angleterre n'avait jamais trouvi^ cbez notre adversaire que les dispositions les plus amicales.

D'autres incidents non moins signilicatifs vinrent dans le courant de 18ÎJ7 conlirmer l'orientation de la politique anglaise. Telle fut tout d'abord l'aventure arrivée h la colonne Henderson, Cet officier, qui commandait une mission envoyée dans l'intérieur, entra en contact au mois de mars avec les troupes de Samory commandées par son rds Sarankané-Mory, Des discussions survinrent, puis une querellequi dégénéra en bataille. Lapelite troupe anglaise attaquée par huit mille Sofas résista vaillamment pendant

1 Huikiin de V A p^ique française, ima 1896.

quatre jours, mais fut en fin de compte rompue et dispersée : les survivants arrivèrent le 12 avril à Ouagadougou, où ils furent recueillis par le capitaine Seal, résident de France dans le Mossi. Quant à Henderson, tombé au pouvoir des assaillants, il fut envoyé au camp de Samory, à Jimini (29 avril). Là, la scène changea brusquement : « Je n'ai pas voulu me battre avec toi, lui dit Samory. Personne n'est responsable de cette attaque : c'est un acte de Dieu ! » L'officier anglais fut admis à partager la tente du chef musulman. Une grande revue fut donnée en son honneur, on lui fit visiter les fabriques de cartouches et les magasins de munitions, puis on le renvoya à la côte comblé de présents. Quelques jours après il rejoignit à Coumassie sir Robert Maxwell qui, à la nouvelle de l'incicident, s'était hâté au-devant de lui.

Presque en même temps, un fait assez grave se passait non loin de là. Un lieutenant de Samory, du nom de Baba-To, battu et refoulé par le lieutenant Chanoine, s'était réfugié à Yarba qu'une convention provisoire, signée le 26 avril 1897 entre le capitaine Seal et le résident anglais Stewart, avait attribué à l'Angleterre. M. Stewart s'était déclaré responsable des actes de ce chef qu'il affirmait lui être dévoué. Cependant, quelques semaines plus tard, Baba-To reprenait Toffensive à la tète d'une bande de quinze cents hommes encadrés par des miliciens anglais. Le capitaine Hugot accourut à sa rencontre, le battit à Douce (23 juin) et le rejeta de nouveau sur le territoire britannique. En môme temps il adressa aux autorités de la Côte d'Or une protestation formelle, ajoutant que si des explications et des garanties ne lui étaient pas fournies avant le 1" juillet, il poursuivrait son adversaire sur le territoire delà colonie anglaise. Le capitaine Crampbell envoya aussitôt des excuses et déclara que Baba-To avait été arrêté et conduit à Coumassie pour y être jugé. Le capitaine Hugot arrêta sa marche ; quant au procès de Baba-To on n'en entendit plus parler.

De tous ces faits dont on pourrait multiplier indéfiniment les exemples, que faut-il conclure ? C'est, à n'en pas

LA QUESTION hV NIGER — LE PARTAGE hV »ASS1N 283

douler, queSamory apparaissait aux Anglais comme le principul alout de la partie qu'ils avaient engagée contre noirs. Celait entre leurs mains un inïstrumenl commode^ donÉ avec un peu d'habileté on pourrait tirer d^inappréciables résultats. En sonfime, Samory, pour son ravJtaillemout en munitions, était h leur discrélion. On avait ainsi ^yrlui un moyen de pression très facile : on pouvait le pousser dans telle directîon choisie h Tavance, Fécarter delà zone britannique et Tenvoyer sur territoire français, ou mieux encore dans les vastes régions^ encore conlestéea à cette (époque, qnis'éEendaient jusqu'au Niger. A cela, tes Anglais trouvaient deux avantages : Tun, de noui4 causer de graves embarras, Tautre^plus sérieux, de se servir des bandes esclavagistes comme d'un écran, de pouvoir derrière ^lles occuper le pays rapidement et sans bruit, tandis que^ nous étions tenus à Técart par un ennemi nombreux et bien armé. Si cette politique fort délicate à suivre avait échoué, il aurait toujours été temps de changer de système, caries Anglais eussent été tout portés pour concentrer des forces imposantes sur le terrain de raclion, prendre vigoureusement roireilsive,et réclamer en temps utile la récompense de leur coopération dans la croisade de la civilisation contre la barbarie. Mais ceci n'était qu'une ressource extrême ; mieux valait agir en tlouceur, profiter des circonstances et laisser les événements travailler pour soi* 11 y avait même <lans la presse un parti qui, suivant jusqu'au bout Ja politique avisée du gouverneur de la C6te d'Or, s'évertuait à présenter Samory comme un protégé anglais et osait réclamer pour TAngleterre tous les pays occupés par ce chef. Sans s'arrêter à ce qu'avait de choquant cette idée de voir un grand pays chrétien couvrir de sa protection un traitant barbare et sunguinîiire, des journaux anglais invoquèrent ce prétendu proiecloral [K>ur contester notre droit d'établir un cbemin de fer de Konakry au Niger. La Dnilf/ Chronklr alla mf'^me plus loin. Elle n'hésita pas a prêcher ouvertement une alliance elîective avec Samory : « 11 faut nous le concilier, rlisaitfile, et en faire noire ami, si nous voulons mettre obstacle

aux empiétements de la France : c'est notre dernière chance de salut. Nous devons lui payer un subside raisonnable et travailler à la fois par lui et à côte de lui ^. » Et le grave Times ne craignit pas d'annoncer l'ouverture de négociations avec Samory en vue d'établir une action commune entre lui et T Angleterre. « La base des pourparlers, y lisait-on, est l'acceptation par Samory du protectorat britannique et l'évacuation des villes revendiquées par la Grande-Bretagne 2. »

Ceci pouvait n'ôtre que des fantaisies de journalistes. Toutefois, pour qui connaît l'admirable discipline observée par la grande presse anglaise dans toutes les questions de politique extérieure et coloniale, i insinuation n'était pas à dédaigner. Aussi fut- elle vivement relevée dans le monde colonial français. On convint qu'il fallait en finir avec ce personnage encombrant, non seulement pour mettre un terme à ses déprédations, mais aussi pour prévenir des complications internationales qui apparaissaient très menaçantes à l'horizon.

La campagne de 1898 fut donc préparée avec le plus grand soin. Sous le commandement supérieur du colonel Audéoud, de nombreuses colonnes se mirent en mouvement, battant le pays sur une étendue énorme, et traquant sans relâche notre vieil ennemi. Le 9 septembre se produisit un premier choc. Samory put encore échapper, mais sa fuite ne lui procura qu'un court répit. Serré de près par le capitaine Gouraud, il fut surpris dans son camp le 29 septembre par un faible détachement dirigé par le lieutenant Jacquin. Au travers d'une foule en déroute, stupéfiée par tant d'audace, nos tirailleurs s'élancèrent vers la tente du chef ; il voulut s'enfuir, mais le sergent Bratières le rejoignit à la course et l'arrêta. Samory pris, toute résistance cessa: désormais la paix française allait régner dans la boucle du Niger. Quant aux Anglais ils avaient perdu non pas un allié quoi qu'aient

Page 1