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Commandant Toutée, Rapport officiel, 26 avril

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des chefs de T intérieur. Fort mal reçu dans cetlf* vUIe, d'après son propre témoignage, il échoua dans sh tentative et redescendit presque aussitôt à Géha ^ 11 en repartit le 27 septembre avec quarante miliciens et se dirigea vers Nikti à travers les pays Baribus. Il y arriva le a novembre, précédant de vingt jours le commandant Decœur^ sif^nauii traité sur lequel nous aurons plus tard à revenir, et après avoir circulé pendant deux mois dans les régions environnantes, rovint à son point de départ en janvier i89o. De là, il se hâta de rentrer en Angleterre, où la compagnie avait besoin de lui pour mener la campagne de presse qui allait ^'ouvrir <

La marche triomphale de MM. Decœur, Ballot et Toutée avait, en effet, causé une très vive émotion en Angleterre, <jt (lès le 23 mars, M, John Lowther avait porté la question devant la chambre des communes. Chaudement soutemi par son parti, il demanda au gouvernement « ce qu'il comptait faire en présence de cette violation extraordinaire d'un territoire, tfui depuis de longues années était sous la protection du drapeau hritannique i>. Sir Edward Grey, sous-sccré taire d'Etat aux affaires étrangères, répondit non sans hauteur que les nouvelles relatives h la marche des expéditions françaises étaient des plus sérieuses, H Mais, ajouta-t-il, par cela m6me qu'elles sont très graves, il importe de ne faire aucun commentaire à leur sujet, avant de connaître la réponse du gouvernement françaisauxréclamationsqu^onluiaadressées. n Et il conclut; « Je ne puis nier que ces événements soient de nature k causer quelque anxiété : nous n'avons jamais provoqué les Français ; nous nous sommes efforcés de notre mieux de concilier les intérêts opposés des deux pays et de maintenir les bonnes relations entre les deux gouveruements ; nous ne négligerons rien pour maintenir ces bonnes relations, rien du moins qui soit compatible avec nos droits incontestés et incontestables. Mais nos seuls efforts en ca

\, Rapport du capitaine Luggard publié dans le Mouvement géogra^ phique. Bruxelles, i89ïi.

sens ne suffisent pas : la coopération du gouvernement français et du public français est nécessaire. »

La presse commentait aigrement cette réponse, lorsque un fait nouveau vint encore compliquer la situation. A la suite des incidents de la mission Mizon, le gouvernement français avait envoyé dans les eaux du Niger une canonnière, r Ardent^ commandée par le lieutenant de vaisseaju d'Agoult, dans le but de faire une enquête sur les faits reprochés à notre explorateur par la Royal company. A l'arrivée de ce bâtiment, celle-ci affecta la plus vive indignation, soutenant que Tacte de Berlin n'avait pas entendu ouvrir le fleuve aux navires de guerre. Sur ce point, elle était en contradiction avec la presque unanimité des diplomates et des jurisconsultes, si bien que le cabinet de Londres lui-môme dut renoncer à la soutenir. Aussi nosat-elle pas, comme elle l'avait annoncé, faire usage de la force contre notre bâtiment, mais elle déploya la plus rare ingéniosité pour rendre sa situation intenable. V Ardent s'étant aux basses eaux échoué à Agbéré, dut pourvoir à son ravitaillement au moyen de ses chaloupes. Dès lors, toutes les allées et venues de ces petites embarcations chargées de vivres, devinrent aux yeux de la compagnie autant de patrouilles armées dont le but évident était de soulever le delta contre l'autorité anglaise et de l'arracher à ses légitimes possesseurs. Deux chaloupes furent même arrêtées et confisquées par les agents de la compagnie. Sur quoi , le commandant d' Agoult menaça d'user de représailles en coulant les pontons-comptoirs d'Agbéré. Le gouvernement anglais intervint et força la compagnie à relâcher nos embarcations. De son côté, le cabinet de Paris ne fit aucune difficulté pour affirmer que la canonnière, sa mission terminée, quitterait le fleuve aussitôt que le niveau des eaux le permettrait. Rien dans cet incident parfaitement banal n'était donc de nature à éveiller les susceptibilités anglaises; il n'empêche que la présence de tArdentHxx milieu du delta, coïncidant avec celle du commandant Toutée à Badjibo, apparut comme le développement d'un plan destiné à spolier la compagnie de tout le bas Niger, et la presse de

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Londres ne manqua pas d'y trouver une preuve de notre profond machiavélisme.

Le M mai, le Times, qui, dans toute cette campagne, fit montre d'une malveillance que ses attaches ofJjcieuses rendaient d'autant plus regrettable, donna dans un article sensationnel la note de Topinion anglaise : « L'aLtitudo extraordinairement agressive des expéditions françaises, y lisait-on, qui ont franchi la frontière des territoires britanniques du Niger, et qui sont en train de conclure des h'aités avec des chefs locaux ou de fortifier des postes dans Tintérieurde la sphère britannique, serait à peine croyable, n était l'agression déjà connue de la canonnière l'Ardent dans les eaux anglaises du bas Niger... Ces agressions sont si monstrueuses que, sans les bonnes relations qui existent entre les ministères des affaires étrangères de Paris et de Londres, il est très probable qu'on aurait déjà reçu ici la nouvelle de l'expulsion des expéditions françaises par les troupes de la compagnie... Que U^ gouverneur du Dahomey désire étendre l'influence de la France vers le nord, on le conçoit facilement. Mais ce que les personnes un peu au courant des faits auront peiue à comprendre, c'est qu'il ne reconnaisse pas l'impossibilité, dans les circonstances présentes, de réaliser un tel projet, et qu'il ne se rende pas compte de l'inconvenance extrûmo des procédés, par lesquels il risque de provoquer un conflit armé entre deux puissances amies. »

De son côté, le capitaine Luggard déclarait « que notre conduite confondait l'imagination et n'était rien moins qu'une insulte à la nation anglaise * ». Enfin sir G, Taubman Goldie, à l'assemblée générale de la Royal Niger Company, résumait l'histoire de l'exercice écoulé en déclarant qu'elle n'avait été qu'une longue suite (rhostilités dirigées par les Français contre la prépondérance britannique. « Notre agent, concluait-il, nous a télégraphié pour demander l'autorisation de les chasser, et le conseil de direction a reconnu qu'il disposait des forces nécessaires

t. Nineleenth Century, juin 1895.

pour le faire. Mais, depuis Toctroi de la charte, il n'a jamais oublié que la compagnie était un délégué de Sa Majesté. Aussi, croyant que la diplomatie obtiendrait le redressement de ses griefs, ne s'est-il pas senti le droit d'entreprendre une action précipitée qui aurait pu avoir de graves conséquences. »

L'entrée en scène du cabinet de lord Salisbury ne fit qu'accroître cette agitation. Bruyamment salué à son avènement par les plus chauds partisans de Fimpérialisine britannique, il fut aussitôt mis en demeure « de cesser la politique de perpétuelles concessions envers la France* ». A Paris, lord Dufferin, l'ambassadeur de la reine, se fit de plus en plus pressant, et devant son insistance souvent cassante, nos ministres ne tardèrent pas à se replier en bon ordre. Sans doute, il fallait négocier au plus vite, car la situation des choses dans l'ouest africain ne pouvait se prolonger. Entre les postes enchevêtrés des deux puissances, et les missions rivales qui croisaient leurs itinéraires en tous sens, une collision était toujours à craindre, d'autant qu'on ne pouvait demander aux jeunes officiers et sous-officiers, qui montaient la garde autour de leurs drapeaux respectifs, d'avoir toutes les vertus de diplomates de profession. Mais on aurait dû se garder de préjuger du résultat de la discussion à intervenir, et conserver soigneusement les positions acquises, jusqu'à ce que les deux cabinets, jugeant sur pièces, loin du tumulte des camps et des agitations de la presse, eussent débrouillé l'écheveau compliqué des réclamations réciproques. Au lieu de tenir cette conduite d'une prudence élémentaire, le gouvernement de M. Bourgeois, alors président du conseil en France, donna l'ordre d'évacuer le poste d'Arenberg, précieuse conquête qui, plus que toute autre, avait soulevé la mauvaise humeur de la Royal Niger company. Certes, prit-il soin de formuler en même temps les plus expresses

4. « M. Chamberlain n'est pas homme à envisager favorablement cette politique de perpétuelles concessions àla France... » (Article du capitaine Luggard dans le Times, 16 août.)

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réserves, maïs c'étail là une rhétorique bien inutile, car en Afrique, comme partout ailleurs, rien ne pr<^vaut contre le fait accompli* Les Anglais se chargeront une fois de p[iis de naus en fournir la démonstration pratîqne, A peine notre pavillon fut-il amené, qu'on le vit remplacé par le pavillon britannique : les casernements construits pournos iirailleurs furent immédiatement occupés parles miliciens de la compagnie, et, dernière dérision du sort, le poste ^Wrenherg reçut le nom de Taubman Goldie* Si le cabinet français avait cru par cetteconcession, tout au moins prématurée, se concilier les bonnes grâces des ministres auglais dans les négociations qui allaient s'ouvrir, leur attente fut singulièrement trompée. Avouons d*a il leurs que nos adversaires auraient été bien natfs de ne pas profiter de la faiblesse de notre politique extérieure.

Le 15 janvier 1896, les deux gouvernements convinrent enfin de nommer chacun des délégués pour étudier Tobjet eo litige et arriver à un accord *. Conformément à cette décision, MM- Uoume ^ et Larrouy ^ pour la France, M. Henri Howard, ministre d'Angleterre h Paris, sir Augustus Hemming, gouverneur de la Guyane, et le colonel Everett, pour la Grande-Bretagne, se réunirent le 8 février en conférence au quai d'Orsay. « Us décidèrent aussitôt de commencer leur travail par Texamen des traités sur lesquels s'appuyaient les prétentions réciproques des deux puissances ^. » Douze séances furent consacrées à ce long et minutieux dépouillement. Les Anglais soumirent

1. Article 5 de la convention diï liijanyicr 1896 relaUve a la délimitalïon des posseâsîions anglaises et françaises en Indo-Ctiine : *^ Les de^jc gouverneraentÉ? conviennent de nommer t!es commissaires délégués pEr chacun d'eu je, et qui seront clmrgés de faire d'un commun accord, après examen des titres invoqués de part et d'autre^ la délimitation la plus? équitable entre les possessions françaises et anglaises iitxïét^s à l'ouest du has Niger, a

2. directeur des alTaîres pnli tiques au ministère des colonies.

3- Ministre plénipotentialrt', sims-directeur des protectorats aux afTmres étrangères.

4. M* Hanotaux, ministre des afîairesétransjères, au baron de Cour- ^^\, ambassadeur à Londres, 12 décembre 18U0*

à leurs collègues un amas considérable de pièces dont ceux-ci contestèrent énergiquement la valeur. Les rapports unanimes de nos officiers nous avaient en effet pleinement édifiés sur la légende des fameux « traités Fergusson», et sur les étranges procédés de ce non moins étrange agent diplomatique. Le Mossi, le Gourounsi, le Gourma, le Borgou, le Boussa, avaient été par ses soins inondés de formules imprimées, où des vides, ménagés à Tavance, portaient à la main les noms du chef et du pays. Ces formules, rédigées en anglais, étaient présentées aux indigènes comme des certificats d'achat ou de livraison de marchandises. En réalité, elles constituaient des traités de protectorat très complets. Parfois, comme à Ouagoudougou, Fergusson laissait avec son papier un drapeau anglais. En 1897, le lieutenant Voulet le retrouva autour des reins de la femme du roi qui déclara n'avoir jamais eu de pagne aussi somptueux ^. Aucun de ces traités n'avait la valeur d'une convention librement consentie, et c'était vraiment une prétention abusive de vouloir établir des droits de souveraineté au moyen de pareils procédés. Les deux traités auxquels l'Angleterre tenait le plus, ceux de Boussa et de Nikki, n'étaient pas les moins douteux. Lorsque le commandant Toutée fit comprendre au roi de Boussa la signification de Timprimé que les Anglais lui avaient remis en 1890, il entra en fureur: « Les blancs de Lokodja ne peuvent ni me commander ni me défendre, dit-il. Ils sont marchands de sel, et ils m'ont donné ce papier qui prouve qu'ils me doivent un tribut annuel de cinquante sacs de cauris : c'est pourquoi je laisse passer librement leur sel ^. » La situation n'était pas meilleure à Nikki. Le capitaine Luggard avait

1. Lorsque le capitaine Baud arriva à Oua dans le Gourounsi méridional le chef de Tendroit lui apporta lui-même Timprimé de Fergusson : «c Le blanc, dit-il, a été très content de notre hospitalité, et il nous a laissé ce papier pour en témoigner. » Cette pièce, qui ne portait même pas de signature, était authentiquée par un cachet imprimé au moyen d'un bouton d'uniforme.

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