‹ France et AngleterreChapitre 61 sur 100 · Le 29 avril · texte numérisé non relu

Le 29 avril

traire profité de cet armistice pour pousser hâtivement ses opérations. Badjibo avait été occupé par ses troupes dès novembre 1893. En février 1896, sir G. Taubman Goldie, dans son voyage à Boussa, avait installé des postes à Leaba et à Geba. Dès son retour, on commença les préparatifs d'une grande expédition militaire. Onze cents hommes furent concentrés sur le bas fleuve ; tous les bateaux et chaloupes de la compagnie furent armés en guerre, et vingt-sept officiers fournis par Tarmée métropolitaine, vinrent prendre le commandement des contingents coloniaux. Le plus grand secret fut gardé sur le but des opérations, et aux questions des cabinets de Paris et de Berlin que rimportancc de cet armement inquiétait à juste titre, le Foreign Office répondit imperturbablement que la compagnie n'entendait se diriger vers aucun des territoires litigieux. Enfin, pressé vivement par notre ambassadeur de fournir une réponse moins évasive, lord Salisbury, protestant de nouveau que la compagnie ne sortirait pas de son territoire, déclara que son intention était de pousser jusqu'à Badjibo ^.

Ces graves nouvelles finirent par nous faire sortir de la torpeur où nous étions plongés depuis un an, et, dans l'automne de 1896, on se mit en devoir d'opposer àTeffort considérable des Anglais, desefTorts analogues. Si fâcheuses que fussent pour nous les conséquences de notre longue inaction, notre situation était si forte, et le terrain si bien préparé, que nous pouvions encore réparer le temps perdu.

Deux missions furent rapidement organisées. L'une, commandée par les capitaines Baud et Vermeersch, forte de quatre-vingts fusils, se dirigea d'abord vers le Gourma, et prêta son appui à notre protégé, le sultan Bantchandé, qui avait à lutter contre des rebelles. En février 1897, elle opéra sa jonction avec les troupes des lieutenants Voulet et Chanoine qui opéraient dans le Mossi. En août, la mission se scinda en deux parties. Le capitaine Vermeersch partit

i. Discours de M. Lebon à la chambre, 7 décembre 1896; Article du Times, mars 1897.

pour les paysbaribas qui étaient en proie à la guerre civile. Des renforts expédiés du Sénégal portèrent la force de sa colonne à quatre cents dix fusils, ce qui lui permit de pacifier rapidement la contrée, d'arriver sans encombre à Xikki où il rétablit dans son autorité le roi qui avait accepté notre protection, et de laisser en maint endroit des postes de police suffisants pour maintenir Tordre.

Pendant ce temps, le capitaine Baud, après avoir installé MM. Molex et Combe comme résidents de France auGourma, était parti pour Say (septembre 1897). Depuis longtemps, cette ville était occupée par nos troupes. Sans s'y arrêter, il descendit le fleuve, laissant un poste à Karamana, et arriva le 28 octobre à Ilo, où il trouva la petite garnison récemment installée par le commandant Bretonnet. Il profita de son passage pour réduire une tribu de pillards retranchée à Madécali. Après une lutte acharnée au cours de laquelle il fut grièvement blessé, le repaire fut enlevé d'assaut. Ce succès eut un retentissement considérable : il accrut encore notre prestige dans le pays et nous valut nombre de soumissions.

Au-dessous d'Ilo, on entrait dans la sphère d'opérations du commandant Bretonnet. Cet officier, parti de Carnotville le 28 décembre 1896, s'était dirigé vers le fleuve par une route nouvelle qui traversait les petits pays encore indépendants de Parakou, de Bouay et] de Kandi. Des postes furent laissés dans ces trois villes, et le commandant hâta sa marche jusqu'à Ilo, où il arriva le 20 janvier. Là, il reçut de Boussa des nouvelles qui modifièrent ses projets. Le roi qui avait traité avec le commandant Decœur était mort, et son successeur était en butte à l'hostilité du chef Cora, un compétiteur, qui s'était installé à Ouaoua, ville importante située à 25 kilomètres de sa résidence. Les Anglais, profitant de cette situation troublée, avaient voulu intervenir : deux officiers de la Royal company s'étaient efforcés de pénétrer dans Boussa, mais ils avaient dû se retirer devant l'hostilité des habitants, A ces nouvelles, le commandant Bretonnet quitta précipitamment Ilo, en y laissant comme résident l'inspecteur Carrerot. Il passa sans

s'arrêter dans les grands centres peulhs de Gomba, Djendiné et Lafagou, villes riches et commerçantes qui lui firent le meilleur accueil, et demandèrent Tinstallation de postes militaires. A Lafagou, il trouva un second messager du roi de Boussa, qui, vivement pressé par les rebelles, demandait des secours immédiats. Aussitôt, le commandant embarqua tout son monde dans des pirogues et, le 5 février, arriva triomphalement dans la ville où la réception fut des plus chaleureuses. La situation était grave pour notre protégé, mais M. Bretonnet y mit bon ordre. Il prit la direction des opérations, et les troupes du roi, solidement encadrées par nos travailleurs, refoulèrent au loin les assaillants. Le 14 avril, leur place forte, Ouaoua, fut brillamment enlevée d'assaut par le maréchal des logis de Bernis. Cependant, la lutte ne se termina pas immédiatement. Ce n'est qu'en juillet que le chef Cora, qui avait de nouveau repris l'offensive, fut tué à Kakodja et ses partisans définitivement écrasés. De nouveau la paix régna sur toute la rive droite du Niger, et notre autorité fut acceptée de tous les chefs riverains depuis Boussa jusqu'à Say 1.

Pendant que nos officiers poursuivaient ainsi le cours de leurs exploits, les Anglais faisaient les plus énergiques efforts pour leur tenir tête. La colonne expéditionnaire qu'ils avaient organisée si mystérieusement dans les derniers mois de 1896, s'était mise en marche le 6 janvier 1897. Elle entra dans le Nupé, vaste pays qui s'étend sur les deux rives du fleuve entre Lokodja et Badjibo. La compagnie, qui prétendait avoir depuis longtemps traité avec le sultan indigène, n'avait jamais pu en réalité lui faire accepter son autorité, et l'importante ville de Kabba, située à cinq ou six jours de marche de Lokodja, était restée un des centres les plus fréquentés par les traitants.

1. Pendant ce temps les lieutenants Voulet et Chanoine poursuiyaient roccupation méthodique du Mossi et du Gourounsi. Une expédition anglaise venue de la Côte d*Or dut battre en retraite, voyant que des postes français étaient déjà installés dans la capitale Ouagadougou et dans les principaux centres du pays.

LA QUESTION lïC Xir.EB LE PAHÏAGE DUBASSÏN 305

Kabba fut occupée sans difficulté, tout Peffort de la résistance s'tHant porté autour de Rida, la résidence du sultan, sur la rive gauche. Le 23 janvier, les Anglais arrivèrent aux abords de la ville. Après un violent combat qui dura toute la journée, elle tomba en leur pouvoir ; le sultan fut destitué et aussitùt rera[>tacé par une créature de la compagnie. Toutefois la lutte se prolongea dans le pays: bien plus, des soulf*vcments éclatèrent parmi les peuplades immédiatement voisines de la colonie de Lagos où la compagnie ne s'était jamais préoccupée d'asseoir sérieusement son influence, et des dangers réels menacèrent les ylablissements anglais. Il fallut envoyer des expéditions dans le pays des Uorins, contre les Metchi, sur laBenoué, et même à Bénin, à moins de 100 kilomètres de la côte, où une mission britannique avait été massacrée. La guerre du Nupé, beaucoup plus diflîcile qu'on ne Tavaii cru, les soulèvements qui se manifestaient de tous côtés, et rînsécurité qui régnait jusque dans le delta empêchèrent les Anglais de pousser plus avant. Aussi, malgré les forces considérables qu*ils avaient mises eu mouvement, malgré la solidité de leur base d'opérations, leur importante flottille et la magnifique voie navigable dont ils avaient la libre disposition, nos voisins ne purent rien faire, non seulement pour s'opposer à la marche de nos colonnes venues du nord et de Touest, mais mi^me pour concourir avec elles à l'occupation et a l'organisation des pays contestés*

La nouvelle de cet échec causa beaucoup d'humeur à Londres. Le succès qu'on avait obtenu Tannée précédente, en nous forçant à évacuer Arenberg, était donc resté stérilCj puisqu'on nous retrouvait quelques mois plus tard fortement installés k Boussa, sur le bas Niger navigable. S'il était vrai, comme les Anglais l'avaient tant de fois proclamé, qu'en Afrique la situation de fait était tout, et que les droits territoriaux d'une puissance étaient inattaquables, lorsque son autorité et son influence politique et économique s'y faisaient sentir d*une fai^on effective, la France avait acquis sur sa rivale une avance certaine. Sur

le Niger, entre Say et Boussa, nos troupes occupaient tous les points intermédiaires. Dans tous les pays réclamés Tannée précédente par l'Angleterre, les chefs étaient nos clients et nos protégés. Auprès d'eux nous entretenions des résidents avec une force suffisante pour garantir la sécurité publique. Nulle part au contraire, sauf dans les trois postes de Badjibo, Geba et Leaba, les Anglais n'étaient parvenus à planter leur drapeau. Boussa notamment, leur principal objectif, était resté impénétrable, et un gros effort militaire n'avait pu les amener qu'à quelques marches de Lokodja, sur les frontières du Nupé. Jamais question de fait ne se trouvait réglée de façon aussi claire. La lutte sur le terrain était devenue impossible : aussi les Anglais se hâtèrent-ils de transporter le débat en Europe où ils espéraient retrouver leurs avantages.

Le 20 septembre 1897, sir E. Monson, le nouvel ambassadeur d'Angleterre à Paris, informa M. Hanotaux du désir qu'avait son gouvernement de renouer les négociations interrompues depuis plus d'un an. Celte démarche courtoise ne pouvait qu'être agréée, et de part et d'autre, on nomma aussitôt de nouveaux commissaires : MM.Lecomte et le commandant Binger pour la France, M. Martin Gossellinetle colonel Everett pour l'Angleterre. Le 24 octobre les conférences se rouvrirent au quai d'Orsay.

&ès les premiers jours, un profond dissentiment se révéla entre les deux parties.

Les Français, justement convaincus que toutes les questions relatives au bassin du Niger étaient indivisibles, cherchèrent à élargir la discussion, voulant profiler de l'occasion pour trancher d'une manière définitive les difficultés restées en suspens depuis 1890, sur la rive gauche comme sur la rive droite du fleuve.

A celle tactique, nous avions un intérêt évident, soit que nous fussions assez heureux pour obtenir la révision d'un accord consenti étourdiment sur la foi d'affirmations inexactes ; soit du moins, si pareil résultat était impossible, pour faire valoir les sacrifices consentis par nous

sur la rive gauche, et réclamer en (échange des compi^nsations sur la rive droite. Par contre, la tactique angluisc se dessina clairement. Sous aucun prétexte on ne voulut revenir sur des questions qu'on jugeait réglées depuis huit ans, et on demeura ferme dans la volonté de limitci' Ja discussion aux pays de rive droite, c'est-à-dire à Tlitiiterland du Dahomey, de la Côte d'Or et des territoires du Niger maritime.

Ce dissentiment fondamental qui devait retarder si longtemps la solution du litige, fut mis en pleine lumiên^ le 26 novembre dans le mémorandum que les commi^^saires français soumirent à leurs collègues. Il y était <lii que la France consentait en principe à tracer la ligne Say- Barroua comme le réclamaient les Anglais, étant bii'u entendu que nous conservions les rives nord et est du Uu.: Tchad, ainsi que les régions situées au delà de ces rivi^s. Nous reconnaissions ainsi comme britanniques les ten itoires compris entre cette ligne, le Tchad, la frontière anglo-allemande, la mer et le Niger. Toutefois, cette reconnaissance ne serait définitive que sous réserve de lu conclusion d'un arrangement satisfaisant au sujet d<^s territoires situés à l'ouest du Niger, et de l'adoption *1(* règlements également satisfaisants en ce qui concernait la navigation du fleuve.

La réponse du gouvernement anglais ne se fil pas attendre. Dès le 29 novembre, sir E. Monson déclara à M. Hanotaux que la conférence n'avait pas à s'occuper de la rivf! gauche du Niger, mais bien de la rive droite. Toutes lo^^ questions relatives au Sokoto, au Bornou et à l'Adamaoïia avaient été, en 1890, réglées de façon définitive, et toiil débat à ce sujet était inutile. Depuis huit ans, les droil:? de la France étaient reconnus au nord d'une ligne droilp tirée de Say à Barroua. L'Angleterre les confirmerait, si Iv gouvernement de la République le désirait ; peut-être mônn.' serait-il bon de spécifierla portée que la France attribuai là ses prétentions sur les régions situées au delà des rivi^a nord et est du Tchad, de façon à prévenir toute expansion démesurée dans la direction du Nil, mais il n'y avait

aucune corrélation à établir entre deux objets aussi dififérents que la rive droite et la rive gauche du Niger.

Le 10 décembre, dans une lettre à notre ministre, sir E. Monson confirma officiellement les conclusions de Tentretien qu'il avait eu avec lui la semaine précédente, et dans un langage où la politesse de la forme n'excluait pas l'ironie, il lui opposa une fin de non- recevoir absolue : n Le gouvernement de Sa Majesté accepte les bases proposées, dit-il. Cependant ces propositions n'avancent pas beaucoup les négociations, étant donné que les questions les plus contestées n'y sont aucunement touchées. On n'y trouve nulle indication des dispositions qui seraient de nature à satisfaire la France tant au sujet des territoires à l'ouest du Niger, qu'à celui des règlements à convenir pour la navigation du fleuve.

« Cependant, sur deux questions subsidiairement soulevées par ces propositions, le gouvernement de Sa Majesté a des observations à présenter.

«Au cours d'un entretien que j'eus avec Votre Excellence k 29 du moi s dernier, le langage tenu par Votre Excellence impliquait qu'à son point de vue, le gouvernement français accorderait une concession considérable en reconnaissant les droits de la Grande-Bretagne sur le Bornou. Ceci est un malentendu. Lord Salisbury me prie de faire observer qu'il était en personne le négociateur de l'Angleterre quand la ligneSay-Barroua fut acceptée, et que pendant cette négociation, Sa Seigneurie n^entendit jamais émettre de doutes sur le fait, que l'acceptation de cette ligne par la France mettait le Bornou dans la sphère d'influence anglaise... L'Angleterre ne peut admettre que la convention anglofrançaise laisse des doutes quelconques sur ses droits sur le Bornou. L'autre point, sur lequel il est nécessaire d'appeler l'attention, est la proposition de la reconnaissance des droits de la France sur les rives nord et est du Tchad. Si d'autres questions sont réglées, le gouvernement de Sa Majesté ne fera pas de difficultés pour cette condition. Mais, ce faisant, il ne peut oublier que la possession de ces territoires peut dans l'avenir ouvrir une route vers le

Nil, et il ne faut pas comprendre que le gouvernement de Sa Majesté puisse admettre qu'aucune puissance européenne, autre que la Grande-Bretagne, puisse avoir des droits quelconques à occuper une portion quelle qu'elle soit de la vallée du Nil. »

L affaire s'engageait assez mal. On paraissait mùme progressera rebours, puisque au bout de deux mois de pourparlers on en était arrivé à ne plus même s'euteudre sur l'objet du litige. Il semble cependant que la fermeté de nos commissaires aitfini par porter ses fruits. Sans doute, les Anglais exigèrent toujours que Ton restiU sur le terrain où ils avaient dès le début circonscrit le débat : ils refusèrent avec persévérance de remettre en discussion le traité de 1890, mais pour obtenir notre désistement, ils furent peu à peu amenés à abandonner sur la rive droite du fleuve quelque chose de leurs prétentions. Leur langage officici ne se départit jamais de la plus hautaine intransigeance, mais en dépit de la raideur de la forme, ils cédèrent sur le fond. Il semble difficile, en effet, de ne pas considérer comme une concession de leur part les propositions nouvelles formulées par les commissaires anglais dans la noie du 20 décembre. Aux termes de cette note, l'Angleterre continuait à revendiquer le Mossi et le Gourounsi, mais abandonnait les provinces de Liptako, Yagha, Torodi, Say, et Gourma, qui s'étendaient sur la rive droite du fleuve entre Say et la Côte d'Or. Par contre, dans rhinlerland de Lagos, les Anglais maintenaient intégralement leurs prétentions de Tannée précédente, qui imposaient comme frontière commune le 1" degré de longitude est de Paris,

Comparée à la note du 27 avril 1896, celle du 20 décembre 1897 constituait un progrès sensible. Il est vrai que les avantages qu'elle nous concédait ne coûtaient guère à nos concurrents.

L'essentiel pour eux était de nous écarter du bas Niger, et toute concession qui n'aboutirait pas h nous donner un accès au-dessous des rapides de Boussa les toucliait peu- Il n'en est pas moins vrai que la question s'était éclaircie- Nos délégués le constatèrent dans leur réponse, et pour

reconnaître le procédé de leurs collègues, ils entrèrent à leur tour dans la voie des concessions. S'ils persistèrent, dans le nord-ouest, à réclamer le Mossi et le Gourounsi, où le capitaine Baud et les lieutenants Voulet et Chanoine nous avaient créé une situation inattaquable, ils acceptèrent entre le Lagos et le Dahomey la frontière du 1" degré de longitude est de Paris, sous la réserve suivante : de Nikki au fleuve, les Anglais nous céderaient une bande de terrain de 60 kilomètres de largeur environ, nous donnant ainsi un accès direct sur la grande voie navigable. Le 4*" février MM. Everett et Martin Gossellin déclarèrent que cette clause était inadmissible. Leurs instructions, dirent-ils, leur interdisaient formellement de nous laisser prendre pied sur le Niger inférieur, et toute insistance de notre part était inutile. Cette séance qu'on avait cru devoir être décisive n'eut pas plus de résultats que les précédentes.

On put croire à ce moment que les négociations allaient de nouveau se trouver rompues. L'échos'en répandit au dehors et donna lieu des deux côtés de la Manche à des commentaires assez vifs. La presse anglaise prit feu, et par ses exagérations voulues, par ses extraordinaires procédés de polémique, ne négligea rien pour compliquer la tâche si délicate des commissaires. Les Anglais ne nous pardonnaient pas d'avoir eu recours au système qu'ils avaient pour leur part si souvent employé. Hâter la solution d'une question litigieuse en mettant ses adversaires en présence du fait accompli, leur paraissait, venant de nous, la plus insigne violation du droit des gens : « Si ces pratiques ne prennent pas fin rapidement, disait le Times^ nous serons obligés, pour nous défendre, de recourir à la tactique que les Français emploient contre nous. Ce serait très facile. Si nous répugnons à le faire, ce n'est pas que nous doutions de nos moyens, mais parce qu'il en pourrait résulter de sérieuses conséquences en ce qui concerne la paix. »

Malgré son amour pour la paix, le grand journal de la Cité approuvait pleinement le cabinet qui chaque jour faisait partir pour l'Afrique de nouveaux renforts. Dans les derniers mois de 1897, les effectifs de la compagnie du

LA QUESTION DU TiîGKH LE PARTAGE DU BASSIN 3H

Niger avaient été doublas et portés à quatre mille tiommeâ, grâce aux renforts tirés de Tannée de la métropole; en mC^me temps une escadre de sept vaisseaux se tenait en permanence à CapeCaast Castle, Tout ceci n*empêcliait pas lordSalisbury de protester de ses sentiments conciliants : tt Nous ne demandons qu'a agir en bons voisins, di sait- il au kinquet du lord-maire, et à montrer de la coiisid(5ration pour les autres, mais nous sommes obligés de dire, qu'après avoir souvent donné des preuves de cette considéralion dans le passé, nous sommes aujourd'hui arrivés àlalimile que nous ne pouvons dépasser dans Texercice de cette sorte particulière de qualité. Nous ne pouvons permettre que nos droits les plus élémentaires soient foulés aux pieds, » Moins diplomatique, la Pâli Mal/ Gazette, dont la francophobie se donnait libre cours, accusait nos officiers de se conduire tr en vulgaires brigands » : « lis ont brûlé et pillé plus de dix villes anglaises, disait-elle. 11 faudra bien que le gouvernement en impute la responsabilité au quai d'Orsay dans un langage sur lequel on ne pourra pas se méprendre, et sur nu tonde commandement; autrement tout peut arriver. »

Sur ce terrain déjà surchauffé, la nouvelle des difficultés sérieuses que rencontrait la conférence dans son œuvre de conciliation, tomba comme de rhuilo sur le feu. En dépit de la prudente réserve qu'observaient les délégués, des bruits fâcheux commencèrent à courir. Peut-être faut-il simplement attribuer a cet élat d'énervement les incidents étranges dont la chambre des communes allait ùtre le théâtre dans le milieu de février. En tout cas, ces incidents, provoqués par la Royal Niger company, furent soigneusement amplifiés et exploités par le cabinet anglais qui ne dédaigna pas de s'en servir coninie irnn moyen de pression sur notre gouvernement.

Le 18 février au soir, un télégramme du Niger fut affiché à Westminster annonçant qu'un j^énéral (?) frani^ais sYitait présenté devant le poste anglais de Beria et avait sommé le commandant d'amener son pavillon. Sur son relus, la troupe française avait occupé une forte position à 5 kilo-

mètres du poste et les hostilités étaient imminentes. L'émotion soulevée par cette nouvelle s'accrut encore lorsque sir Charles Dilke se levant demanda des explications au gouvernement. M. Chamberlain répondit au milieu d'un grand silence qu'il était prêt à donner lecture de deux télégrammes qu'il venait de recevoir. Le premier, émané du gouverneur de Lagos, était ainsi conçu : « Beria occupé par contingent haoussa le 6 février. Le 9, trente et un Sénégalais arrivèrent à Beria avec ordre de Toccuper et sommèrent l'officier anglais de baisser son drapeau. Demande repoussée. Force étrangère retirée campée à 3 milles de la ville. »

Le deuxième télégramme, qui venait de la Côte d'Or, annonçait « que les Français avaient établi un poste à Oua sur territoire britannique. Une troupe anglaise venue en toute hâte sur les lieux avait protesté contre cette occupation, mais l'officier français avait refusé d'évacuer la ville et de donner aucune explication. Les deux partis restaient en présence l'un de l'autre. »

M. Chamberlain ajouta qu'il n'avait reçu aucun autre détail et qu'il laissait la chambre juge de l'importance de ces documents. A peine avait-il cessé de parler qu'un cri formidable de « Vive la France ! » retentit sur les bancs irlandais. Des clameurs de réprobation s'élevèrent de toutes parts, et la chambre se sépara en donnant toutes les marques d'une vive agitation.

Le surlendemain, un nouveau télégramme vint encore accroître le trouble des esprits. Il annonçait l'invasion du Sokoto par une force française de deux cents hommes commandés par six officiers. <( Le sultan a intimé l'ordre aux envahisseurs de s'arrêter, et, disait la dépêche, M.Wallace, agent général de la compagnie, tient des troupes toutes prêtes pour le cas où il recevrait l'ordre de se porter à son secours et de forcer les Français à évacuer le territoire britannique.» Immédiatement questionné à la chambre, M. Chamberlain confirma Tauthenticité de cette nouvelle. « Il est inadmissible, conclut-il, qu'au cours des négociations pendantes, le gouvernement français ait pu auto-

LA QUESTION DU NIGER LE l'AHTAGE DT: DASSIX 313

riser cette invasion d'un territoire sur lequel les droits de l'Angleterre sont reconnus par une convenlionauldrieure. ii Ces faits brusquement révélés à la niasse du public, la façon sensationnelle dont M. Cbamberlain avait cru devoir les communiquer à la chambre, les commentaires imprudents et les réticences voulues dont il avail accompagné ses déclarations, soulevèrent une émotion considérable. La presse y vit de notre part une provocation brutale et sans exemple, presijue un commencement d'hostilités^ et le Times alla jusqu'à dire que le gouvernement français cherchait une guerre pour faire diversion aux graves difficultés intérieures que lui suscitait Taffaire Dreyfus ^ Loin de calmer cette émotion, le cabinet anglais sembla prendre à lâche de Texaspérer. A Birmingham, M. Chamberlain fit devant ses électeurs la peinture la plus sombre de la situation extérieure : « Des pays que la Grande-Bretagne croyait ôtre sa propriété, s'écria-t-il, sur un ton mélodramatique, ont été surpris et envahis ; des chefs fidi^les ont été dépossédés et tués ; d'autres ont fait a|)pcl à la protection de l'Angleterre. » A la chambre des communes, des paroles plus graves encore furent prononcées. Après avoir dépeint à sa manière la situation des choses dans Touest africain, le ministre des colonies termina ainsi ; « Cette situation, nous ne pouvons l'accepter. Aussi avons-nous pensé qu'il était nécessaire d'organiser une armée de frontières, les forces actuelles de Lagos et de la C6te d'Or étant presque entièrement utilisées pour la police de ces colonies. Déjà on commence à recruter des troupes qui seront placées sous le commandement du colonel Luggard. La création de cette armée est indispensable,

1. « La situation de la France n'est pas satisfaisante, et dons un moment de faiblesse, des ministres peuvent ^Ire tenté de faire plaisir à une clique de politiciens bruyants et n leurs atiUérents qui appartiennent à la canaille des grandes villes, ou à la fraction ruilil-iire chauvine, en continuant le jeu de tromperie à l'i^gard de rAngtetcrre, et en refusant de désavouer les agressions illégitimes d'officier:^ subalternes. » {Timesj février 1898.)

que le différend avec la France ait une solution satisfaisante ou non. » Et il conclut en déposant une demande de crédit de 4 millions pour parer aux premières éventualités. Le crédit fut voté par acclamation.

Il est bien difficile d'admettre que dans toute cette affaire le cabinet britannique ait été de bonne foi. Tout porte à croire au contraire qu'en dramatisant la situation, en affichant publiquement son indignation et ses alarmes, il n'eut d'autre but que d'exercer sur notre gouvernement et sur la conférence de Paris une pression abusive, car des explications demandées au quai d'Orsay, il était résulté dès le premier jour que les incidents exploités à Londres avec une si belle audace se réduisaient à fort peu de chose. Comment pouvait-on s'étonner que dans les régions contestées, où les missions et les patrouilles des deux parties croisaient perpétuellement leurs itinéraires, deux chefs de postes aient été amenés à se rencontrer ? Le fait s'était produit bien souvent depuis quelques années, et après un échange de protestations aussi formelles que courtoises, il avait toujours été convenu que l'on resterait dans le slatu quo jusqu'à la décision des gouvernements intéressés. Il avait fallu cette fois toute l'astuce de la Royal Niger company et de M. Chamberlain pour envenimer un différend aussi simple et le présenter sous un jour pareil. Quant à l'invasion du Sokotoparun corps français, tout se bornait au passage à Ârgoungou du capitaine Cazemajou, qui, avec deux blancs et dix-huit tirailleurs, se rendait à Zinder sur la ligne Say-Barroua. La route directe le long de la frontière franco-anglaise, traversant un pays désert et sans eau, force lui avait été de faire un crochet au sud pour trouver des vivres. C'est ce que dès le 21 février M. Hanotaux avait ^expliqué à sir E. Monson, et l'ambassadeur n'avait pas manqué de télégraphier à son gouvernement les déclarations très nettes du ministre français *. Aussi est-il difficile de trouver à

1. Sir E. Monson à lord Salisbury, télégramme du 21 février. Le même jour, M. de Courcel avait avec le premier ministre anglais un entretien qui aurait dû rendre tout malentendu impossible.

La question du NIGER — LE PARTAGE DU BASSIN 315

n m prudente et « peu amicale » conduite du cabinet brilannique d'autres motifs que le d^^sir de venir à bout de la téuacité de nos gouvemonts par les moins diplooialiqiies procédés d'intimidation»

Le fait est d autant plus vraisemblable que les commissaires anglais, qui le i" février avaient repouss(5 la contreproposition française, attendirent plus de quinze jours avant de renouer les nt^gocîations. Ce n'est que le i 8 fc'vrier, c*est-à'dire le jour m^mo où M. Chamberlain faisait k la chambre son extraordinaire manifestation, que le colonel Everett et M. Martin Gossollin commun îqui^^rent à leurs collègues les concessions extrêmes consenties pai' leur gouvei*nement, La note dont ils donn^rent lecture à cette occasion commençait par poser en principe que jamais l'Angleterre ne permettrait a la France d'acquL^rir uu accès territorial sur le Niger en aval des rapides de Boussa : « Ce n'est pas, disaient-ils, par manque d'amitié envers le gouvernement delà République, ou par désir d'entraver la grande œuvre que la France est entrain d'accomplir dans l'Afrique occidentale, mais le gouvernement de Sa Majesté a la sincère conviction qu'une telle concession, outre qu'elle serait incompatible avec la position garantie sur le Niger ■à la Grande-Bretagne par la conférence de Berlin, rendrait impossible la réalisation des projets que les deux gouvernements ont à cœur de faire prévaloir : assurer dans l'ouest africain un arrangement qui leur permette de procéder cliacun de leur cùté au développement paisible du territoire compris dans leurs splieres d'influence respectives, ïj En conséquence, les commissaires ne pouvaient admettre dans l'binterland de Lagos d'autre froDtière que celle du 1" degré de longitude est de Paris, telle qu'elle avait été proposée en 1896- Par contre, comme témoignage de leur modération et de leur bonne volonté, ils se déclaraient [>nHs h. renoncer au Mossï et h la partie nord du Gourounsi, « on cefïcndant la légitimité des droits de la Graade-Brctague avait résisléaux enquêtas les plus minutieuses ». En lin ils offraient également de céderàbail, sur un point avantageux du Niger, un terrain

OÙ la France aurait la faculté d'installer un entrepôt, à condition toutefois que dans tous les territoires de la Côte d'Ivoire et du Dahomey, les marchandises anglaises fussent traitées sur le même pied que les marchandises françaises. c( Telles étaient, concluaient les commissaires britanniques, les concessions extrêmes que leurs instructions leur permettaient de consentir. »

Devant cette résolution arrêtée, la France céda. Ce ne fut pas à vrai dire sans une vigoureuse résistance qu'elle renonça au rêve qu'elle était en droit de caresser, et que les exploits de tant de braves gens avaient un instant transformé en réalité. Pendant quatre mois encore on resta dans l'incertitude, et cette dernière période de la discussion ne fut pas la moins ardue ni la moins irritante. L'opinion devenait de plus en plus nerveuse. Pour le Times, il n'y avait pas une de nos demandes qui ne fût « le comble de l'absurde ». Moins acerbe, la Daily Chronicle ne les qualifiait que de «fanfaronnades». Quant aux ministres britanniques, leur ton se haussait jusqu'à la menace, et ils se laissaient entraîner à des écarts de langage peu faits pour calmer les appréhensions. M. Chamberlain à Biimingham, M. Richtie, ministre du commerce à Londres, lord Charles Beresford à York, lord Selbome, sous-secrétaire d'Etat des colonies àBradford, envisageaient nettement l'éventualité d'un conflit. « Sans doute nous voulons la paix, disait ce dernier, mais non pas la paix à tout prix. Nous n'avons pas fait la guerre pour Madagascar, parce qu'elle eût été trop onéreuse, étant donné le peu d'importance des intérêts britanniques engagés ; mais peut-on en dire autant de l'ouest africain? » Comme corollaire de ce langage menaçant, les troupes ne cessaient d'affluer dans les territoires de la Royal Niger company. L'effectif normal d'un millier d'hommes, déjà quadruplé en décembre, continuait à croître. Le major Luggard, nommé colonel pour la circonstance, avait établi son quartier général à Lokodja. 11 avait sous ses ordres quatre-vingt-deux officiers et près de six mille hommes de troupes dont un tiers de blancs. Quatre nouvelles canonnières avaient été expédiées de la mé-

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tropole. Enfin la presse alla jusqu'à dire que le duc de Cambridge avait publiquement annoncé la remise h la France (t'un ultimatum, lui enjoignant d'évacuer Doussa dans les trente jourSj sous la menace d'une rupture diplomatique- Cette crise dura tout le printemps : aussi fut-ce un vrai soulagement dans les deux pays, lorsqu'on apprit que les quatre délégués s'étaient enfin rais d'accord, et qu'ils avaient apposé leur signature au bas d'une convention définitive (14 juin).

Sur le fond de la question, l'Angleterre obtenait gain de cause. Nous étions définitivement écartés du bas lleuve, la frontière commune étant fixée sur le Niger à 10 milles en amont d'Ilo. De ce point, elle descendait au sud-ouest jusqu'au Dahomey, laissant h l'Angleterre une grande partie des pays baribas, le royaume de Boussa et le Nupé, mais en nous réservant Nikki, Sur la rive gauche du Niger, la fronti^re partant d'Uo décrivait une courbe de 100 milles de rayon autour de la ville de Sokoto, et remontait au nord jutiqu'à son intersection avec Tancienue ligne Say-Barroua, qui, nettement tracée, laissait à T Angleterre le Sokoto et le Fiornon. Par contre, dans rhinterland de la Côte d'Or, les Anglais renonçaient au >îo3si, au Gourma et à une partie du Gourounsi et du Mampoursi. En outre, les articles 8 et 9 étaient ainsi conçus : « /lr^ 8^ — Le gouvernement de Sa Majesté Britannique cédera à bail '* au gouvernement de la République française.,, deux terrains h choisir par le gouvernement de la République de concert avec le gouvernement de Sa Majesté Britannique, dont Tun sera situé en un endroit convenable sur la rive droite du Niger, entre Lcaba et le continent delà rivière Moussa... et Tautre sur Tune des embouchures du Niger. Chacun de ces terrains sera en bordure sur le fleuve, sur une étendue de 400 mtMres au plus, et formera ua tènement dont la superficie ne sera pas inférieure à 40 hectares ni supérieure à 50 hectares.

i. Pour une durée de trente ans, d'après le modèle du bail annexé au protocole.

3i8 CHAPITRE SEPTIÈME

« Art. 9. — A rintérieur des limites tracées sur la carte annexée au présent protocole ^, les citoyens français et protégés français, les sujets britanniques et protégés britanniques, pour leurs personnes comme pour leurs biens, les marchandises et produits naturels ou manufacturés de la France et de la Grande-Bretagne, de leurs colonies, possessions et protectorats respectifs, jouiront pendant trente ans... du même traitement pour tout ce qui concerne la navigation fluviale, le commerce, le régime douanier et fiscal et les taxes de toute nature. »

La convention du 14 juin 1898, bientôt ratifiée par les deux gouvernements, devint définitive etdepuis lorsaucun acte international n'est venu modifier Tétat de choses qu'elle avait créé dans l'Afrique occidentale.

Si au texte adopté le 14 juin 1898, on compare les extraordinaires prétentions que les Anglais avaient mises en avant en 1895, lorsqu'ils voulaient réduire le Dahomey à la situation de petite enclave côtière; les propositions à peine moins excessives du 27 avril 1896, d'après lesquelles nous n'aurions gardé de Kotonou à Say qu'un étroit couloir resserré entre deux puissantes colonies britanniques ; voire môme celles du 18 février 1898, on envient à trouver que nos longs efforts et notre résistance opiniâtre ne furent pas sans récompense. Nous n'avons garde d'y contredire. Notre Dahomey était dégagé de l'étreinte de ses voisins : il se trouvait relié à l'ensemble de nos possessions soudanaises, et nous avions fait reconnaître nos droits sur plusieurs centaines de mille de kilomètres carrés ^. Mais

1. La zone douanière ainsi délimitée comprenait la Côte d*Or, le Lagos, les territoires de la compagnie du Niger, le Sokoto, le Bomou, la vallée de la Benoué, la Côte d'Ivoire et le Dahomey depuis la mer jusqu*au Niger.

2. Il subsistait cependant une grave lacune. Entre le Niger et le Tchad, la cohésion de notre domaine n'est qu'apparente. En dépit du

de leu côté, les Anglais en étaient venus à leurs fins : ils restaient seuls maîtres sur le bas Niger, dans la Benoué, et dans tous les pays desservis par ces deux grandes artères^ y compris même le lointain Bornou. Comme en 1890, ils avaient sacrifié la quantité, sans rien céder sur la qualité. En somme le traité de 1898 était pour eux le développement et la conséquence logique du précédent, et l'effort gigantesque que nous avions fait pour atténuer les suites de notre déplorable erreur de 1890 était resté à peu près infructueux.

Faut-il maintenant attacher grande importance aux deux concessions à bail que l'Angleterre nous avait consenties sur les bords du fleuve ? « Devons-nous y voir, comme on Ta dit complaisamment en France, une garantie matérielle qui assure pour l'avenir la liberté de nos transactions sur le Niger et Tindépendance de notre situation économique ? N'est-ce pas plutôt une clause de tolérance qui rappelle trop la condition de nos loges et colonies de Tlnde? Si la navigation du Niger doit être libre comme le veut] Tacte de Berlin et comme les Anglais en ont renouvelé ^rengagement ^, pareille stipulation est complètement inutile. Si, au contraire, il doit y avoir, et c'est peut-être la solution la plus nette, un Niger français et un Niger anglais, deux emplacements de magasins commerciauxne changeront rien à notre éviction réelle ; ils la souligneront ^. »

correctif apporté en 1898 à la ligne Say-Barroua inventée en 1890, l'Angleterre avait pris soin de maintenir cette frontière en pleine région désertique, dans un pays sans eau et sans population. Il en résulte que toute communication pratique est impossible entre le Niger, d'une part, le pays de Zinder et de Barroua de l'autre, et que par conséquent, ces régions sont dans la dépendance économique de la zone britannique. Aucun doute ne subsiste à cet égard depuis les missions Voulet-Chanoine, Cajemajou, Foureau-Lamy, et celle toute récente du colonel Peroz. Une rectification de frontières consentie par la Grande-Bretagne serait de sa part un acte de bonne foi : il est permis d'espérer qu'elle s'y prêtera.

1. Voir à ce sujet la correspondance entre sir E. Monson et M. Hanotaux, annexée au traité de 1898 (Livre jaune).

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