‹ France et AngleterreChapitre 67 sur 100 · R. de Caix, Fachoda, p · texte numérisé non relu

R. de Caix, Fachoda, p

Abyssins quelque occupation qui les détournât de s'occuper trop activement de ce qui se passait du côté du Nil. Il était infiniment probable que les Italiens se lasseraient vite de monter la garde autour de la banlieue malsaine de Massaouah, et que leurs premières tentatives dans la direction des hauts plateaux les mettraient en contact avec les forces éthiopiennes : précieuse diversion, au cours de laquelle les deux adversaires useraient leurs forces sans grand résultat. On gagnerait ainsi quelques années au cours desquelles s'émietterait la puissance mahdiste^etlejouroù l'Angleterre jugerait opportun de reprendre sa marche en avant, les négus retenus à Test n'auraient pas eu le loisir, avec ou sans le concours de la France, de tenter quelque chose sur leur frontière occidentale. Quant à l'Italie, si jamais elle devenait dangereuse, on saurait toujours l'arrêter à temps.

Il en fut exactement comme l'avaient prévu les Anglais, et ce n'est pas un spectacle médiocrement instructif que de voir la constance ingénue et aveugle avec laquelle les Italiens s'appliquèrent au rôle ingrat qu'on leur avait réservé. Comme le chien du jardinier^ auquel on les a fort irrévérencieusement comparés, ils défendirent courageusement les plates-bandes confiées à leur garde, mais leur tâche achevée, ils durent se contenter des remerciements chaleureux du maître et de la qualification de <c staunch allies » dont il les honora publiquement^ : maigre compensation pour les milliers de braves qu'ils avaient perdus dans les montagnes d'Ethiopie.

Les Anglais, à vrai dire, n'eurent pas à faire grands frais d'imagination pour entraîner les Italiens à leur suite. Ils mordirent à l'hameçon dès la première invite, et se lancèrent à corps perdu dans les aventures. A peine installés k Massaouah (1885), ils s'efforcèrent de gagner vers l'intérieur et de s'établir sur les hauts plateaux, mais ilsse heurtèrent presque aussitôt aux Abyssins qui écrasèrent

i. Discours à la chambre des communes de M. Gurzon, sous-secrétaire d'iLtat au Foreign Office, 4896.

une de leurs colonnes à Dogali (1887). L'empereur Jean massa de grandes forces àSaati, devant lesquelles échouèrent tous les efforts des vingt mille hommes concentrés à Massaouah, sous les ordres du général San Marzano.

Dans cette situation critique, les Italiens furent sauvés par les mahdistes, qui en 1889 imaginèrent de pousser une pointe sur TAbyssinie. L'empereur courut à leur rencontre. Il les écrasa à Mettammah, mais fut tué d'une balle perdue à la fin de la bataille (10 mars). Les Italiens dégagés à temps purent respirer, et voulurent demander à la diplomatie des succès que le sort des armes leur avait refusés. La mort de l'empereur ayant provoqué en Abys- '

sinie une crise d'anarchie, les Italiens crurent faire un coup de maître en s'arrangeant avec le roi du Choa, ^

Ménélik, le plus sérieux des prétendants à la succession |

du négus. « Ils le reconnurent comme empereur, et par I

le traité d'Oucciali (2 mai 1889) lui firent accepter dans une phrase équivoque le plus vague des protectorats. Par ce même arrangement, Ménélik reconnaissait aux Italiens une frontière qui ne leur donnait qu'une colonie modeste en demi-cercle autour de Massaouah. Mais qu'importaient alors aux Italiens les limites données par Ménélik à leurs possessions ? N'était-il pas un vassal dont on ferait bienlôi un sujet? A leurs yeux, Ménélik, en étendant sa puissance^ étendait les domaines de l'Italie : il était leur homme ^ >» M. Crispi ne voyait aucune limite à ses ambitions africaines : en même temps qu'il entamait l'Abyssinie par h nord, il avait d'un trait de plume annexé tout le littoral de l'océan Indien, depuis la rivière Djouba jusqu'au caji Guardafui, plage aride et déserte, mais dont la possessioir lui semblait nécessaire « parce qu'elle dessinait au sud, tandis que Massaouah et Assab esquissaient au nord le vaste empire dont il songeait à faire ceindre la couronne au roi Humbert^ ».

Toutefois, avant de réaliser ce grand projet, il fallait le

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