‹ France et AngleterreChapitre 72 sur 100 · V. — Résumé et conclusion sur l'affaire de Fachoda · texte numérisé non relu

V. — Résumé et conclusion sur l'affaire de Fachoda

Dans rhistoire de la rivalité franco-anglaise sur le haut Nil, cette date du 14 août 1894 est capitale.

Jusque-là en effet, nous avions dû nous borner à écarter les obstacles que T Angleterre avait accumulés sous nos pas. Pendant plusieurs années, notre marche en avant avait été retardée par les ingénieuses combinaisons in ven-

lées à Londres, mais désormais rien n'entravait plus notre action politique et militaire. Dans Touest, le Congo était dompté et renvoyé dans ses frontières légales. Dans l'est, la solution de la crise italo-abyssine, si habilement provoquée par la Grande-Bretagne, n'était pas aussi avancée, mais il devenait chaque jour plus évident que l'Italie serait impuissante à réaliser ses invraisemblables ambitions, et que les traités anglo-italiens, qui réduisaient notre colonie de Djibouti à l'état de minuscule enclave, ne seraient jamais exécutés. L'Âbyssinie, il est vrai, pour quelques mois encore, restait paralysée par les soins de sa défense, mais rien n'eût empêché une diplomatie avisée et prévoyante de profiter de cette guerre même et des dangers que couraient nos voisins, pour resserrer les liens d'amitié et de confiance qui depuis si longtemps nous unissaient à eux, et préparer ainsi les voies à une entente efficace.

Si claire était la situation nouvelle créée par l'accord franco-congolais, que personne ne se méprit en France sur sa portée et ses conséquences. Il apparut à tout le monde que la France et l'Angleterre venaient de prendre ouvertement position l'une en face de l'autre, et que l'heure était venue des résolutions définitives. « Nous nous sommes ouvert un accès vers le haut Nil, dit alors M. Deloncle à la chambre, non certes pour nous y établir, puisque ces régions appartiennent à l'empire ottoman et dépendent de l'Egypte, mais pour nous mettre en bonne posture, prendre à revers certaines positions de nos rivaux, et fournir ainsi à notre diplomatie des éléments nouveaux pour la négociation, que nous considérons comme indispensable, en vue d'aboutir enfin à l'évacuation tant de fois promise des territoires du khédive... Nous avons pris des gages : c'est là notre véritable politique coloniale. Aujourd'hui, le rêve anglais de posséder tout le haut Nil est je crois à jamais troublé ^ » M. de Brazza, abondant dans le même sens, laissa entendre, au cours d'une interview, que le récent traité assurant à la France le chemin du Nil, il importait

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