‹ France et AngleterreChapitre 76 sur 100 · Sir E. Monson à M. Hanotauz, 10 décembre · texte numérisé non relu

Sir E. Monson à M. Hanotauz, 10 décembre

L'ambassadeur prit acte des déclarations du chef du Foreign Office, et on prétend même qu'un compte rendu de leur conversation rédigé par lui et approuvé par lord Kimberley fut envoyé à Paris. Dans cette note, qui devait désormais faire foi, avait disparu tout ce que la déclaration de sir E. Grey pouvait avoir d'impérieux et d'absolu, ainsi que le ton véritablement « peu amical » qui avait causé quelque étonnement au sein même du parlement anglais V De son côté, sir E. Grey envoya aux journaux une rectirication conçue dans le même sens -.

Sans attacher d'importance exagérée à ces subtilités de rédaction, on y trouve cependant un indice utile pour apprécier les nuances qui séparaient les manifestations publiques des hommes d'Etat anglais de leurs sentiments intimes. Il est aisé d'ailleurs de trouver des raisons plausibles à ces divergences. A la veille d'avoir à prendre des résolutions définitives, on conçoit que l'Angleterre ait pu éprouver quelques secrètes hésitations. Grâce au lent et patient travail de plusieurs années, elle avait préparé l'échiquier où elle aurait à manœuvrer; elle avait autant que possible mis les chances de son côté, mais pour récolter les fruits de sa longue temporisation, il fallait maintenant une expédition en règle* Or, l'opération était assez hasardeuse. Si, selon toute probabilité, la puissance mahdiste était en pleine décadence, on n'en avait cependant aucune certitude, et malgré toute Tingéniosité du service de renseignements qui fonctionnait au Caire, la plus grande obscurité continuait à planer sur le mystérieux empire du mahdi. Que résulterait-il d'une action militaire dirigée sur Khartoum? Quelle somme d^efforts, quels sacrifices nécessiterait-elle en hommes et en argent ? L'entreprise serait-elle payante ? Autant de questions auxquelles toute réponse formelle était impos-

4- « C'est un discours de menaces à l'égard de la France, avait protesté M. Labouchère ; vous lui criez : A bas les pattes t ( Hands ofT \] * (Chambre des communes, 28 mars 1895. )

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