Ibid.y p
3. Instructions de M. Lagarde à M. de Bonchamps {Ibid., p. 254).
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troupe venue «le Test- Quels qu'eussent été les résultats matériels et moraux obtenus sur place; ^i forte et puiss^amment soutenue qu'on suppose l'expédition^ ce n'est pas à Fachoda môme que pouvait i^tre tranchée la question du Nil : c*était eu Europe, entre les trois cabinets de Paris, de Londres et de Berlin, et par les soins d*une diplomatie prévoyante et énergique. Le seul rôle dévolu à nos mis:^ions était de fournir en temps utile aux diplomates des ari^uments de fait et de droit irrésistibles. Pour cette noble cause , le capitaine Marchand et ses compagnons, M. dé Bonchaoïps et les siens dépassèrent tout ce qu'on pouvait attendre des hommes les mieux trempés. Si leurs efforts furent vains, ce n*est pas eux qui doivent en porter la responsabilité.
Nous passerons brièvement sur l'épilogue de ce long (iranie, car Tintérél de Taffairc de Fachoda n*est pas dans les violences de la fin, mai^ dans les événements qui préparèrent Tînévi table dénouement.
Le 2 septembre 1898, l'armée anglaise campait victorieuse sur le champ de bataille d'Oradurman, au milieu de douze mille cadavres arabes qui, jusqu'à perte de vue, blanchissaient Fimmense plaine des plis de neige de leurs burnous.
A ce moment, enfin, on comprit k Paris que la crise était imminente; sans savoir exactement où se trouvait le capitaine Marchand, dont les dernières nouvelles remontaient au mois de mars précédent, on ne doutait pas qu'il fût arrivé à destination. Dès lors, le moindre mouvement du général Kitchener devait provoquer la rencontre de ses troupes et des nôtres. Aussi se décidat-on à sortir du mystérieux silence qu'on avait toujours gardé sur notre mission, réserve bien illusoire, car tout le monde, en France comme en Angleterre, n'ignorait rien de son existence et du but qu'elle poursuivait.
Le 7 septembre, M. Delcassé, ministre des affaires étrangères, profita d'une réception diplomatique pour informer l'ambassadeur de la Grande-Bretagne des éventualités qui pourraient se présenter, si le général Kitchener poursuivait sa marche vers le sud. « Selon toute probabilité, lui dit-il, les troupes anglaises rencontreront sous peu le capitaine Marchand. Celui-ci avait reçu l'ordre de se considérer comme un émissaire de la civilisation, sans aucun pouvoir pour trancher les questions de droit, dont la discussion devait être réservée aux deux gouvernements, et le ministre espérait que le cabinet anglais enverrait au général Kitchener des instructions analogues de façon à prévenir tout conflit local ^. »
Telle fut la première ouverture faite par notre gouvernement. Depuis quatre ans, notre p3litique dans le centre africain était délibérément orientée vers le Nil ^ ; depuis deux ans et demi, le capitaine Marchand avait reçu les instructions qui devaient le mener à Fachoda ^. Pour prévenir l'Angleterre, éviter le conflit et essayer de s'entendre avec elle, on avait attendu jusqu'au jour même où les soldats des deux nations allaient se heurter. A l'instant précis en effet où notre ministre entretenait en ces termes sir E. Monson, arrivaient à Londres les premières nouvelles relatives à l'occupation de Fachoda par une troupe française *. Cette nouvelle, bien que prévue de tous, mit le feu aux poudres.
1. Sir E. Monson à lord Salisbury, télégramme du 7 septembre et dépêche du 8 septembre. — M. Delcassé à M. Geoffray, ministre de France à. Londres, dépêche du 8 septembre.
2. « C'est moi qui en 1893 ai envoyé M. Liotard dans Tarrière-Oubangui, en lui désignant le Nil comme le terme de sa mission. » (M. Delcassé à M. de (^ourcel, 4 octobre 1898.)
3. Instructions du 24 février 1896 délivrées par M. Guieyesse, ministre des colonies.
4. Télégramme deM.Rennell-Rodd, secrétaire delà légation britannique au Caire, à lord Salisbury, 7 septembre : « Des renseignements recueillis par le sirdar, on peut conclure qu'il y a en ce moment à Fachoda, où le drapeau français a été arboré, une force de huit officiers européens et de quatre-vingts Sénégalais. »
Il faut rendie cette justice aux hommes d'Élat d'outre- Munche qu'ils fireat preuve dès le début d'une absolue francliisc, et n'essayèrent pas un seul instant de nouJi leurrer duu vain espoir. Au reçu du télégramme de son ambassadeur, lord Salisbury répondit le 9 septembre dans les termes suivants : a Si M, Delcassé revenait sur ce sujet, je vous prie de lui faire remarquer que, par suite des événements militaires de la semaine dernière, tous les territoires qui étaient soumis au khalife passent par droit de conquête aux gouvernements anglais et égyptien. Le gouvernement de Sa Majesté considère que ce droit ne peut èive sujet à discussion, mais nous serions disposés à agir conformément aux suggestions de Son Excellence, en ce qui regarde les difficultés territoriales existant aujourd'hui dans les régions qui ne sont pas afl'ectées par cette déclaration ^ m
Aux tardives ouvertures de notre gouvernement, l'Angleterre opposait donc la question préalable, et pendant les deux mois que dura le conilit, elle ne se départit pas un instant de sa ligne de conduite. Elle n'admit jamais qu'il pût y avoir matière à discussion : « J'ai dit H M, Delcasi^é, avec autant de solennité que possible, écrivit le 22 septembre sirE. Monson, que si M, Marchand avait vraiment occupé Facboda, je considérerais la situation comme très grave, car le gouvernement de Sa Majesté n'admettait pas quit y demeurât. Sur ce point aucune transaction n'était possible, »
Le temps ne fit qu'accroître l'irritation qui perçait soua les formes d'abord correctes des ministres britanniques. Elle atteignit son plus haut point loisque parvinrent en Europe les dépêches annon<,:ant oflicielleraent la rencontre de lord Kitcheneravec le capitaine Marchand ^. Jusque-là on ne se trouvait en présence que de prétentions théoriques du gouvernement français. Elles s appuyaient sur
1. Télégramme de lord Salisbui-y h sir E. Monsoti, 9 septembre*
2, M, RenneU-Rodd à lord Salisbury, a5 septembre 1898,
une hypothèse très vraisemblable, mais non pas certaine. D'autre part les Anglais, toujours prudents, jusque dans leurs passions, n'auraient pas voulu s'engager à fond avant d'avoir reconnu la position. Ils soupçonnaient bien que l'obstacle militaire hâtivement édifié sous leurs pas n'était pas capable de les arrêter, mais ils ignoraient ce que la France avait pu préparer au point de vue politique. Avait-elle réussi à soulever contre eux les populations ? Après avoir écrasé les derviches, allait-on se heurter aux Abyssins ? Autant de questions qu'il fallait élucider avant de brûler ses vaisseaux *. Les télégrammes de lord Kitchener annonçant qu'il n'avait rencontré nulle part de troupes abyssines, que les indigènes restaient immobiles, et qu'on n'avait à compter qu'avec Marchand et ses Sénégalais, levèrent les derniers doutes et affranchirent le cabinet anglais de ses secrètes préoccupations.
L'opinion se souleva aussitôt avec une violence inouïe, fâcheux contraste avec la courtoisie chevaleresque qui avait présidé sur les lieux à la rencontre des deux champions de la France et de l'Angleterre. Tandis que lord Kitchener, se souvenant peut-être au moment opportun qu'il avait jadis servi avec honneur le drapeau qu'il voyait flotter sur les retranchements de Fachoda, entretenait avec le capitaine Marchand des rapports nuancés de réserve, assurément, mais pleins d'une franche cordialité militaire 2, la presse de Londres, par sa furie d'invectives,
1 . Les instructions du général Kitchener laissent percer combien était sérieuse la préoccupation que causaient aux Anglais le voisinage et les dispositions incertaines de Ménélik. S'il rencontrait au delà de Khartoum des avant-postes abyssins, il avait ordre de s'arrêter, de faire son rapport, et d'attendre de nouvelles instructions ( Lord Salisbury à lord Cromer, 2 août 1898 ).
2. On sait que le général Kitchener avait, en 1870, fait comme volontaire la campagne de la Loire sous les ordres du général Chanzy. — Voici en quels termes il s'exprimait sur le compte de ceux que la presse anglaise appelait « les aventuriers et les flibustiers de Fachoda : « Rien ne peut surpasser la politesse et la courtoisie dont firent preuve les officiers français durant ces pourparlers quel-
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décontenança jusqu'au flegme britannique hii-m/^me K Ce qui, plus que tout, ii'ïitait Il^s Anghiis, ce n'dtait pas le fait meoie de voir une troupe franc^aise occuper un point considéré comme territoire britannique, mais bien le secret dont nous avions entouré nos opérations, et notice prétention de mettre en balance les droits représentés par Marcband et ses hommes, avec ceux que souleuait lord KiLcIiener à la tète de SCS vingt-cinq mille soldats victorieux. Leur argumentations se bornait à ceci : « Nous vous avons [>révenus maintes fois que tonte intervention de votre part dans la vallée du Nil serait considérée par nous comme un acte antiamical : malgré tout ce que nous avons pu vous dire, vous vous êtes obstinés à envoyer dans le plus profond mystère une force armée pour prendre possession d'un pays qui nous appartient, et vous vous étonnez de notj'e mécontentement! Bien plus, cette expédition, que vous avez à Facboda^ est dans la situation la plus précaire; coupée de ses communications, dénuée de tout, incapable de résister à la moindre attaque- Sans notre vicloire d'Onidurman et notre arrivée immédiate, elle aurait été écrasée par les derviches, et vous prétendez qu elle vous a créé des droits égaux h ceux que nous a conquis notre marche triomphale du Caire à Fachoda ! C'est folie de votre part, et c'est envers nous une insulte intolérable. »i — a Nous ne reculerons Jevant rien, s'écria à North's fields le bouillant chancelier de TEchiquier, sir Micliael Hicks Beach, je Taffirme comme ministre de la couronne. Ce serait une grande calamité, si, après quatre-vingts ans de paix, nous nous trouvions embarqués dans une guerre avec la France, mais, après tout, il y a des maux pires que la guerre ! »
que peu délicats.... H est impossible de ne pas éprouver Ir plus vive admir.itioTi pour le courage, ie dévouement et l'énergie indomptable déployés par l'eipédition Marchanil... Ses souffrancei? et ses privations durant deux années d*un rude voyage rendent yraiment pathétique rinutîlité même de ses elTorLs. » { Le général Kitchener à lord Cromer, 21 septembre 1898. )
1 . Voir une d épèclie M. Geoffray , ministre de France à Londres, à JU . Delcassé (2iseptefîibre (898)^ rapportant uneeonver&ation avec sirThomas Sanderson, sous-secrétaire d'Etat permanent aux adaires étrangères.
Ce langag^e véhément, qui n'étaitrienàcôtédes déclamations furibondes des journaux, montre mieux que de longs développements combien était profond le fossé qui séparait les deux gouvernements. En Angleterre, on se tenait inébranlablement sur le terrain des faits : le fait de l'occupation militaire de l'Egypte depuis quinze ans, le fait de la victoire d'Omdurman, le fait qu'une troupe de cent quarante hommes était incapable de résister à une armée de vingt-cinq mille hommes. En France, au contraire, on refusait obstinément de tenir aucun compte des faits, et on affectait de ne voir dans toute cette affaire qu'une question juridique à débattre : Ce n'était pas la première fois, disait-on, que des difiFérends s'étaient élevés entre des puissances coloniales : on n'avait qu'à instruire le procès avec calme et la transaction se ferait jour d'elle-même. « Voilà vraiment une réponse décourageante, disait à ce sujet M. Ritchie, ministre du commerce. Ni le peuple français, ni son gouvernement ne paraissent se douter de la gravité des circonstances. S'il en était autrement, comment le ministre français des affaires étrangères aurait-il pu dire à notre ambassadeur. « Vous n'avez certainement « pas l'intention de pousser les choses jusqu'au bout et de « nous faire la guerre pour un pareil incident ? » Un pareil incident ! nous ne Tenvisageons pas avec une pareille légèreté, et si on nous demande un prix trop élevé pour la paix, nous ne sommes pas disposés à le donner ^ ! »
On conçoit d'ailleurs que les Anglais aient été peu disposés à traiter la question au point de vue légal, car, à nos arguments juridiques, ils n'auraient eu à opposer que l'argument tiré du droit du plus fort, médiocre avantage dans une discussion de principes.
De deux choses l'une, en effet : ou bien Fachoda au môme titre que toute la vallée du Nil faisait partie des domaines du khédive, ou bien l'invasion derviche et la longue domination du mahdi avaient eu pour résultat de détacher le Soudan de l'Egypte, et d'en faire une terram
i. Discours du 26 octobre.
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nullités à la merci du premier occupant. Soutenez-vous la première alternative, ^disions-nous aux Anglais, alors pourquoi avez-vous dépouillé le khédive de TEquatoria ? pourquoi avez-vous donné le Sennaar aux Italiens ? pourquoi avez-vous donné Lado aux Belges ? Par quel rare privilège votre théorie qui ne vous paraît bonne ni pour vous-mômes, ni pour les Italiens, ni pour les Belges, devient-elle inattaquable lorsqu'il s'agit de la France ? Ce que vous avez toujours fait depuis vingt ans, pourquoi ne le ferionsnous pas à notre tour ? — « Pourquoi répondit lord Salisbury ? parce qu'une occupation mixte de l'Egypte par vous et par nous offrirait des inconvénients ^. » La réponse était topique, on le voit, et montre la hautaine indifférence avec laquelle les Anglais traitaient la question juridique. Sans se décourager cependant, notre ambassadeur insista : « Si vous prétendez être les mandataires du sultan, vous devez avoir pour agir comme vous le faites une délégation quelconque, soit du sultan, suzerain légitime de l'Egypte, soit au moins du khédive ? » L'objection n'était pas pour embarrasser le cabinet anglais, qui se fit immédiatement adresser par le ministère égyptien les plus chaleureuses lettres de félicitations, fldiisant satisfecit octroyé à leurs maîtres par des serfs soumis et dociles, et que lord Salisbury, très friand de ce que les Anglais appellent « a good joke », s'empressa de publier dans son livre bleu 2.