Discours de Manchester, 15 et 17 novembre
son ambassadeur n Paris de remettre à otre ministre des
affaires étrangères un ultimatiiin d'où serait inévitablemenL sortie une niplure diplomatique, et qu'on ne dût le maintien de la paix qu'au sang-froid et à la modi^^ration i\e sir E. Monson, qui sut gagner du temps et tWiter un éclat.
Quoi qu*il en soit de cet incident, î) est certain que la Grande-Bretagne appuya de pr<5paratifs considérables son menaçant langage. Dans les ports de la Manche fies armemenis furent ouvertement dirigés contre la France. Chez nous rien n'était prùt : nos escadres dégarnies, nos forts et batieries maritimes peu ou point armés *, Devant Timminence du péril, on envoya hâtivement sur les côtes toutes les troupes disponibles, et pendant plusieurs semaines on travailla nuit et jour h Cherbourg et h. Brest, Sur toutes les mers du globe, les flottes anglaises reçurent Tordre de se tenir prèles a agir. Aux Antilles, les choses alitèrent même si loin qu'un croiseur russe mouillé a la Jamaïque appareiîhi en toute hâte, et alla prévenir l'amiral qui commandait notre division navale que les navires anglais avaient fait le branle-bas de combat. L'amiral ])ril aussitôt ses dispositions et pendant c]Uolques jours on se tint sur le qui-vive ^, Dans la Méditerranée une force navale imposante sortit de Malte, et vint croiser en vue de Bizerte où rémotion fut des plus vives, car on n'avait ni un canon ni un vaisseau pour défendre le port. En quelques heures, des troupes mandées par télégraphe affluèrent de tous les points de la régence. Faute de casernes et de baraquements, on bivouaqua dans les rues et sur les places, et la ville prit l'aspect d'un vaste camp retranché : « Où
1. Ceci rossoï-t avec évidence des discussions qui précédèrent, en 1899 et J9fM), le vote des crédits demandés pur le gouvernement pour la mise en étaL de défense des coloaies, ainsi que la constituiion de Farmée coloniale. ^ A l'appui do noire affirmation^ nous pourrions égalendenL invoquer le tétïini^niapn d'wn deii miniatres de IHÎJS^ qui aflirmail qifau preuiîer coup de Ciinon toutes jjos défenses maritimes auraienL succombé.
2; Récit d'un témoin oeulaiie.
sont les Anglisl » demandaient les tirailleurs en débarquant à la gare ^
Ce n'étaient pas là des démonstrations sans conséquence uniquement destinées à peser sur les décisions du gouvernement français. Toutes les personnes qui à ce moment furent mêlées aux affaires sont presque unanimes à déclarer que rien n'aurait pu empêcher la guerre, si la France n'avait cédé. Il ne s'agissait plus de querelles de chancellerie ni de polémiques de presse; telle était l'intensité du mouvement national que le gouvernement lui-même était débordé. Grisées par une longue et incessante prédication, toutes les classes de la population en étaient arrivées, selon le mot de M. Labouchère, à croire « que le Nil était plus anglais que la Tamise » et que pénétrer dans la vallée du Nil, constituait de la part de la France une injure aussi grave que de bombarder la Tour de Londres ^. La grande victoire d'Omdurman avait porté à son comble Texaltation du sentiment patriotique : de toutes parts on poussait le gouvernement en avant, on l'excitait aux mesures décisives, on lui reprochait de négocier alors qu'il fallait agir ^. Ce fut la grande erreur des divers cabinets français de n'avoir rien su de cet état d'esprit du gouvernement et du peuple anglais, ou plutôt, car les avertissements ne lui manquèrent pas, d'avoir volontairement fermé l'oreille aux avis qui lui venaient d'outre-Manche. Jusqu'au bout, on voulut se persuader que les choses se passeraient sur le Nil comme elles s'étaient maintes fois passées dans