Lettre particulière publiée dans là presse
2. Voir page 407 les ouvertures allemandes faites durant l'été de 1898.
t* Vous saviez, nous dit-on à Londres, que nous réclamions Fachoda : pourquoi y avez-vous envoyé la mission Mnrcliïmd ? — Mais il n'y a pas de mission Marchand, répondit M. Delcassé; il n'y a qu'une mission Liotard, qui, depuis 1893, opère dans le Haut-Oubangui. M. Marchand n>st qu'un agent subordonné ayant reçu ses ordres de M. Liotard ^wEn quoi ces subtilités pouvaient-elles toucher le cabinet britannique? Que la mission de Fachoda s'appelât Marchand ou Liotard,qu'elle ait été envoyée surleNil avant ou après la déclaration de sir E. Grey en 1893, le fait actuel de l'occupation française n'en subsistait pas moins, et c'était le seul point où s'attachait l'Angleterre.
Changeant brusquement de terrain, le cabinet français entreprit alors de plaider le droit de conqui^te et la faculté pnur chaque nation de conserver le fruit de ses victoires sur la bar] ïcirie, étrange contradiction dans la bouche de ceux qui avaient toujours affecté de considérer comme un tlogmo intangible l'intégrité de l'Egypte et de l'empire lin sultan. Elle fut aussitôt relevée en Angleterre, où lord Uoseberry, sir E. Grey et bien d'autres raillèrent sans pitié la volte-face du ministre'-'.
i. « En réalité, il n'y a pas de mission Marchand (m*a dit M. Delcassé). En iê\yZ et 1893 M. Liotard a été envoyé dans le Haut-Oubangui avec mission de sauvegarder les intérêts de la France dans le nord-est de l'ettf^ coionie. M. Marchand est un doses subordonésetareçu les ordres de M. Liotard. & (Dépêche desirE.MonsonàlordSali8bury,18 septembre.)
2. ft La France a paru plaider que les droits de TEgypte n'étaient pas en discussion, et que le pays, ayant été abandonné, était par coniiéquent ouvert au premier occupant. En ce cas les propriétaires légitimes du ftaaîNil devaient être les Belges qui y parvinrent les premiers en 4S94. Pourquoi n'y sont-ils pas restés? Parce que le gouvernement français s'interposa, et les empêcha par la force d'agir, sous prétexte que les Belges ne pouvaientoccuper un paysqui appartenait à FBgypte. Mais alors on ne peut pas maintenant nous dire que les droits deTEgypteont été balayés par l'occupation française. » (Rires et applaudissements.) ( Discours de sir E. Grey, octobre 1898. )
tt En revendiquant la suprématie de l'Egypte sur des territoires qui furent temporairement abandonnés après la chute de Khartoum^ nous usoEis non pas tant de nos propres arguments que de ceux qu'empioyèrent les ministres et ambassadeurs français pendant ces Ueniièrea aimées. Si notre ambassadeur emploie le langage parlé par
Deux mois s'écoulèrent ainsi, pendant lesquels s'exaspéra le sentiment national des deux nations. Au lieu de ces pourparlers inutiles et affligeants pour notre amour-propre, n'eût-il pas mieux valu éviter une discussion où Ton était vaincu d'avance?
Lorsqu'un chef d'armée se trouve dans une position critique, il doit refuser la bataille et se replier en bon ordre : par là, il conserve intacte pour une meilleure occasion la force matérielle qu'il a entre les mains, et surtout il sauvegarde le prestige et le moral du pays. Si, de sa propre volonté, il accepte le combat sans avoir pour lui toutes les chances de succès, il endosse devant l'histoire la responsabilité de la défaite avec toutes ses conséquences.
Tel fut précisément le cas du cabinet de 1898. La situation du capitaine Marchand isolé à Fachoda lui était connue. Il savait que nous ne pouvions opposer à l'Angleterre aucune organisation politique ou militaire effective: il savait aussi que rien n'avait été préparé en Abyssinie pour soutenir et ravitailler la mission. D'autre part, il ne pouvait ignorer, et pour cause, que personne en Europe ne prendrait nos intérêts, et que l'Angleterre ne se départirait jamais de son intransigeance. Dans ces conditions, sa conduite était clairement tracée : il devait tout faire pour éviter une action dont l'issue était si peu douteuse. En présentant la mission Marchand comme une expédition purement scientifique et dénuée de caractère officiel, on ne se fût pas acculé à l'humiliante nécessité d'évacuer un poste sous les menaces d'un rival plus fort et mieux armé. Peut-être môme, en déclinant toute controverse politique et territoriale, en éludant les polémiques irritantes, aurait-on pu réserver pour un avenir plus favorable la question du Bahr-el-Gazal. Sans doute la solution
l'ambassadeur français à Londres, alors que j'étais au pouvoir, et si lord Sali s bu rj', comme ministre des affaires étrangères, parle le langage de M. Hanotaux, il donnera tant d'autorité à la réclamation de ces territoires par l'Egypte, il la rendra si sérieuse et si juste, qu'il ne sera au pouvoir d'aucun gouvernement et d'aucun pays de nier sa force et sa légitimité. » (Discours de lord Roseberr)', octobre 1898.)
n'eut pas ëté brillante, raaîs celle qui prévalut fut pire encore,
« C'est un grand malheur que nous soyons arrivés à Fachûda, a dit un jour certain ministre de 181)8, à Tun de nos plus brillants Africains; qu'avionsnous besoin d'y aller? — Mais, Monsieur le ministi^e, lui répondit son interlocuteur, je croyais que nous avions été à Fachoda sur Tordre du gouvcrur-ment, afin de lai permettre de rouvrir la question cFEgypte, —Allons donc. Monsieur, l'Angleterre est en Egypte, et n'en bougera pas. Quant à nous, qui n'avons pas fait la guerre pour l'Alsace, nous ne la ferons jamais pour TÉgypte, Et d'ailleurs pourquoi nous préoccuper de l'Egypte et de Suez ? Sur la route des Indes, nous trouvons le déjeuner h Dakar, le dîner à Libreville et le souper à Diégo-Suarez M jî ^ Cette singulière déclaration a-t-etle convaincu celui qui Tentendit ?r/est peu probable^ mais elle n'en esr pas moins intéressante, car elle fait toucher du doigt la véritable cause de notre échec. Peut-on en elFet désavouer plus complMement la politique entamée cinq ans auparavant ? Comment espérer le succr-s lorsque les hommes qui se remplacent au pouvoir répudient l'héritage de leurs prédécesseurs?
t( L'histoire de France tout entière forme un bloc, avait cependant déclaré T honorable M. Delcassé dans un fort beau mouvement oratoire; les partis n'ont pas le droit d'en détacher telle ou telle parcelle au gré de leur intérêt d'un jour, et, qu elles le veuillent ou non, les générations qui se suivent sont solidaires des tristesses comme des gloires de la patrie, »
Si les générations ministérielles, qui de 189H à 1898 ont passé sur la Fi'ance, avaient su appliquer ce gi-and principe de solidarité, on n'eût pas vu la politique extérieure île la France soumise à tant de tluctuations désolantes; on n'eût pas vu les détenteurs successifs du pouvoir rejeter allègrement les uns sur les autres des responsabilités qui les gênaient, abandonner puis reprendre pour les bouleverser