Discours au sénat, 3 avril
contraire, dont le drapeau flottait dans tout le Bar-el-Gazal, alors que jamais n'y avaient paru les couleurs britanniques; qui avions conclu des traités avec les principaux chefs du pays, et depuis cinq ans entretenions une trentaine de postes dans les centres stratégiques et commerciaux, le sacrifice était des plus pénibles. Prétendre que les Anglais, en nous reconnaissant le Tchad, faisaient une concession équivalente à la nôtre, était une appréciation vraiment trop bienveillante, naturelle dans une bouche anglaise, mais qui à Paris résonnait étrangement.
Assurément le cabinet français eût été mal venu à critiquer son œuvre personnelle, mais il était superflu de lui témoigner une aussi bruyante tendresse. Même, on doit se demander s'il fut bien inspiré en s'appliquant à donner une consécration officielle à notre échec de l'année précédente. Qu'avions-nous besoin de renouveler, dans un acte authentique, l'abandon de nos prétentions déjà consenti depuis près de cinq mois? Et surtout, pourquoi solliciter de l'Angleterre l'autorisation d'occuper dans le bassin oriental du Tchad des territoires qui ne lui appartenaient pas, qui ne l'intéressaient en rien, et dont elle n'avait aucun droit de disposer?
En signant le traité du 2\ mars, le gouvernement français donna bénévolement aux incidents de 1898 une sanction légale que personne ne lui demandait et qu'il eût été bien facile d'éluder. En outre, et ceci n'était pas moins inutile, il fournit sans raison à l'Angleterre l'occasion d'exercer ce droit de contrôle qu'elle revendique avec tant de hauteur sur la politique coloniale des puissances du continent. Des soins plus urgents réclamaient notre activité, que celui de faire le jeu de nos adversaires ^
1. Il est établi, par le livre jaune de 1899, que c'est le gouvernement français qui entama les négociations et pressa le cabinet de Londres de conclure. C'est ainsi que l'ambassadeur de France, M. Cambon, écrivit le 12 janvier à M. Delcassé: « Conformément aux instructions verbales que Votre Excellence m'avait données avant mon départ, j'ai rappelé au marquis de Salisbury sa dernière conversation avec le baron de Courcel relativement aux questions africaines, et je lui ai ditque fêtais à sa disposition pour la reprendre. Sa Seigneurie