LES SUITES DE FACHODA
En Abyssinie, s'affirma non moins vigoureusement le triomphe de la politique britannique, mais de ce côlé le résultat se fit plus longtemps attendre. Satisfaite de IVHroit blocus qu'elle avait établi autour des Etats de Ménélik, l'Angleterre se garda bien d'user de violences inutiles et dangereuses. D'ailleurs, la guerre du Transvaal allait bientôt absorber toute son attention. Aussi pendant trois années resta-t-elle en apparence immobile, forte du prestige de sa victoire, s'ingéniant àminei- Tinduenoe française et à nous supplanter dans les bonnes grûces du négus. Puis, la paix rétablie dans l'Afrique du Sud, elle se retourna de toute son énergie vers l'Ethiopie, et finît par obtenir de Ménélik le traité de 1902 qui satisfît ses prétentions. Désormais, elle peut attendre en pleine sécurité la oiort de l'empereur et la crise intestine qui s'ensuivra. Elle est en mesure d'intervenir au bon moment, et de dicter ses volontés quand bon lui semblera.
L'échec de la mission Rennell-Rodd n'avait pas découragé l'Angleterre ; loin de modifier son pian de conduite, elle se hâta de profiter d'une clause de 1 arrangement qui l'autorisait à se faire représenter d'une manière permanente à Addis-Abeba, et elle accrédita auprès du négus un officier de l'armée des Indes, lelicutenant d'état-major, plus tard colonel Harrington. Celui-ci arriva a son poste dans le courant de 1898. Il ne tarda pas à s'apercevoir que son gouvernement n'avait plus rien à redouter ni de Mcné-
m'a répondu qu'elle ne refusait pas àrecherclicr les bases d'un arrangement. » Le 21 janvier suivant, ramba5:5^<l(aur écrivit de nouveau: € Lord Salisbury m'a dit qu'il avait entretenu scis collt-^uess dti notre intention de procéder à une délimitation de no^ znnos d'iuiluence, et que cette idée lui avait paru recevoir un nccucil assez favorable, n
Le seul résultat appréciable du traité du ^t mars i'utdti nous mettre en délicatesse avec la Turquie, qui vov\\ii1 y voir une violation de l'hinterland delaTripolitaine, et avec Vi^^^\;i^,qui,s*ealimanl Vhéntière présomptive du sultan à Tripoli, pï»u Y^ i\^i\'e\ii-e Ads iln^Us de sa future colonie. L'incident donna li^ / \u Ar^^dt asiiei vlV avi parlement italien, mais il n'eut pas de ^^ , ^^ ^f ^^^^u^ê.
likfdont les armées étaient impuissantes à prendre pied sur le Nil, ni de nous-mêmes dont la politique incertaine n'avait rien su prévoir ni rien préparer. D'ailleurs, la révolte opportune du ras Ma:ngascha, gouverneur du Tigré, contribuait à affranchir l'Angleterre de ses derniers soucis, car Ménélik, forcé de réduire ce turbulent vassal, allait de nouveau être distrait de ses graves préoccupations.
Si opportune fut cette diversion, qu'on a véhémentement accusé l'Angleterre de l'avoir provoquée : is fecit cuiprodest \ mais les preuves manquent, bien que les relations entretenues avec le ras rebelle par les agents anglais rendent la supposition au moins vraisemblable ^.
Quelques mois plus tard, la crise depuis longtemps prévue éclata sur le Nil, et l'Angleterre victorieuse s'installa à Fachoda. A partir de ce moment, la tâche de M. Harrington se trouva singulièrement facilitée.
En diplomatie comme en affaires, le succès est un grand argument, et lorsqu'on parle au nom de la victoire, on se fait facilement écouter. M. Harrington ne tarda pas à en faire l'heureuse expérience. L'affaire de Fachoda, en effet, ne pouvait manquer d'avoir dans tout le nord-est africain un retentissement considérable. Habilement exploitée par l'Angleterre, elle devint l'éclatante démonstration de son infaillibilité et de sa toute-puissance. Les Italiens avaient été repoussés, les Français s'étaient évanouis au loin dans l'ouest ; seuls, les Anglais, présents partout, demeuraient inébranlables et apparaissaient comme les arbitres de la situation. Ménélik, malgré sa finesse et sa prudence, devait forcément subir la contagion de l'air ambiant. Sans doute le commandant Marchand et ses braves compagnons furent brillamment reçus en Abyssinie : du Sobat à Djibouti, ce fut une marche triomphale à travers les populations accourues sur leur passage, et à Addis-Abeba, l'empereur les reçut avec une pompe extraordinaire %
1. Voir dans le Livre vert italien diverses allusions aux intrigues anglaises et italiennes dans le Tigré : n"»* 416, 419, 422, 425, 428, 476, 483, etc.
2. «... Dans Timagination des Abyssins, il est plus que probable
mais Marchand disparu, la politique reprit ses droits. La France, battue en brèche par un adversaire victorieux» recula et perdit pied. Très rapidement, l'Angleterre obtint de grands résultats. Des missions d'éludés parcoufurent tout le pays, préparant ainsi les éléments d'une future délimitation de la frontière occidontalo. Des agonis anglais ou italiens furent installés dans la plupart des administrations publiques, et c'est ainsi que la ligne téléj^raphique qui relie Addis-Abeba à k cAte, bien que construite avec des capitaux français, tomba entre des mai lis anglaises. Le lac Tsana fut occupé |)ar des ingénieurs chargés d'étudier le régime des eaux et la possibilité dy construire un barrage. Le clu^inin île fer de Khartoum fut poussé dans la vallée dn Nil bleu jusqu'à Abou-llaroz Enfin les Anglais menèrtjnl la pins baliib* et laplus iirdente campagne pour s'emparer de notre chemin de Ter de Djibouti à Harrar. Profitant d'une incurie incom]iréhensible, ils allaient réussir, lorsque notre gouvernement enfin tiré de sa léthargie par 1rs rumeurs de ropinion, intervint et sauva ce qui pouvait encore être sauvé de nos intérêts. Cet incident est trop caractéristique pour ne pas demander quelques diHeloppements.
On se rappelle que, le 27 janvier 181î7, une convention passée entre M. Lagarde et le ras Makonnen avait défini-
que Ig commandant Marcliand est une sorte de paladm du moyen âge capable de beaux coups d'aventures, à TorritRion pn'l â fnifjper d*esLoc et de taille sur les mécréants, et cela les sOddit étraut^eraenl... Des rumeurs sont venues de Touest qui parlent de gniiidcH choses accompli es... ; et puis les Français qui sont ici ne sont pas tous des diplomates. Quelques-uns ont dit à leurs iiilerprèles, avec une cMnerie mêlée d'orgueil : « Tu vas voiraujourdliiii un rude lapin ! j> 11 n*y a pas de lapins en Abyssinic : on peut si^ faire nue idé*- de ce que ce mot représente de choses fantastiques, en son^jeatil qu*il n'est prononcé que dans des circonstances exceiilionnelles, et toujutirs accompagné de qualificatifs ronflants. Dans d<'j; cerveaux abyssins, cet animal inconnu doit prendre des propinlinns extraordinaires. Il finit sans doute par symboliser la vaillanci" ri U- courape^ et je ne serais pas étonné que le lion lui-même ne vr^^une rang quelque peu au-dessous de ce lapin formidable ^^ lerrib^* qui UoUe dans ieur imagination. » (Lettre au TempSy avrv\ iB^^-l
tivement ratifié la concession faite parle négus h M.Ilg d'un chemin de fer de Djibouti à Harrar, de Harrar à Entotto, et de Entotto au Kaffa et au Nil blanc. Sans plus tarder, la compagnie impériale des chemins de fer éthiopiens, que M. Ilg s'était substituée, commença les travaux. En juillet 1900, une première section de 106 kilomètres fut ouverte à Texploitation. Mais la compagnie, après ce premier effort, fut à court d'argent. Le capital social avait été intégralement dépensé, ainsi que le produit des émissions d'obligations. Restaient Remettre vingt-cinq à trente mille titres, mais ils ne trouvaient pas preneur, et d'ailleurs cette dernière ressource eût été bien insuffisante pour achever les travaux. Dès le printemps de 1900, la compagnie, fort inquiète de cette situation, avait entamé à Paris des pourparlers pour se procurer les fonds nécessaires, mais elle se heurta à une série de refus, et, malgré ses instances, ne parvint à triompher ni de la pusillanimité des financiers ni de l'indifférence des pouvoirs publics. A ce moment, les Anglais, jusque-là embusqués dans l'ombre, intervinrent. Trois sociétés, l'Oceana Consolidated Company, la New African company, et la New Egyptian company, syndiquées sous le nom d'International Ethiopian railway trust and construction company, firent à la compagnie française les propositions suivantes :
Le trust fournirait à la compagnie de l'argent au fur et à mesure de ses besoins, contre remise des obligations restant à la souche ; ces obligations seraient immédiatement transformées en actions. Les fonds ainsi réalisés serviraient à conduire la ligne jusqu'au kilomètre 225 ; à partir de ce point, le trust serait exclusivement chargé de la construction jusqu'à Harrar, moyennant une somme forfaitaire de 107 000 francs par kilomètre. Deux administrateurs anglais seraient admis dans le conseil de la société.
La compagnie française, abandonnée à elle-même, accepta en principe la combinaison offerte. Toutefois, pour laisser au gouvernement le temps de se ressaisir, elle exigea l'introduction dans le traité d'une clause qui lui permettait de rompre son engagement en payant un dédit
de 625 000 francs. Puis elle renouvela à Paris les déniarches les plus pressantes, prouvant que, réduite h ses seules forces, elle allait être forcée de passer par la main aux Anglais. Rien n'y fit. Hommes politiques et financiers continuèrent à faire la sourde oreille, si bien que nos malheureux compatriotes, acculés à la faillite, sj^ résignèrent à solliciter l'exécution du contrat, ^t millions leur furent successivement versés aux conditions prévues, lesquels, avec quelques autres ressources péniblement ramassées, leur permirent de pousser la ligne jusqu'au kilomètre 201 (décembre 1901). Alors les Anglais exultèrent. Déjà possesseurs d'une grande partie des actions ^, ils se virent à la veille d'être les maîtres incontestés do l'entreprise. Il leur suffirait de renoncer au monopole consenti par Ménélik à la société, de relier par un embrancbenient le port de Zeilah à la ligne de pénétration; le ebemin de fer du Harrar serait alors exclusivement anglais, Djibouti ruiné, et l'Abyssinie perdrait sur le monde extérieur ie seul débouché qui ne fût pas entre les mains de l'Angleterre : « C'est un résultat inespéré, disait la Daily Mail, car cette combinaison va donner à l'Angleterre le conliùle de toute Tentreprise, ce qui ne peut manquer de produire les meilleurs résultats politiques et commerciaux. Elle satisfait entièrement toutes les vues du gouvernement britannique 2. » Et lord Chesterfield, président du trust, se félicitait publiquement ce de l'imperturbable progression des intlucnces anglaises dans le chemin de fer d'Ethiopie, avantage signalé pour la politique de la Grande-Bretagne, source d'immenses profits pour ses nationaux ^ ». Lorsque ces faits furent connus en France, un véritable
1. Depuis longtemps les Anglais avaient acquis sur le marché toutes les actions disponibles. En 1902, ils en possédaient on ï^j mille sur vingt-huit mille, sans compter les actions nouvelles < anciennes obligations) qui leur avaient été remises en échange de leurs subventions.
2. Daily Mail, 18 et 19 janvier 1901. Voir également les rapporta annuels de la New Egyptian company.
3. Discours de lord Chesterfield à T assemblée Êtalulaire de Vluternational trust, novembre 1901.
élan d'indignation souleva tous ceux qui avaient à cœur les intérêts de ce pays. Non seulement tous les organes coloniaux menèrent une ardente campagne pour forcer le gouvernement à intervenir, mais la presse politique ellemême s'empara de TafiFaire. Le Temps ^ le Journal des Débats^ le Figaro^ s'associèrent au mouvement qui ne tarda pas à s'étendre jusqu'à la province *. Malgré tout, le gouvernement restait immobile, amusant l'opinion par des combinaisons mort-nées. Un jour, on proposait de faire payer le chemin de fer d'Ethiopie par la Côte d'Ivoire, alléguant probablement qu'en vertu du principe de solidarité, la seule de nos colonies africaines dont le budget se soldait en excédent devait venir au secours de ses sœurs moins fortunées. Un autre jour, le ministre imaginait de mettre à la charge de la colonie de Djibouti une annuité de 400 000 francs, destinée à assurer le service d'un emprunt de d3 millions. Une taxe de 40 p. 400 sur tous les produits transportés par le chemin de fer, aurait permis à la colonie de se procurer les fonds nécessaires: ingénieux artifice qui faisait retomber sur la compagnie elle-même les frais de son propre sauvetage, et dont le premier résultat eût été la faillite immédiate de l'entreprise. Pendant plus d'un an on ne trouva que ces deux expédients pour sauver la situation, prétexte suffisant, il est vrai, pour que l'affaire fût déclarée « suivre son cours normal », pour promener les dossiers entre le quai d'Orsay, les ministères des colonies et des finances, et permettre au ministre des affaires étrangères de répondre par quelques phrases vagues, mais ronflantes, aux pressantes adjurations du groupe colonial 2.
1. Voir notamment dans le Bulletin de V Afrique française une longue série d'articles de M. R. de Caix ; ceux de M. Chailley-Bert dans la Quinzaine coloniale ; ceux de M. Etienne dans la Dépêche coloniale , ceux de M. Hugues Le Roux dans le Figaro ; ceux de M. Jay dans le Salut pub lie, àe Lyon, etc., etc.
2. a En ce qui concerne le chemin de fer d'Ethiopie, je lui dirai ( à M. Etienne ) que nous ne perdons pas de vue, que le ministre des affaires étrangères, moins que quiconque, ne perd de vue l'intérêt
L'affaire semblait irrémédiabloment compromise ; M. Ug, découragé par plusieurs mois de démarches infructueuses, éconduit par les uns, berné par les autres, allait abandonner la partie, lorsque le secours lui vint soudain <Iu côté où il ne l'attendait guère. L*incident est lout à rhonneur du président de la République, qui seul dans son gouvernement montra en cette occasion de la clairvoyance et de la décision. Bien plus, M. Loubet eut le courage et Thabileté de faire prévaloir sa volonté, et de la dicter à ses ministres. A peine etil-il été mis au courant de la situation, qu'il manda auprès de lui le représentant du négus. Entre ces deux hommes également animés du désir de bien faire et d'aboutir, laccord s'établit rapidement, et quelques jours après, M. Loubet obtint de son cabinet le dépôt d'un projet de loi qui garantissait à la compagnie une annuité de TiOO 000 francs, «auvait l'entreprise de la faillite et Tarrachait aux mains des Anglais. La chambre et le sénat votèrent sans difficultés le projet, qui devint la loi du 6 avril 1002, et c'est ainsi qu'en quelques semaines fut réglée une alfaire qui traînait depuis deux ans ^.
La tardive, mais bienfaisante intervention du gouvernement démolissait les travaux d'approche de nos adversaires et écartait tout danger immédiat. Est-ce à dire <jue la sécurité du lendemain fût également assurée? L*affirmation serait des plus téméraires.
Loin de désarmer, les Anglais ne songèrent en effet qu a prendre leur revanche. L'appui de lu métropole avait permis à la compagnie du chemin de fer de sn libérer de ses •engagements envers le trust, et d'aclicver par ses propres moyens la construction de la ligne, mais les linanciers anglais qui avaient pris l'affaire en main proclamèrent hautement qu'ils n'abandonneraient rien de leurs projets
qui s'attache à ce que cette entrepris^ s'acbiivo entièrement dans la pensée directiice qui de part et d'au^^^ç en ïi ^^'^^ ckmatider, el oUenir la concession. » (Réponse de M. De\o -è i^ M.EUeime, chambre des députés, 21 janvier d902.) ^^^^
î. Renseignements particuliers
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\e rèdl d'un témoin.
d'accaparement : avec la plus admirable désinvolture, ils exposèrent leur plan à rassemblée générale de Tlnternational trust : « Nous conserverons, dirent- ils, toutes les actions que nous avons acquises de la compagnie du chemin de fer, et ne céderons nos droits pécuniaires et nos droits de construction que contre une compensation appropriée, » Ce terme ambigu est gros de menaces et de complications de tout genre. Bien plus, la New African Company, Tune des sociétés intéressées dans le trust, fit une émission de vingt-quatre mille actions, dans le but, dit-elle, d'acquérir de nouveaux titres de la compagnie du chemin de fer. Le jour où ce plan sera réalisé, les Anglais, maîtres de l'assemblée de la compagnie française, seront également les maîtres du conseil, et le chemin de fer construit avec l'argent français sera devenu propriété britannique. Ce résultat est d'autant plus à craindre que les intrigues anglaises ont aujourd'hui le champ libre à Addis-Abeba, où l'influence séculaire de notre diplomatie est en fait annihilée.
A la suite de TafFaire de Fachoda, le gouvernement, soucieux de parer aux difficultés de la situation, avait séparé les fonctions, jusque-là confondues sur une même tôle, de gouverneur de la côte Somali et de ministre près le négus. M. Mizon, qui par malheur mourut presque immédiatement, fut envoyé à Djibouti. Il y fut remplacé par M. Bonhoure, tandis que M. Lagarde était accrédité d'une manière permanente à Addis-Abeba.
Pourquoi le gouvernement maintint>il à son poste M. Lagarde après la fâcheuse expérience des années précédentes? Il est difficile de l'expliquer ; en tout cas, cette confiance fut médiocrement récompensée, car, quatre ans plus tard, M. Delcassé dut rappeler notre envoyé plénipotentiaire dont la situation était devenue intenable, et avec qui le négus et ses conseillers refusaient de continuer aucune relation.
On se rappelle qu'en 4897, M. Lagarde était déjà fort mal en cour, et que le peu de faveur dont il était Fobjet avait failli faire échouer sa mission. Sa conduite durant
les années 1897 et 1898, les tiraillements qui survinrent entre lui et les chefs de nos missions, I*échec final Je la politique française, enfin Tindifférence qu'il manifesta de tout temps pour le chemin de fer du Harrar, tout cet ensemble défaits n'était pas de nature k accroître son prestige à Addis-Abeba. Un dernier inciJent, liabilement exploité par la diplomatie anglaise, vint mettre le comble à rhumeur du négus, et porter le dernî^T coup au cri^dit de notre représentant.
Dans les premiers jours de mai 1902, Ir cnlunel Harrington demanda audience à Ménélik, et lui ap|mrla triomphalement le texte de la convention passée onfit» la compagnie du chemin de fer et la colonie de Djibouti. M. Lagarde avait omis d'en soumettre les clauses aux conseillers du négus ; personne à Addis-Abeba n'était prévenu de ce qui avait été convenu à Paris, et il fut fort aisé au ministre anglais, non seulement d'exploiter notre manqutr de déférence, mais aussi de nous prêter les plus noirs desseins. Certains articles de la convention avaient en elTet été rédigés de la façon la plus imprudente, et donnaient à TEtat français des droits incompatibles avec la souveraineté du négus ^. M. Harrington en tira parti pour montrer la France abusant de ses bonnes grâces et se glissant le long de la voie ferrée, à l'assaut du plateau abyîssin. Ménélik, moins inquiet que justement froissé du procédé, demanda des explications à M. Lagarde. Celui-ci lui apporta une noie rédigée par M. Ilg, alors à Paris, de concert avec le cabinet français, et qui fournissait les garanties et les éclaircissements réclamés. L'empereur le reçut très mal : » Comment puis-je avoir confiance? lui dit-il. Suis-jc seulement certain que ce papier est bien celui de M. Ilg '^ ? n
La rancune de l'empereur fut tenace- Non seulement il éluda à dater de ce jour toute nouvelle rencontre avec notre
i. Notamment les articles qui, en cas de rachat ou de confiscation de la ligne, subrogeaient l'Etat français ^ la compa^nui concessionnaire, et ceux donnant à l'Etat le àfoil d'auLoriaer tous embranchements à créer.