‹ France et AngleterreChapitre 98 sur 100 · Lettre particulière · texte numérisé non relu

Lettre particulière

Abyssinie la prépondérance matérielle et morale que nos pères lui avaient acquise, et qu'aurait dû fortifier encore notre établissement sur la côte Somali. L*Angleterre a pris notre place et ne paraît pas disposée à la céder. N*y a-t-iJ donc plus rien à faire et faut-il nous replier devant nos adversaires victorieux? Assurément non^ car uhl* chance nous demeure de garder en Abyssinie, non plus le premier rang, mais une part légitime d'influence et de prolits. Tant que nous resteront Djibouti et le chemin de fer du Harrar, nous n'avons pas le droit de désespérer. Sachons seulement défendre notre bien.

Nous voici arrivés au terme de nof iv première étape.

Pendant quatre-vingt-huit ans, nous avons parcouru l'Afrique en tous sens ; au nord comme au sud, a Test comme à l'ouest, nous est apparu le même spectacle : la France, oppressée dans ses limites et cherchant sur ce continent vierge un surcroît d'air et de lumière ; r Angleterre pesant sur elle de tout son poids pour comprimer son essor. Nous avons été en Algérie, en Tunisie, en i!igypte, en Abyssinie, dans le Soudan, dans l'Ouganda; nous avons suivi les rives du Congo, du Niger, du St!mégal, du Nil : toujours, nous avons trouvé les deux drapeaux en présence. De ce simple récit, libre au lecteur de tirer tels enseignements politiques qu'il lui plaira.

Pour nous, il ne peut nous convenir de terminer ce premier volume par une conclusion qui serait h la fois incomplète et prématurée. Celle-ci vieiuira à son heure, lorsque sera achevée notre tâche et que nous aurons vu se poursuivre le môme duel sous lescieux les plus divers. Mais, après avoir raconté avec un égal scrupule nos joies des beaux jours et nos tristesses des jours sombres, nous avons le droit de nous demander s'il ne ressort pas des événements une grave leçon bonne à méditer.

Pourquoi, au moment de clove ce Vivre qui s'ouvre par le récit d'un radieux triompKp se sent-on envahi d'une invincible mélancolie? Pourq^ • r%o\x^ î^iy^, ^\ i\eçms un siècle a fait tant de grande^^^^ e^ ^^^ Xtnc^uc; ^\x\ aoas

quatre régimes différents a poursuivi la même croisade ; qui, malgré ses malheurs publics ou privés, n'a jamais interrompu sa campagne féconde ; pourquoi, dans son dernier effort, est-il retombé si lourdement? Car, il ne faut pas se le dissimuler, Fachoda est dans notre histoire coloniale moderne Téchec le plus sensible que nous ayons eu à enregistrer. Ce n'est pas que quelques landes marécageuses en moins aient diminué notre puissance matérielle, mais, comme Ta dit M. Chamberlain, dont on ne saurait trop rappeler la hautaine parole, l'incident de Fachoda est un symbole. C'est le symbole de Tabdicaiion de la France s'inclinant devant l'hégémonie britannique.

Notre cause était-elle donc mauvaise et avons-nous subi le sort que la justice lente mais sûre de l'histoire réserve aux ambitions coupables ? En parlant ainsi, on méconnaîtrait étrangement les intérêts légitimes que nous avions le droit et le devoir de défendre sur le Nil. Est-ce donc alors que notre pays ait dégénéré, que la vigueur de la race ait faibli ? N'y a-t-il plus d'hommes chez nous pour tenir au vent nos couleurs, et faut-il souscrire à Timpitoyable et dédaigneuse sentence récemment tombée d'une bouche impériale : « Il n'y a plus de France * » ? Jamais blasphème pareil ne sortira d'une bouche vraiment française, car les noms viennent en foule de tous ceux qui, sur la terre d'Afrique, soldats, marins, prêtres ou simples citoyens ont fait honorer le nom de la patrie. Et à côté de cette élite de privilégiés à qui les chances de la vie ont permis d'inscrire leurs noms dans Thistoire, combien y a-t-il de héros inconnus, perdus au fond des déserts, de la brousse ou des forêts, dont la vie entière est consacrée à mettre en pratique les instructions que Louis XVI donnait jadis à l'infortuné La Pérouse : « Faites partout connaître la France, et surtout faites-la aimer. » Certes non, le vieux peuple de France

1. Mot de l'empereur d'Autriche à un Français qui lui exprimait son regret de le voir rentrer dans la triple alliance, au lieu de se rapprocher de la France : « Hélas ! Monsieur, il n'y a plus de France ! » (liécii d'un témoin.)

tk QtESriON BV mh — LES SUITES d£ FâCHODÀ 473

îi*a pas fciilli à sa tâche, ot s'il Iraversc aujourd'hui une période aitrisiaDte Jurant huju<"lle le doule vient aux àmn*^ friiblesetciiagrines, ilsuflit, [jour reprendre courage^ Je jeter les yeux sur la jeune l^rance d'oulre-mer où germent les espérances des âges futurs.

FauL-il enlin attribuer à Taveugle destin Tentière respoïisabitité des évéuements ? Ce serait lui faire la part bien large, car lliomme est toujours maître de son libre arbitre. Aussi garJe-l-oa le di'uit de demauder compte de leurs actes aux deleateur!^ du pouvoir; de s'eiiqut.^rir si, w voulant le but, ils ont priSparé les moyens et u*ont pas laissL* au hasard le soin de s assurer du succès * », Mais a quoi bon insister? les faits pai^lent asse^ haut, et l'histoire dégénère lorsqu'elle s'abaisse au niveau Je la polémique.

Uii*on nous permette seulement ce simple voeu. Puisse la France, lors des grandes liquitlations de Tavenir, trouver des serviteurs dignes d*e]le ! En méditanl les le^^ons du passé, ils i?uuront y découvrir les fautes à éviter. Ils sauront aussi, car ee pasné, grâce à Dieu, est assez riche de gloires, y puisera pleines mains les exemples à suivre.

L a La nécessité s'impose d'une politique vigilante et avisée... qui, voulant le but» s'itiquièle deg moyens, et ne laissa point an hasai^d le soin (Je s'assurer du succès, v (Discours de M, Dolcussé, minislre des affaires étrangères ; sénat, â3 janvier 1899.)

Avertissement 1

Introduction .3

Qu'est-ce que notre empire africain?— Son manque d'équilibre,

— La question méditerranéenne et la question des voies navîgctbles.

— Les quatre théâtres de la rivalité franco-anglaise : les côlrs barbaresques, le Niger, le Congo, le Nil . 27

LA QUERELLE d' ALGER. — LES PRÉLIMINAIRES

I. — Conflit d'intérêts soulevé par la question d'Alger i^ntrt^ la France et l'Angleterre. — Politique de la France dans la Médilt- 1 nmée.

— Politique de l'Angleterre.

II. — La querelle d'Alger ainsi engagée se prolonge pendaiU \ln^i^ quatre ans. — Période aiguë du conflit. — Belle campagne (hplorflatique de la France. — Ses principaux acteurs. — Le prince de l*Hlipriac,

— Le duc de Laval. — Le duc de Wellington. — Lord Abeniron. — Lord Stuart. — Le roi Charles Xet le gouvernement de la Resta nnilion.

IIL — Premiers engagements sur la côte barbaresqur^ i ntre In France et l'Angleterre. — M. Read et M. de Lesseps à Tnriîs. — M. Warrington et M. Rousseau à Tripoli. — M. Saint-Johh, rorisui d'Angleterre à Alger.

IV. — La combinaison égyptienne. — M. de Polignac esisayc de négocier avec l'Egypte une alliance contre les régences barba rr?qu es.

— Missions du capitaine Huder au Caire. — Négociations avoc la Porte pour obtenir un firman d'autorisation. — Vive opposition de l'Angleterre. — Attitude des autres cours. — Devant le peu Hi* faveur obtenu par son projet d'alliance, M. de Polignac abandoniie toute idée de coopération égyptienne. — Rupture des négociations avec Mehemet-Ali. — L'expédition purement française est décidée . , * 3a

LA QUERELLE d'aLGER (suUe). — LA CONQUÊTE

I. — Les préparatifs de Texpédition. — Discours du trône à Paris. Effet produit par ce discours à Londres. — Confusion extrême dans les allures de la diplomatie anglaise.

II. — L'Angleterre nous offre sa coopération. — Puis elle renonce à cette idée. — Elle cherche à provoquer Topposition de rEurope.

IIL — Intervention de l'Angleterre à Constantinople. — Hésitations et embarras de la Porte. — Mission de Taher-pacha à Alger.

IV. — L'Angleterre réclame du cabinet des Tuileries des engagements précis sur le sort futur d'Alger. — Refus de M. de Polignac. — Discussions orageuses à Paris et à Londres.

V. — Derniers efforts du cabinet anglais. — Ultimatum de l'Angleterre. — Départ de la flotte. — Anxiété provoquée en France par l'attitude suspecte de l'Angleterre.

VI. — La prise d'Alger. — Armements en France et en Angleterre — Intrigues du cabinet anglais contre la maison de Bourbon et le ministère Polignac.

VIL — Idées répandues en France sur le sort futur d'Alger. — Longues hésitations du gouvernement.

VIII. — Opinion de l'Europe, et en particulier de l'empereur Nicolas, sur la même question.

IX. — Moyen dilatoire imaginé par M. de Polignac. — Négociation entamée avec la Porte pour le partage de la régence.

X. — Vive émotion à Londres à la nouvelle que l'armée n'est pas rappelée en France après la chute d'Alger. — Extrême tension des rapports entre les deux gouvernements.— M. de Laval quitte Londres.— Sa dernière entrevue avec lord Aberdeen. — Chute de Charles X. . 100

LA QUERELLE o' ALGER (SUite). — APRÈS LA CONQUÊTE

I. — État de l'affaire d'Alger à la chute de Charles X. Conséquences de la révolution de Juillet. — Opinion publique en France et sentiments du roi Louis-Philippe sur la question algérienne.

II. — Changement de cabinet en Angleterre. — Les troubles graves, qui agitent l'Europe à la suite de la révolution de Juillet, relèguent la question d'Alger au second plan.

III. — L'Angleterre se borne à faire le nécessaire pour empêcher

TAlVtE DES HAT1È1IE3

quo son silence soit pris pour un acquiescement tacite aux faits accomplis. — Elle profite de toutes les occasions pùur renoïîvelRr ses r«-*clafTi allons. — Attitude du consul Saint-John h Alger* — Incidents parlementaires et<iipïi>mati<iyes de 1832, 1833, 1838, 1842, IHH. —Vifs n« proches adressés h Lnuis-PhïUppe par lord Aberdeen. — Lard PaltiiersttiTi, tft pris(? de Coustantine et la guerre du Maroc, ^ L'afTatre de rexequatur en 18*^ t. — L'A njcrle terre cède et reconnaît la s ou verni ne t^ frttri(;aise sur f Aigrir ie.

IV, — llonctusion. — Riisanu? H appréciation de l'altitude de TAngletcrre dans la querelle d'Alger , . 157

CHAPITEE CINQUIEME

L — LViccupation de la Tunisie (*st la conséquence de la conquête de rAIgéric. — Tradition t^onslanic de la poltiiffue française à cet égard, — Traditions contraires de rilalie et de rAn|»leterre.

IL — ' Cotriinent la question tunisienne vint à être posée an congrès do Betvlin. — VoUe-l'ace de TAngletcrre.^- Entretien de loi-d Salisbury et ûii M. Waddîuf^tou. — Tunis e( \n question de Chypre.

IIL — Né^^ocialions po^lériinires «u congrès. — J/expédition Irançaise de 1881, et le traité du Bardo.— Réclamations de rAngleterre, suivies d'un prompt arrangement,

IV. — Coaclosion sur rattitude de la France et de TAngleterre dans le règlement de la qn^stion tunisienne ,..,»*..•,..-. 191

L\ QUESTION ni; NIGER. — PUEMIKRS ÉTA.BLÏSSKMENTS DE LA FBANCK SUR LA COTE OCGieENTALE d'aFRIQUR

L — Fondation de nos comptoirs du Sénégal* — Leur rétrocession par TAngle terre en 18H. — Expédition et naufrage de la Méduse^ — Les Anglais refusent dVxéculer le traité, — Comment la France finit par obtenir satisfaction,

li. — Résumé de nos opérations sur la c6le d'Afrique depuis 1814,

— Persévérance avec laquelle les Anglais les ont contrecarrées, —

— L'occupation du littoral il la dé\imiulî^>Ti ^i^^ bassins eôtiers, — Le Sénégal et la Gambie aii^lais^e. — l^, Qabotv, — La Guinée frani;aisfe et Sierra*Leone, — La GtUe il'lvoi,vç^ ^\aC^«^c tVOr- — Le Dahomeif

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et Lagos, — Ouverture i

LA QUESTION OU NIGER (suite). — LA MARCHE AU FLEUVE BT LE PARTAGE

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