‹ France et Marie (volume 2)Chapitre 20 sur 47 · AVEU · texte numérisé non relu

AVEU

prise; mais avant qu'il eût pu la témoigner, ou du moins obtenir une explication sur cette parité de but dans le pèlerinage et le gîte, Gabrielle s'avançait au devant des voyageurs dans un premier salon. Roger lui dit avec un affectueux sourire :

— Ma chère amie, je t'amène ton frère. Tâche de le reconnaître , bien qu'il soit un peu bruni par le soleil de la ligne; et présente-lui ton époux, sans retard.

— Vous, mon frère? dit Arthur Mazuël..

Ma foi, je n'en aurais pas choisi un autre, si j'en avais été le maître.

XiE CHAPERON.

La solitude exalleles regrets. C'est là que tous les fantômes grandissent. Il faut pour l'habiter, la paix, la double paix de la conscience et du cœur; n'aimer que Dieu, n'avoir point fait le mal, ou se repentir. Les gens du monde ont coutume de médire des

solitaires el ils ont leur raison : la vie isolée est une épigramme contre ce besoin de s'éviter, de sortir de soi , qui tourmente la société. D'Alembert, un chef de coterie, et Grimm , un anecdotier de salons, insultaient Rousseau à l'Ermitage. Hélas! c'est surtout quand l'amour commence à pénétrer votre ame, qu'il faut redouter de s'arrêter seul à contempler la plaie. Traversez alors la foule; le seul moment de son utilité est venu. Le frottement peut arracher de la blessure une flèche empoisonnée ; mais réservez l'isolement pour les journées heureuses; car il n'est pas vrai que le dictame croisse dans le désert.

Le caractère de Marie était bien changé depuis trois mois» Elle n'avait reçu qu'une fois encore des nouvelles de Genève; et bien que la lettre de Roger fut affectueuse et tendre, il ne promettait son retour qu'à une époque si vague et si lointaine, que l'orpheline pressa ses tantes de partir et de l'emmener avec elles à Milan.

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