‹ France et Marie (volume 2)Chapitre 34 sur 47 · T I. MO I :i · texte numérisé non relu

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armes. Marchez (|ucl(|n(i peu en avant jus({iraii portail de Saint-Gervais, afin de ^'inspirer de curiosilë à personne.

Roger ne qui l ta qu'une minute Francisque. U revint et le devança même bientôt, en cachant sous son vêlement les deux ëpees. M. Mazuel était déjà auprès du vieux temple, immobile comme une cariatide toi^nbée du porche.

— Nous ne sortirons pas de la ville pour aller du côté des Sécherons gagner un chemin désert ou l'entrée abandonnée d une carrière, dit Mazuël à Roger: quelques Iieures de réflexion ont dû vous faire reconjaaître un tort de plus. Je suis prêt à recevoir ici, je ne dis pas vos excuses, car la parenté nous en dispense vis à vis l'un de l'autre ; mais votre main pour gage de repentir.

Personne ne sait quelles paroles auraient eu la puissance de calmer le trouble et l'irritation profonde du mari de Gabrielle; mais à coup sûr celles-là n'étaient point

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destinées à opérer ce prodige. Aussi Roger ne regarda-t-il que Francisque pour toute réponse à la proposition, et son coup d'œil demandait s'il était possible de s'arrêter à cette injurieuse demande. N'ayant pas trouvé de contradiction à sa colère, il dit seulement en prenant le bras du capitaine : — Marchons!

Arthur les suivit avec résignation à quelques pas de distance.

Francisque cependant réfléchissait au peu de paroles qu'il venait d'entendre; et bien qu'il ne connut pas de vue M. Mazuël, il savait que M""^ de Lavarennes avait un frère. Il devina facilement que ce frère n'était autre que l'homme dont il devenait l'adversaire. Il hésita dans sa résolution. Roger, que déjà il était loin d'estimer à cause de sa conduite envers Marie, mais auquel il n'avait pu à l'improviste refuser un service touchant aux susceptibilités militaires, Roger lui parut plus coupable et plus haïssable que jamais. Cependant il

a vail promis d'être son second, et il suivit celte destinée avec résignation, faute d'apercevoir un moyen qui put le délier d'un engagement trop soudainement pris.

Arrivé en un carrefour où quatre chemins se coupaient en croix, l'impatient Roger s'arrêta et demanda ironiquement à son beau-fi'ère où se cachait son témoin.

— Je n'en ai pas, répondit froidement Mazuël. Je ne supposais pas en avoir besoin; mais si vous me réduisiez à m'engager en une action que j'abhorre, Monsieur que voilà, et qui paraît avoir votre contiance, voudra bien me permettre de lui donner la mienne. Il suffira à garantir la loyauté d'un combat sur lequel l'époux de ma sœur n'a point d'intérêt, je pense, à attirer les yeux.

Francisque , qui était loin de renoncer à l'espérance qui préoccupe toujours l'homme d'un vrai courage appelé à assister à un duel : celle d'y mettre un obstacle, répugnait à invoquer pour séparer ici les champions des liens de famille trop fré-

quemment bravés; mais dès qu'il eut entendu la déclaration de Mazûel :

— Messieurs, dit-il, votre combat est ajourné. J'aurai un camarade , ou je me retire. Les usages du régiment s'opposent à ce que je vous seconde à la fois l'un et l'autre. L'honneur est comme la justice , et c'est la première justice de toutes: il dit que là où il y a un seul témoin, ce témoin est nul. Ajournez, je le répète, ou ce qui est mieux, abandonnez votre projet.

Il vit que, bien qu'ébranlé un moment, Roger allait persister dans une résolution funeste; et pour déconcerter tout-à-fait cette colère et faire échouer la rencontre, Francisque n'imagina rien de plus décisif que de s'éloigner sur-le-champ. Il espéra que le duel était devenu impossible.

Mais les deux adversaires avaient à peine perdu l'officier de vue, que Roger dit à son beau- frère :

— Je vois que j'aurais eu tort. Monsieur, de compter sur vous pour me rendre un

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service, c'esl-à-clire iii'oler la vie devenue odieuse. Je n'avais que cette idée quand je suis venu ici ; j'en emporterai deux : c'est que vous êtes un homme d'une rare prudence! On est sûr d'éviter un combat, quand on s'y présente désarmé.

Et en disant ces paroles, il jeta les deux épées aux pieds d'Arthur. Dans la vivacité brutale de cette action, il ne s'aperçut pas même que la pointe de l'une d'elles avait atteint le pied de son beau-frère. Le sang coulait cependant avec abondance.

Mazuël releva les deux fers, et présentant au furieux une des poignées :

— En garde! lui dit-il sans s'émouvoir.

Roger, qui véritablement ne cherchait que l'occasion de mourir, se découvrait périlleusement. A chaque minute il offrait à Arthur les chances du triomphe; mais celui-ci avait comme son adversaire une idée arrêtée, celle d'épargner des jours qui lui étaient encore sacrés. Enfin le jeune et insensé séducteur de Marie se précipita si

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aveuglément sur l'épée qu'on lui opposait, qu'il fut blesse, et du même coup atteignit le savant. Le savant ne cîiancela que quelques secondes et tomba sans aucune plainte sur le gazon.

Une vive terreur saisit Roger à cet aspect. Il aperçut de loin arriver quelques promeneurs, et unissant à la fois des impulsions d'humanité, de crainte, et celles d'un sentiment plus impérieux encore, il fît un geste pour attirer de ce côté les secours , et s'éloigna. La plus despotique pensée qui l'occupât toujours [l'empêchait de songer à sa blessure. Ce ne fut que près de rentrer dans la ville qu'il y apposa son mouchoir et croisa soigneusement son habit, afin d'en dérober les l races.

Francisque, dirigé vers l'habitation secrète de Marie, s'était résolu cette fois à tout braver. Il triomphait enfin des mille indécisions qui l'avaient toujom^s arrêté tians le projet d'éclairer rorpheline et de

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