I.K TÉMO.n
la sauver au bord de l'abiiiie. Mais il elait du destin de la pauvre Marie de rendre élernellement vains les efforts faits pour lui découvrir la vérité. C'était là une des fatalités, un des malétlces de sa vie. Nous avons vu échouer vingt entreprises qui devaient désiller ses yeux. Le long du rempart de la ville et non loin encore du lieu du combat, Francisque fut atteint par le pas précipité d'une femme qui semblait devoir prendre la même direction que lui. Quand elle passa à ses côtés sans le voir, il reconnut Gabrielle. Gabrielle, avec l'instinct que le malheur rend subtil, s'était aperçue des mésintelligences nouvelles de son frère et de son mari. Elle avait démêlé, dans le courroux de l'un et dans l'affliction de l'autre, l'indication de quelques projets vagues et funestes. Entrée dans le cabinet de Roger furtivement, elle n'avait plus retrouvé, appendues à lamuraille, deux épées de combat qui ornaient ordinairement le chevet de sa couche. C'en étaii assez pour
ouvrir un champ vaste à toutes les suppositions de sa terreur. Roger et Arthur étaient absens à la même heure : voilà des présomptions plausibles. Et elle était sortie sans s'être rendu compte du lieu où elle porterait ses pas. Allait-elle vers ces chemins écartés qui se croisent pour aborder aux Sécherons, parce qu'elle savait qu'à d'autres époques ces Messieurs s'étaient rendus là pour s'exercer au tir? ou bien, trop certaine que Marie serait informée avant elle du sort de son époux, se rendaitelle, malgré l'évidente imprudence de cette démarche, dans le domicile de l'orpheline? Francisque, à qui cette dernière supposition ne vint pas, crut comprendre au désordre de la comtesse et à l'altération de ses traits , que l'inquiétude pour les deux personnes qui lui étaient presque également chères était la cause d'un trouble si visible; et sans calculer l'à-propos de sa .question , sans être arrêlé même par sa timidité si habituelle :