I.L TKMOIli. 28.J
fi'onl (lu blessé, pendant que les porteurs se reposaient quelcjues minutes à l'écart: ce furieux a osé porter la main sur son frère! Peut-être si vous eussiez élé autrefois près de nous, Arthur, et non emporté alors par votre fatale passion des voyages, vos conseils nous auraient épargné à tous bien des maux. J'aurais peutêtre pu lui sauver la vie, sans l'épouser.
— Mon ennemi n'était point Roger, dit Arthur. Vous êtes dans l'erreur; ce n'est pas contre lui que je me suis battu, ma sœur. Mon vainqueur, que je ne puis nommer, a pris la fuite après l'issue de cette rencontre. Roger était mon témoin, comme Monsieur était celui de notre adversaire. Et en disant ces mots, il adressait à Francisque un regard d'intelligence. Roger, ajoutait-il, est allé, de son côté, me chercher ces secours, que les vôtres ont prévenus.
Gabrielle hochait sa blonde tête et montrait plus éloquemment encore son incrédulité par quelques larmes.
On arriva à l'hôtel.
— Mon fils ! demanda M™e de Lavarennes, dès qu'elle eut franchi le premier seuil.
Le concierge aurait su répondre à cette question inattendue, que la mère ne lui eût pas donné le temps d'ouvrir la bouche. Elle avait déjà dépassé le péristyle , monté les degrés du premier étage, traversé toutes les pièces d'un vaste appartement et ouvert le cabinet retiré où reposait à cette heure l'enfant de Roger , Roger dont le malheur avait été si contagieux pour tout ce qui respirait à ses côtés.
Le cabinet était désert : le berceau de l'enfant déjà froid.
— Où est Justine?
^Justine avait pris la fuite à la découverte de la disparition de son élève; mais elle n'avait dit son secret à personne. Son absence pouvait être interprétée par une promenade qu'elle eût voulu hasarder pour faire respirer l'air à l'enfant.
Celle idée calma un momenl les horribles baltemens du cœur de la mère. Elle |)UL s'asseoir quelques minules; mais les ténèbres s'épaississaient.
Toute promenade , elle l'avait interdite après le coucher du soleil, maigre l'indulgence du médecin. Ce silence qui régnait en un lieu si animé toujours par la chanson de Justine, les cris et surloiu les rires accoutumés de son fils, retentissait au cœur de Gabrielle avec une affreuse éloquence. Elle vole à l'appartement de Roger : rien n'a changé d'aspect! Elle revient à la chambre de son fils : rien n'y a été dérangé non plus depuis cinq minutes! Elle va compter sa peine à Arthur que le chirurgien torturait en ce moment , sans s'apercevoir qu'il peut y avoir un autre intérêt au monde que celui qui l'occupe , et sans remarquer que son bon frère ne sent plus la main qui sonde sa plaie pour adresser à sa sœur des paroles de
calme, d'espérance, el opposer un sourire (Je sécurité à des douleurs qui lui font oublier la sienne. Gabrielle descend dans la cour de sa maison; appelle; traverse en courant et en criant le jardin immense; regarde avec horreur au fond de la fontaine, remonte; se roule avec désespoir sur le tapis de la petite chambre d'Arthur ; mord le parquet; ses cheveux se délient: elle va devenir folle, quand un papier qu'elle avait enseveli elle-même sous les couvertures du berceau, en y cherchant son enfant comme on cherche un anneau, un hochet de corail, vole sous ses efforts nouveaux et tombe à ses pieds. Elle se précipite pour le saisir: elle reste à genoux pour le lire, et elle y distingue ces mots tracés au crayon, mais avec des caractères connus : — « Votre en- « faut est avec moi. »
Alors elle put plenrer. Son angoisse était loin d'ctre dissipée; des craintes renaissantes montèrent à son cerveau presque
subitement; mais Arllmr vivait ; elle pourrait le revoir un jour, et ne fût-ce qu'une fois avant de mourir. Elle put pleurer, la pauvre mère! et elle attendît long-temps, à genoux encore et les mains jointes.
Elle attendait une révélation nouvelle avec plus d'ardeur que le condamné n'attend ia vie.
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