‹ France et Marie (volume 2)Chapitre 40 sur 47 · I,C COLLIER DE HLKI.KS · texte numérisé non relu

I,C COLLIER DE HLKI.KS

corj)s si souple élevé sur des pieds mal surs, il indiquait le désir qu'elle le reprît dans ses bras.

Le billet de Francisque donnant les moyens d'arriver à la demeure de Cécile , fortifiait dans l'esprit de Marie la pensée qui lui vint assez vite de consulter sa mystérieuse amie sur l'embarras où la mettait une telle conjecture. Roger qui avait annoncé deux beures d'absence pouvait consumer un temps plus considérable; d'ailleurs il attendrait, s'il était nécessaire : et les éternelles ténèbres dont il enveloppait sa conduite justifiaient assez d'avance une résolution prise sans le consulter , une démarche faite à son insu.

Gabrielle, de son côté, avait sur-le-champ pensé à Marie dès que l'écrit de Roger fut tombé sous ses yeux. C'était dans Fasile qu'elle connaissait qu'elle eût soudain cherché son fils, si elle n'avait été retenue en laissant un nouveau cours à ses larmes et en mordant ses lèvres déjà meurtries,.

294 CH/VPITRE XVII.

par la crainte d'aggraver son péril pour avoir cherché trop vite à en sortir.

— Il est là! dit-elle, Roger n'a-t-il pas pu disposer pour un instant du fils qui lui appartient ; vouloir, dans un mouvement d'orgueil dépravé, le montrer à celle qu'il me préfère? Il me le rendra; ils vont me le rendre! S'il eût voulu me le dérober, m'aurail-il prévenue et avertie? Non, non; Roger n'est qu'égaré et en démence. Il n'est pas méchant ; il ne peut vouloir la mort de son Arthur, car ce serait le tuer que lui arracher sa mère. Allons! il ne faut montrer ma peine à personne; il ne faut pas dire que je ne savais rien. Mon devoir est de prendre patience et d'épargner jusqu'aux soupçons qui pourraient tomber sur mon mari. C'est mon mari enfin; et il est de moitié dans ce trésor. — Lui! mon Dieu! se reprit-elle avec indignation. Et j)ar quel abus de l'inégalité entre les conditions de deux époux , a-t-on pu arriver à établir que le fruit de nos entrailles appartient comme

LB <,0I.I.IKR l>IC PliRkE&. ?9<>

a nous à l'étranger qui lui a donné l'être en un moment d'insouciance ou de délire? L'a-t-il douloureusement porté? l'a-t-il conduit dans les tortures jusqu'à respirer seul l'air que j'ai long-temps respiré pour tous deux? L'a-t-il nourri, veillé, apaisé, aimé? aimé surtout la centième partie de l'amour qui m'a incessamment brûlée de- ])uis la première minute où je l'ai senti, là, s'émouvoir dans mes flancs ?

Et puis l'idée lui vint d'aller rôder au moins autour de l'enceinte où devait être son fds. Elle prit un voile el une pelisse , sans s'apercevoir que la nuit allait tomber. Elle ne fut retenue que par cette réflexion : — Mais si Roger me rencontrait sur la route ! Qui sait si le dépit de ma démarche, la découverte qu'il ferait ainsi de la connaissance que j'ai de ses mystères, le manque de conliance surtout que j'aurais ainsi en lui ne le porteraient pas à abuser une autre fois de son pouvoir, et à me ravir plus long-temps mon idole? — Ah! voici

2i9t) CHAPITRE 5Yir.

les étoiles qui paraissent. Oh ! levez-vous l montrez-lui bien qu'il est lard , que c'est l'heure de rendre un enfant à sa mère; car enfin il aura froid, le pauvre enfant : la rosëe est si pénétrante ! — Mais qu'en fontils tous les deux de mon fils? Cette orpheline que je plaignais autrefois, maintenant que je la hais! Elle aura osé, j'en suis sûre, porter ses lèvres sur le visage de mon fils. Si j'en savais la place, avec quel soin j'en effacerais la souillure, et jamais je n'y poserais ma bouche!

— O pauvre Marie! pardonne, se disaitelle un moment après : mais rends-le-lui; allons! laisse-le passer de ies bras à son cou. Enveloppez-le bien! Je ne sais si son père a emporté un schal, un manteau pour le couvrir. Ces hommes sont si avares de précautions et de soins adroits!

EtGabrielle prononçait tout bas ces mots sans suite, du hautd'un balcon qui donnait sur la cour extérieure et s'ouvrait en vue du chemin par où Ton pouvait venir. Car si

Page 1