‹ France et Marie (volume 2)Chapitre 42 sur 47 · LB COL I.IKR DU PERI. K S · texte numérisé non relu

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El la jeune (ille (jiii réponcJail ainsi au Suisse, tenait sous les plis de son manlelet un enfant précieusement voilé.

M"'e de Lavarennes faillit se précipiter sur elle , lui arracher son bien comme ferait la lionne en courroux, et lui crier en la chassant de cet asile :

— Malheureuse ! que viens-tu faire ici ?

Mais le bonheur maternel l'avait déjà calmée ; déjà elle avait compris que le plus léger retard , le moindre débat prolongé entre le concierge et Marie, pouvait exposer la découverte d'un secret qui faisait encore la sécurité de trois personnes ; et sans s'expliquer comment M"* de Chavigny avait pu arriver jusqu'à elle , porteur de son fils, ignorant comme elle le disait ellemême le nom de la maîtresse de cette maison, elle vola à sa rencontre.

La présence de M"i^ de Lavarennes trancha toute discussion : elle entraîna l'orpheline et la fit passer avec elle jusqu'au fond le plus reculé de son apparte-

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ment. Nulle question à élever ne pressait impérieusement ia mère ; car en paraissant soutenir sous le bras la visiteuse qui montait l'escalier, c'était son Arthur que sous les voiles elle touchait d'une main frémissante. A travers le mantelet, elle avait reconnu cette voix moitié endormie qui murmurait comme par une inspiration instinctive : Maman!

Il était temps que les deux dames arrivassent en une retraite aussi impénétrable que l'était le boudoir de Gabrielle. Car si elles avaient intérêt à ne pas être surprises ensemble, un homme entrait précipitamment dans la maison et presque sur les pas de Marie. Gabrielle reconnut Ro^er. Mais elle ne perdit pas le sang-froid qu'elle avait retrouvé, et toute cette présence d'esprit que le seul retour de son enfant venait de lui rendre. Elle poussa légèrement Marie au fond du boudoir, referma soudainement la porte, et se mit à marcher au devant de M. de Lavarennes. Elle avait fait deux pas

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à peine, que Roger avait franchi toutes les distances. Ils se rencontrèrent dans le salon même qui précédait immédiatement ce dernier réduit. Roger était loin de soupçonner que Marie et son enfant fussent enfermés là! Séparé par une seule porte de son double bien, il était prêt à le redemander au monde entier, lui qui en avait disposé assez témérairement pour mériter de le perdre. Il tomba presque sans connaissance aux pieds de Gabrielle.

Marie, depuis long-temps partie de sa maison assez éloignée de celle de sa rivale , s'était égarée sur la route. Elle eut consumé plus de temps encore à faire un trajet où la peur l'avait plus d'une fois arrêtée,^ si un jeune homme, dont elle crut reconnaître l'allure, malgré le sarrau bleu qui le déguisait, ne lui eut indiqué sa route dans l'accent d'une langue étrangère, assez visiblement contrefait. Pendant ce temps , Roger était revenu chez Marie. Et là, ne trouvant plus ni sa maîtresse ni son enfant.

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il s'élait cru trahi, comme lui-même il trahissait. La fièvre et la faiblesse qui se combattaient en lui avaient bouleversé ses idées exaspéré tous ses sentimens. 11 était entre Tanéantissement et la folie.

Gabrielle n'avait aucun projet arrêté.

Elle profita néanmoins du premier abattement de son mari pour lui parler de l'état de son frère et lui faire comprendre qu'elle ne le jugeait pas, lui, responsable du sort de Mazuël.

— Eh! s'agit-il de Mazuël? s'écria Roger, en se relevant comme le délirant malade qu'a dompté le transport au cerveau. ïl s'agit de votre enfant et d'Elle. Où est-il votre enfant? le savez-vous , imprudente et impardonnable mère? deviez-vous le quitter d'une minute? Vous vous êtes laissé voler mon fils et vous en répondrez devant Dieu. C'est vous qui avez causé ce crime !

La douleur du père attendrit d'abord Gabrielle. Elle se sentit disposée à calmer

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celle peine et à rassurer ce désespoir ; mais les reproches qu'on lui adressai! , l'absuiditë des plaintes dissipa l'aUendrissemenl qui la gagnait. Elle vit, même dans l'action de prolonger cette erreur et de laisser le coupable en proie à son tourment horrible, un châtiment à peu près juste des angoisses qu'il avait causées. Et pourtant la mère était indulgente encore à son insu. Si elle avait deviné, si elle avait pu comprendre à quel abandon l'avait réservée cet homme sans pitié, ou plutôt sans raison!

Marie, à qui Gabrielle, interdite et pâle, n'avait dit en la laissant seule que ces mots:- «Laissez-moi éconduire cet homme.

« Je reviendrai : amusez l'enfant et empê- « chez qu'il ne nous trahisse, » Marie s'était assise sans résistance. Elle se demandait à la vérité comment on avait pu si tôt reconnaître la nature du fardeau dont elle était dépositaire, et pourquoi sa présence inspirait ici à la fois tant de précautions et du trouble ; mais elb était si consolée de

se sentir protégée, elle s'applaiidissaii si naïvement d'avoir eu le courage d^ venir confier son secret et son sort à sa tranquille amie, qu'elle s'arrêta peu à Télrangeté de sa position , et sentit descendre en tous ses sens et se glisser dans ses veines comme un baume de contentement, comme un présage de calme et d'espoir.

La lune se levait majestueuse et douce sur le désert silencieux du lac. Ce cristal profond étendu à ses pieds apporta dans le cœur de l'orpheline toute la sérénité de ses flots. A peine si la brise du soir ridait passagèrement quelques places et faisait trembler l'image des étoiles dans l'azur transparent de cet abime. Pas une voile ne passait à l'horizon, comme si les pêcheurs avaient redouté un lointain orage. La cime des coteaux était tout argentée , tandis que leurs flancs s'enlevaient noirs et sévères sur cet horizon vaporeux. Le sillon étincelant que traçait sur les eaux le rayon du

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croissant lumineux amusait les lei^ards de l'enfant. Il se soulevait de joie dans les bras de Marie; il frappait ses petites mains l'une contre l'autre comme pour a[)plaudir à ce spectacle, et les étendait ensuite comme s'il eut espéré saisir un de ces reflets.

Marie, absorbée dans des réflexions infinies , était revenue toute à la pensée de R-oger, à la molle faiblesse de son propre amour et à la crainte surtout d'avoir alarmé son protecteur, s'il venait à rentrer avant elle dans la maison abandonnée. Ses soupçons se calmaient, avec moins de motifs encore qu'ils ne s'étaient élevés. Il y avait réaction de sa crédulité contre une défiance pourtant naturelle. Mais tel est 1 aveuglement d'un cœur épris , qu'à foice d'aller au devant d'une justification désirée, on finit par accueillir les présomptions les plus vagues en faveur d'une innocence impossible. Pour une seule raison de croire que cet enfant fut celui de Roger , n'y en avait-il pas mille d'expliquer autrement son intérêt

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