‹ France et Marie (volume 2)Chapitre 43 sur 47 · II · texte numérisé non relu

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pour celte créai ure ? un ami pauvre , la mort imprévue d'un parent, le hasard peutêtre de l'avoir présenté jadis au baptême. Marie enhardissait ainsi toute espèce d'erreurs; elle allait au devant; elle aspirait pour ainsi'direla justification de son amant; et pendant ce temps elle ne s'apercevait pas de ce qui occupait très gravement Arthur. Elle avait oublié de surveiller son action , mais non cessé de le porter à son cou ; et Arthur avait glissé sa main entre les épaules de la jeune fille et le collier de perles dont elle était parée ; il avait cassé le seul fil qui formait la chaîne, et quelques unes des perles étaient tombées sur le parquet sans que Marie s'en fût aperçue. Quelques autres glissaient dans son sein; mais le plus grand nombre restait attaché encore et retenu par une main de l'enfant, qui, de l'autre, les enlevait tour à tour et les jetait en souriant dans l'eau. Il se penchait pour leur voir former de petits cercles. Le

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lac élail tout cliargë de pliospliore; chacun des cercles ëtail lumineux.

La raffale descendue des monts de la Savoie fit d'abord moutonner le lac. Rien n'est juste autant que cette image créée par une pittoresque expression des pêcheurs.

A voir en effet d'innombrables vagues qui, toutes pareilles de hauteur et de forme , blanchissent de loin sous l'écume, vous diriez sur un pré sans limite un troupeau qu'aucun berger ne garde. Puis les échos des grèves de Lausanne répondirent au mugissement sorti des nuées qui planaient sur les sommets du Mont-Blanc, et le tonnerre emplissait tout l'espace de ses imposantes et sourdes menaces^.

Toutefois Marie entendait, à travers l'épaisseur de la seule porte qui la séparât du salon , des accens confus; elle eut peur d'être surprise et fit légèrement glisser un verrou. Ce qu'elle entendait, c'étaient les paroles affaiblies de Roger qui, passé de

l'exaltation nerveuse à la faiblesse que lui causait la perte de beaucoup de sang, se défendait contre l'empressement affectueux de Gabrielle à vouloir examiner et faire panser sa blessure.

— Notre Arthur! encore une fois, répéta le père.

— Devais-je en être en peine autant que vous le dites? répondit M™^ de Lavarennes. Et elle avança' sous les yeux de son mari le lambeau de papier où il avait écrit luimême : « Votre enfant est avec moi. »

— Ah I misérable insensé ! soupira Roger en élevant des plaintes plus déchirantes. J'ai donc signé mon arrêt de ma propre main ; j'ai donc reconnu que j'étais l'artisan de ma ruine et le bourreau de tout ce que j'aimais.

Marie crut en ce moment reconnaître celte voix; elle tressaillit de tous ses membres.

— Calmez-vous, disait Gabrielle à Roger.

Dieu est meilleur que les hommes; il n'aura pas abandonné noire innocent Arthur.

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Marie avait collé son oreille contre la poile, et resta avidement attentive.

— Mais vous ne savez donc pas, poursuivit Roger, vous ne savez pas combien je suis coupable ? combien j'ai mérité que le ciel retire de moi sa miséricorde !

L'orage grandissait à chaque minute et la voix de l'orage couvrait tout autre bruit. Haletante, éperdue, Marie déposa Fenfanl sur un siège, alla pousser les deux venta ux de la fenêtre restée ouverte, espérant concentrer ainsi les sons qui lui arrivaient de l'intérieur et se recueillir contre l'égarement qui commençait à s'emparer d'elle.

— J'ai, dit Roger, trahi tout ce qui s'est attaché à moi, l'innocente jeune fille dont vous connaissiez l'existence et dont j'étais l'unique protecteur. Les deux êtres les plus sacrés dont m'eût rapproché la providence, j*en ai fait le malheur et j'ai mérité le mien. S'il faut que cet enfant nous soit ravil...

310 CHAPITRE WÏI.

Gabrielle reprit ses terreurs malgré l'assurance qui ne pouvait lui échapper ; et par un dernier mouvement d'amer ressentiment, de vengeance contre le ravisseur, cédant à un courroux qui voulait s'exagérer pour finir :

— Si j'étais à votre place, dit-elle, j'en mourrais!

— Que fais-je donc? répondit Roger en passant furtivement une main sur sa poitrine déchirée.

Gabrielle se repentit à l'instant d'une parole si impitoyable; et d'une voix où le père ne pouvait méconnaître une sécurité qui n'approche jamais de la mère sans garantie des jours de son fils, elle lui dit :

— Espérez î

— Oh! ne m'abusez point par une pitié digne de l'enfer, reprit l'amant de Marie. Laissez-moi d'un seul coup me faire justice et périr.

— Espérez ! répéta plus doucement ]V1"'*= de Lavarcnnes; et son regard ne craî-

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gilit plus (le rencontrer celui de son mari.

— Vous m'avez déjà sauvé le jour, Gabrielle; vous pouvez faire davantage encore. Apprenez - moi le sort d'Arthur si vous le savez, et celui de l'innocente orpheline. N'éliez-vous point la mystérieuse protectrice de son sort? N'étiez-vous pas cette amie qu'elle a voulu me faire connaître? Oh ! dites-le ! Je renonce à tous les sentimens aveugles. Je n'ambitionne que votre bonheur à tous, et le vôtre le premier; vous dont j'ai pu oublier le titre sacré : celui de ma femme.

La porte du boudoir gémit, comme si un corps glissant le long de sa hauteur se fût affaissé sur le seuil.

Arthur s'était levé; et il s'attachait doucement à la robe de Marie avec cette grâce lyrannique des enfans qui veulent sans cesse qu'on soit occupé de leur frêle existence.

— Gabrielle ! vous m'avez arraché une fois au trépas et à son ignominie; c'était

de vous et de votre félicité qu'il fallait s'occ'^^er ayant toute chose. Ame privilégiée, vous u'avez pas connu les terribles passions! Périssent désormais plutôt que votre repos, plutôt que d'empoisonner les jours de la mère de mon fils, et moi-même et Marie , destinée au malheur, et la naissante créature sortie de mon sang.

La fenêtre du boudoir se rouvrit violemment; elle élait repoussée par le sinistre effort de la tempête qui tourl)illonna autour de Marie.

Marie se releva à ce blasphème, comme ,à un signal de la colère de Dieu.

— ïpi.?.. dit-elle en repoussant Arthur, tu es donc le fruit d'un autre amour? — Voilà l'infâme secret découvert! — Toi, tvi es le sang de ses veines? Ecoute la malédiction que ton loyal père vient de pronpncjs^ sur toi. Va la subir, cette sentence, créature ingrale et maudite !

Puis, avec la mobilité des impressions d'une folle ;

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