‹ France et Marie (volume 2)Chapitre 44 sur 47 · I. E COI. L'ER DK PKKLES · texte numérisé non relu

I. E COI. L'ER DK PKKLES

— Oh ! non , pauvre enfant! non, je ne t'en veux pas , se reprit-elle. Ceci n'est ni ta faute ni la mienne. Kéfugie-toi dans un meilleur monde ; évite ton sort; vas échapper au malheur de connaître, et à la puissance de Roger. Ange qui me souris encore, va-t^en dans le pays des anges

Gabrielle,^ à travers les vents et la pluie, distingua comme un cri plaintif et un sourd retentissement envoyés par les échos du lac. Ce bruit Tavait fait pâlir; mais elle se remit bientôt, parce qu^elle vit que le même bruit avait frappé son mari mourant , et qu'elle fut obligée de répondre à cette question pressante :

— Il y a quelqu'un dans ce cabinet ?

— Oui ; et demain, cfit-elle pour donner le change à sa propre anxiété, vous reverrez votre enfant. Au nom de sa pure innocence, les offensés vous pardonneront peut-être , si votre vie surtout se consacre à expier des

erreurs ei à consoler les victimes. Le voulez-vous?

— Je ne puis ! murmura Roger avec Taccent d'une culpabilité sans espoir. Je serai bientôt, moi, à l'abri des dëchirans reproches; mais jamais la pauvre Marie ne retrouvera la paix, en apprenant quel homme est votre époux.

Gabrielle écouta de nouveau avec une croissante inquiétude.

— -Mais qui est donc dans cette pièce?

insista Roger, en balbutiant.

— Vous le saurez.

— Ohî laissez-moi y pénétrer sans relard.

— Parlez bas , malheureux : c'est votre victime ; épargnez du moins la raison qui lui reste.

— Quoi ! Marie !

— Et notre enfant.

— Ma bien-aimée Marie ! s'écria Roger en délire , mon cœur est à toi malgré Dieu qui me frappe.

Et il se précipita. 11 ébranlait la porte;

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elle était fermée. Il appelait Marie, Marie et Arthur ! 11 confondait ensemble ces deux noms. Enfin, par un effort surhumain que produisent seuls la fièvre, la démence et le dernier élan des forces qui tombent, il la renversa cette porte. Puis, sur ses débris dispersés, il entra dans cet étroit asile ; et là, regardant autour de lui, avec les yeux hagards et la chevelure hérissée :

— Il n'y a personne î dit-il.

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Le voyage dont on voudrait ici esquisser les principales aventures est celui de la pensée humaine quand elle va du poète au lecteur, du cerveau qui Ta conçue à la foule qui la juge, du producteur au consommateur. Ce qu'on voudrait essayer

à suivre serait le cours de ce fleuve assez mystérieux dont la source, d'abord timide et pure, se charge de limon en marchant , s'entoure d'obstacles, subit mille dëlours, et disparait trop souvent sans profit au fond du public distrait, la mer la plus turbulente et la plus ingrate de toutes. Ce tissu de mécomptes est tout une Odyssée. Il peut servir à expliquer la médiocrité de nos œuvres , et il n'est jamais trop tard d'entreprendre à le retracer. Accompagnons un peu dans sa route une pensée qui , méditée avec amour et sortie brûlante d'un cœur solitaire, n'arrive jamais à l'étranger qui lui. est hostile avant de la connaître, qu'après avoir été en butte à mille tribulations interposées entre son point de départ et son point d'arrivée.

Tous les arts , excepté l'art d'écrire, se produisent avec éclat et au grand jour. S'agit-il d'apprécier !a peinture, la sta-î tiiaire? les lumièies savantes et les cadres d'or, les galeries silencieuses ou les musées

splendides sont comme la préparation favorable et l'initiation précieuse à Teffet de Foeuvre qui va être exposée. La tribune et la cbaire ont le geste et la voix. Le tbëâlre a des solennités enivrantes. D'habiles acteurs y donnent la vie et le mouvement aux pensées du dramaturge. Des femmes prêtent une grâce absente, des sens et une ame aux notes quelquefois bien stériles du vague musicien. La danse elle-même, la plus frivole des Muses (comme on imprimait en 1690) ne se hasarde qu'en réclamant l'appui de ses sœurs; et tout un cirque est là, dont l'émotion générale double en chacun l'impression électrique qui naît de tous ces prestiges. Comparez un peu à ce triomphal appareil la morne apparition d'un volume. Il arrive sans introducteur ni interprète. Tombé sur votre table, silencieux et renfrogné, il replie ses feuilles sur lui-même comme le chou soucieux qui craindrait de laisser pénétrer quelque insecte jusqu'à son cœur. Il ne se montre

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