‹ France et Marie (volume 3)Chapitre 19 sur 31 · L AC T R I C E · texte numérisé non relu

L AC T R I C E

timide quand les formidables verroiix les enfermèrent dans la chapelle ? Nous oserons le décider ; car un acte de vertu accompli porte avec lui une douce assurance ; et l'amour vrai tremble et balbutie long- temps. Pvoger fut donc le plus ému des deux. En peu de paroles , il confirma et ses espérances fondées et la promesse de s'en remettre tout entier à sa providence nouvelle. Mais son plus impérieux besoin fut de tomber aux genoux de sa libératrice, non pour la remercier de la vie sauvée, mais du bonheur promis, mais pour lui faire hommage de son ame. Il lui semblait que la présence des hommes avait nui à son hymen ; que le prêtre avait moins consacré l'union que ne venait de faire ce moment de prière et de solitude, où Dieu seul était admis à la sincérité des sermens. Gabrielle , à saisir de si ardentes et de si chastes paroles , fut étonnée à son tour. Elle aussi parut comprendre qu'il y a dans le recueillement de deux cœurs en

CIIAPITRIC vir.

présence l'un de l'autre ini engagemeni plus religieux qu'en toutes les solennités , une union plus intime et plus forte cpie celle qui réside dans la précaution des lois et l'appareil des temples. Elle sortit enfin de ce court entretien avec plus d'estime pour son époux et plus d'orgueil pour elle-même.

Quand elle fut réunie à son frère, et que la porte en retombant n'enferma plus dans celte prison que l'air parfumé qui avait erré autour d'elle, Roger ne comprit pas quelle puissance avait pu le séparer de sa bienfaitrice : comment ses bras ne s'étaient point encliaînés pour la retenir ; comment à ce départ son cœur ne s'était pas brisé. H baisa le siège où elle avait reposé , et chercha dans la poussière la trace de ses pas.

Mais les événemens ne se firent pas attendre. Dès le lendemain les plaidoiries s'achevèrent, et durant la nuit suivante, employée par Roger à écrire à (iabrielle,

T. ArTRICE.

le tribunal spécial de la Seine délibéra sur l'application des diverses peines.

Pendant cette nuit d'angoisse et d'attente pour Paris tout entier , Gabrielle sentit s'ébranler son courage. — Qu'avons- Rous fait? disait-elle à son frère. S'il devait périr sur un échafaud , ce malheureux Jeune homme !

— Son nom n'en serait point déshonoré , répondait Eugène. Mais il n'est point coupable, il ne périra pas. C'est un noble cœur , il eût été incapable d'accueillir une lâche espérance et d'accepter sans profit ton dévouement. Crois en lui. Je crains , bien plus que la sentence , une révolte des amis de Moreau. On voudra peut-être soustraire le général à Texil. Ecoute le bruit sourd des canons qui se traînent dans l'ombre à travers cette grande ville. On prévoit une résistance armée. On pourvoit déjà de munitions l'Ecole-Militaire, les casernes et la forteresse de Vincennes. Prends courage, ma pauvre amie'

Eugène se rendit le lendemain, dès le point du jour, au Palais de Justice. Les approches en étaient plus hérissées que jamais de soldais et de surveillans soupçonneux. 11 parvint toutefois à pénétrer dans la salle où se tenaient réunis les accusés et les juges, bien que la populace fût plus affamée ce jour-là encore d'un spectacle pareil. Il s'agissait de voir pour la dernière fois les prévenus rentrer à l'audience, et d'épier sur leurs visages les impressions qu'y viendrait peindre successivement la lecture (les condamnations.

Roger démêla dans la foule son beaufrère, et lui fit un signe d'espérance. Il avait long-temps cherché aussi les yeux de Georges, mais sans parvenir à les rencontrer. Enfin, son attention fut distraite par un troisième objet : c'était un jeune sergent qui, parmi les gardes qui entouraient les condamnés, paraissait contempler tour à tour Cadoudal et lui avec un intérêt profond. Roger se perdait à accorder là des-

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sus de confus souvenirs, quand la lecture de l'arrêt commença. Cet arrêt frappait de mort vingt accusés. Roger de Lavarennes se trouva compris dans la liste.

Pâle et plus malheureuse encore d'avoir à affecter quelque sécurité, Gabrielle entra dans le cachot avec son frère, presqu^lu même moment où le condamné y fut reconduit.

— Eh bien! dit Eugène avec abattement.

— Eh bien! répondit Roger à Gabrielle en lui prenant la main et se hâtant d'y déposer une requête soigneusement cachetée afin de ne pas prolonger la douloureuse anxiété, voici les lettres de grâce que je me suis.expédiées cette nuit. Je m'en remets à vous maintenant du soin de les faire parvenir.

Gabrielle lut avec effroi la suscripiion : « Au Général premier Consul de la république. »

— Mail vais court isan ! dit Eugène, il est un

OHAPITBE Vil

titre impérial qiîidéjàleflaileraitdavaiitage. Et ne saurons-nous point ce que contient la mystérieuse requête?

— L'unique recommandation que j'ose faire , dit encore Roger s'adressant à la jeune femme , est de ne jamais me demander ce secret-là. Toute la grâce de votre démarche est de l'ignorer, Gabrielle. Faites que cette lettre arrive, et au plus vite, et ce soir s'il est possible. Employez, pour que le Consul la lise lui-même, et seul, tout le crédit dont on peut disposer sans recourir à Valancourt. Mais surtout...

■ — Je connais la famille de Lapagerie, dit ]Vl"ie de Saint-Alverte, et je suis certaine que M'»'' Bonaparte...

— Mais surtout, acheva le condamné, n'employez point l'intercession de 31'»^ Bonaparte! C'est la plus noble et la plus clémente des personnes qui peuvent approcher le générai ; mais gardez bien qu'ici, comme à l'ordinaire, elle soit Tinlermédiaire des affligés et la consolatrice des sup-

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plians. Tout le succès est attaché à ce qu'elle reste étrangère à nos démarches. Croyez à mon ardeur de vivre ; agissons avec dextérité, prestesse, mais discrétion absolue. Et je vous réponds du succès.

Roger parla ensuite de quitter Paris au plus vite , et d'aller cacher son bonheur au fond de quelque province reculée. Il le disait surtout afin de montrer à sa famille nouvelle plus de tranquillité qu'il n'en avait lui-même, et une confiance dans l'avenir que peut-être il était loin d'avoir. Eugène se garda bien de le contredire, dans l'intérêt aussi du repos de sa sœur ; mais il ne sut pas lui épargner une remarque, c'est qu'il était au moins singulier que dans le mystère de ses relations avec le chef de l'Etat il imposât d'abord l'exclusion des deux épouses.

Mme de Saint-Alverte partit.

Retombé dans la solitude après l'arrêt qui le frappait, Roger sentit s'aggraver une position qu'il avait compliquée de jour en jour. Il eut été bien accablé du sort qui

menaçait Gabrielle, si la franchise et la noblesse de son caractère ne lui eussent donné confiance dans la vertu des autres. Mais comment ce noble cœur pouvait-il se défier de la reconnaissance et mettre en doute un seul moment la magnanimité ou plutôt la justice de l'homme dont il avait sauvé les jours?

Le sergent remarqué à l'audience reparut en faction à l'une des portes du préau, où il fut permis à Roger de venir respirer l'air dans un moment de la soirée du lendemain; et lorsqu'en passant à ses côtés durant la mélancolique promenade, cette sentinelle eut glissé au captif un papier réduit par ses plis au plus mince volume, Roger reconnut le paysan de Normandie, le petit-fils de la mère Tardieu, Francisque, qui, dans le combat livré aux douaniers de la côte, avait découvert sa vocation militaire. Il eut peut-être commis l'imprudence de lui |)arler, si Francisque n'eût ramené, d un coup d'irii , fistlenlion du prisonnier

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sur la lettre. Elle était de l'écriture de Georges. Roger rentra à l'instant pour la lire. Elle contenait les derniers adieux du chef de parti.

De Bicèlre , le aîjuiii 1804.

« Je ne veux pas mourir avec la pensée 1 que je vous entraînerai dans ma perte. « Je ne veux pas vous rencontrer demain « au pied de la charrette , sur le pavé de la « place publique. Demandez votre grâce, « et vous l'obtiendrez. Serait-ce donc moi , « mon pauvre ami, qui vous aurais con- « duit là? serait-ce la fatalité qui s'attache « à mon sort? Que le vieux rocher tombe ; « mais il ne veut pas renverser les ar- (f bustes qui étaient venus croître à son « sommet. Demandez à vivre : Bonaparte « a plus d'intérêt à être clément qu'à être « inflexible. Le soin qu'on a déjà pris de « nous séparer, nous autres, de vous et de « quelques jeunes gens laissés à la Con- « ciergerie quand nous sommes transportés

CH.4Ll>iTRE Vît.

« à Bicèlre, indique les internions qu'on « aurait en voire faveur. Ma grâce , à moi , « m'a bien été offertel Et si j'avais voulu la « recevoir de l'usurpateur qui aôté la vie à « mon prince, les occasions ne m'auraient « pas manqué : on me proposait, pour celte « trahison, une amnistie complète, un « grade et des richesses. C'est Mural, dont « j'estime le courage, qui s'était chargé de « me corrompre. Il est venu, c'était hier « dans la nuit ; nous étions agenouillés sur « la paille , et nous allions faire la prière. « — Adressez-vous à ces Messieurs, ai-je 0 dit en montrant les gentilshommes. Ils « ont accepté avec transport.

« Il s'est encore présenté, et spécialement « pour moi, un diplomate fameux. — Mon- « sieur, m'a-t-il dit, à la fin d'une assez « longue conférence, décidez-vous. Il n'y « a point d'opinion en ce monde, il n'y a « que des intérêts. — Pour vous, ai-je ré- « pondu , prince demain et déjà homme « (i'élat cl (l'église; mais pour un brigand

I, 'actrice. 281

« el un assassin comme moi, il y a toujours ft une religion.

« Ne condamnez pas , jeune homme , des a projets où vous n'êtes entré qu'un mo- 9 ment; ne les condamnez pas surtout sur « leur issue malheureuse. Ne croyez point, « comme on le fait trop en France, qu'il ? y a crime en toute action qui n'est « pas couronnée de succès. C'est là une « lâche superstition de Gaulois ; c'est ici le « pays ingrat de « malheur aux vaincus. » o L'entreprise méritait un dénouement « meilleur, et les chances de sa réussite « étaient passablement calculées. Mais non « seulement nul de la cour n'est venu à no- « tre aide, on nous a encore indignement cf trahis. Qui sait prévoir ou combattre tous « les desseins de la Providence? La France, « ni république ni royaume encore, était o dans un de ces momens propres à fonder. M Brumaire n'autorisait-il pas, comme je « l'ai déjà dit, toutes les attaques à main ar- « mée? Il ne fallait peut-être que le succès

« d'un jour pour décider l*avenir de bien « des siècles! C'est une époque rare à saisir « dans les destinées d'un peuple , que celle « où une bonne action même pourrait le « sauver. Mais Bonaparte, dont j'ai voulu « délivrer l'histoire, a une fortune mira- « culeuse; et les Bourbons, tous les désa- « vantages d'une étoile épuisée. Il a fallu « au corse trouver bien juste aussi un mo- « ment où les jacobins étaienl couverts de « sang et les princes de boue, pour se « parer d'un bandeau que Cromwel ni « César n'ont osé ceindre. Vivez, pour « l'honneur de la providence , et afin de « savoir comment tout cela finira. Leur « prétendu grand-homme avilira l'huma- « nité au profit de son ambition petite; « l'imbécile soldat qui se fait Empereur « donnera raison à toutes les vieilles idées « contre l'esprit de son siècle; et leur fameux « conquérant vous laissera de plus honteu- « ses frontières que celles de Louis xv. « Vous verrez l'Europe à Paris. Tout se fait

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« pour un homme , rien pour la France.

« M. de Lavarennes, ne vous sacrifiez « jamais pour un homme. Vous étiez digne « d'être roturier! Réservez-vous pour la a patrie. Voyez nos princes et nos rois « contemporains : quelle pitié profonde ! « Aucun des membres de la maison que « nous voulions servir n'a osé se présenter « sur un champ de bataille. Il leur parait « commode de recevoir la charité anglaise « qui leur est faite dans l'unique but de a nuire à la France. Pourquoi, après nous, a tenter en leur faveur ce qu'ils ont refusé « de faire pour eux-mêmes? Qu'est-ce que « c'est que ce Chevalier, armé par Calhe- « rine , qui, au lieu de songer à délivrer sa « malheureuse patrie , s'enferme à Edim- « bourg, et qui, pendant que ses soldats « sont au feu et ses meilleurs officiers expoce ses à de plus grands périls encore, a « toujours mis la mer entre lui et son parti ?

« Cette cause de la vieille monarchie et a de la vieille religion , si je l'ai épousée

281 «HAl'ITRE VII.

« et SI j'y meurs fidèle, ce n'est pas faute « d'avoir su distinguer, croyez-moi, entre « le principe et ceux qui en vivent, entre « le dogme et ses desservans. Que ma ré- « signation , deux fois courageuse , ne fasse « pas de tort dans votre esprit à la rectitude « de mon jugement. Mais si cette cause des « rois s'abandonnait elle-même , devais-je « la trahir aussi, et fuir parce qu'elle était ff vaincue ? Je gémis peut-être que mes « croyances et le culte politique de nos «anciens, et quelques préjugés , m'aient «entraîné dans cette carrière; mais on « défend encore par honneur ce qu'on com- « mence à estimer moins. Et parce que la « royautéabdiquetouteoccasiondes'hono- « rer, je ne me déshonorerai pas à l'aban- « donner moi-même.

« Bon pour les gens de cour à fléchir « devant le vainqueur! Bon pour M. de « Rivière, qui sera Duc, et ses amis à se faire «» gracier, quitte à en témoigner quelque « jour leur reconnaissance à Mvu'at, s'il est

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« menacé d'être fusillé à son tour; mais « l'homme du peuple et le tils du meunier a sait mourir. Mes camarades m'ont suivi « en France, je les suivrai à l'échafaud. Je « n'ai pas accepté de grâce , mais j'en ai « demandé une : c'est de monter là le prea mier, afin qu'ils emportent l'idée que je « ne leur survivrai pas. Dérision et fai- « blesse! Armand de Polignac n'a-t-il pas « poussé la démence jusqu'à offrir au par- « venu d'être son am.bassadeur à Londres? « — Laissez-moi partir , disait-il hier à Real, « je me charge d'aller rapprocher la France «t et l'Angleterre. Là bas , les ministres gou- « vernent; les femmes ont de l'influence , « et j'obtiendrai tout. Une alliance entre « les deux nations serait la plus désirable « des combinaisons politiques. Je réponds <f du succès : je vous laisse mon frère en « otage.

« Vous, mon jeune Roger, réservez-vous « pour l'avenir ; le dernier mot de la for- « tune n'est pas dit sur l'usurpateur qui

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« iriomplie en ce moment. Les Bourbons « reverront la France. Ce pays a , par son « ingratitude et son impiété , mérité un « pareil châtiment. Il les subira comme un « fléau octroyé par la Providence. Alors « on aura besoin des hommes de votre âge « pour combattre ce vil rebut de l'émigra- « tion , qui n'a voulu agir ni laisser agir. « Ils aimeraient mieux aujourd'hui encore « le désordre présent qu'une contre-révo- « lu lion dont les avantages ne seraient pas « au profit de leurs absurdités. Un jour il « faudra protéger la patrie contre ses libé- « râleurs, alliés qui profitent de l'embar- « ras d'avitres rois pour agrandir leurs do- « maines, filous qui se volent sans cesse « pendant qu'on les mène à la potence. « Enfant , je le répète , ne vous dévouez « jamais à un homme; car on obtient plus « des monarques par la bassesse que par « les services; il vaudrait mieux être leur « cuisinierque leur ministre, leurcomplai- « sani ([ue leur général. Je ne sais ce que

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« l'avenir vous réserve, mais je vous laisse « au milieu d'un peuple que l'exploitation « du pauvre par la cour et Pénorme dé- « veloppement de son égoïsme ont fait im- « bécile pour bien long-temps.

« Ne vous attendrissez pas sur moi, ami. « Ce serait une grande dérision, voyez-vous, « que ce monde, s'il n'y avait pas quelque « autre vie. Mais je suis si sûr de la justice « éternelle, que vous me voyez indifférent « à mon sort et à la transition passagère de « cet exil à un meilleur refuge. Ma résigna- « tion est un pressentiment, ma confiance « un hommage à votre créateur. Je vou- « drais bien savoir comment ceux qui n'o- « sent croire à une autre destinée expli- « quent la justice de Dieu ? Et qu'est-ce « qu'il y a de beau, de bon, de vrai, sur « cette terre d'épreuves? Cet étranger, par a exemple, ce flatteur des Terroristes, ce «f meurtrier du peuple sur les marches de « Saint -Roch, ce transfuge d'Egypte, il « montera demain au irône, et nous à l'é-

0 chafaud. Il inscrira peut-être dans les an- « nales humaines un nom héroïque, et moi, « celui d'un assassin. Il sera honoré des « Français mêmes dont il a outragé les ido- « les, et moi, renié par ceux de mes compa- « triotes dont j'ai voulu servir la cause. a Demain le corse sera Empereur, et moi, « cadavre. Il aura une couronne, et je man- « querai de sépulture. Voilà la justice des « hommes, et je la connaissais quand j'ai ha- « sardé l'entreprise. Les royalistes qui ont a déserté leur drapeau et m'ont abandonné « sans secours, abandonneront encore ma « mémoire. Si jamais mon propre parti o triomphe, personne ne se souviendra de « mon nom ; ils me laisseront sous celui « que m'aura attribué la police impériale.. « Mais aurais-je l'impudeur de me plaindre? « N'ai-je pas le sort réservé à tout ce qui « se voue à défendre son pays? Un seul sou- « venir suffit à me courber la tète, c'est « celui de Jeanne d'Arc, la fille du labou- « reur. Et encore m'épargneront-ils le bù- « cher. La civilisalion est si donce !

f/ACTBICE. 58ÎÏ

« Enfin, si, dans Timpartialitë de sa con- « science, un homme essayait jamais à ré- « habiliter mon courage, vous verrez que « ce sera quelque esprit étrangerànosdocf< trines, un républicain peut-être, un obs- « cur enfant de ceux que j'aurai combattus. « Et il ne trouvera, pour appuyer sa dé- « fense, ni un monument laissé par mes « amis, ni dix lignes tracées en ma faveur « par un écrivain royaliste 1

« Encore une fois , Roger, ne voyez au- « cune parité qui vous effraie entre vous et « les favoris du prince. Pour eux, avoir « accepté merci, est lâcheté; pour vous, « réclamer le droit de l'inuocent, est justice « et devoir. — Nous allons faire la prière.

« Mes compagnons dé martyre et moi nous « prierons pour vous. Nous comprendrons « votre nom dans ces vœux exaucés que les « mourans adressent au ciel ; mais, au nom « de ce ciel, songez que je ne veux plus « vous revoir sur la terre. »

lit

CRAPITKE Vir.

Et toutefois Georges se trompait sur son dernier moment. Le sursis qu'emportait pour lui, comme pour les autres, un pourvoi en cassation formé par plusieurs de ses camarades à son insu, lui laissait, quelques jours encore du moins, cette vie déjà tant de fois offerte en sacrifice.

fana

LA mALMAISON.

La Mal maison est celte agreste ferme qui s'étend à l'ouest de Paris , près du village de Ruel, entre le pied du mont Valërien et la rive gauche de la Seine. Le nom sinistre que porte ce lieu charmant remonte à je ne sais quelle invasiondes Normands; et le der-

nier acte liistorique qui s'y soit accompli est l'ignoble pillage des soldats deBlùcher. Ainsi, entre Tannée d'ignorance 840, et l'année d'infamie 1815, entre l'image sanglante de Rolfel celle d'un prussien stupide, resplendira pour l'éternité la mémoire de Bonaparte. Là , son ombre , comme celles des héros d'Ossian qu'il aimait, effleure peut-être, avec les nuages du soir, le sommet de ces toits devenus silencieux.

Venez, Ina; si l'inlérét de ces récits atlache en ce lieu votre curiosité d'un jour, venez sons ces ombrages déserts interroger avec moi les mélancoliques souvenirs. Qui oserait, en notre époque studieuse, parler d'un lieu sans le connaître, et le décrire sans l'avoir revu? Ils sont passés ces temps de nonchalance historique, où le poète, du fond de son fauteuil à la Voltaire, promenait le lecteur en des paysages inconnus à tous deux. Remplacez pour moi lamuse qui s'exile; donnez cette main frêle, cette main HVnfant aux quatre fossettes. Entendez-

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