‹ France et Marie (volume 3)Chapitre 22 sur 31 · I.\ MALMAISON · texte numérisé non relu

I.\ MALMAISON

GÎpal corps de logis s*appuie à deux pavillons ornés de paratonnerres, ne rappelle, n'est-ce pas, que ces simples châteaux de nos provinces où vivent quelques familles habituées à se croire dans le monde l'importance qu'elles ont dans un rayon de deux lieues? Voici, devant la maison, Une pelouse consacrée par des'jeux historiques. C'était là, qu'après les dîners d'une rapidité si frugale, s'exerçaient à la lutte ou aux barres les premiers amis de ce sous-lieutenant qui devait voir un jour toutes les dynasties de l'Europe et un souverain pontife à ses pieds. Là, se poursuivaient joyeusement des rivaux de gloire et d'ambitions diverses. C'étaient Lucien et Méhul ; Lannes et Isabey; Bernadotte, Lemercier, Corvisart; l'habile capitaine qui fut prince de Neuchâtel; Régnier le grand-juge et le comédien Talma. Si un espiègle artiste franchissait, au jeu du cheval fondu, toutes les petites tailles de ces grands personnages futurs, c'était le dessinateur Isabey . Si quelque coureui- mal-

adroit se relevait en riant d'une chute qu'il venait de faire en regagnant son camp retranché, c'était le propriétaire du parc luimême : c'était le conquérant de Vienne et de Moscou.

Ce lieu a vu, quatre ans plus tard, l'abandon de Joséphine, alors que l'Autriche eut livré sa fille à de» noces lâches et parjures. La première épouse s'était fait une religion de tout conserver ici comme au temps de son bonheur. Le rez-de-chaussée qu'occupait Bonaparte, et surtout le salon que voilà en forme de tente , avaient gardé leur premier aspecl.LeslivreSjlesmappemondes, étaient sur les mêmes tables; les vêlemens d'homme épars sur les mêmes chaises. Le lit romain sans rideaux, les trophées d'armes appendus aux murailles. Celaient les reliques de ce sanctuaire.

C'est là que Joséphine, hélas! attendait, |)his tard encore, dans l'oubli et les larmes, lesbuiletinsdeSt.-Oizierel deChampanbert.

Quelle défection des cœurs ! Quelle ef-

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frayante l.isloire des courtisans! Elle était là, l'infortunée, ayant quelques domestiques à peine, et réduite à se placer sur la içrande route pour obtenir, des passans, quelques renseignemens sur la France, entendre prononcer encore le nom de Bonaparte. Voilà, au bord du chemin de Bougival, ce pavillon où, sans feu, l'Impératrice et Reine passa les jours de février 1814 à épier, la croisée ouverte, quelque voyageur isolé, quelque piéton indigent qu'elle inlerrogeait. Une religieuse se présente : — Où allez-vous, ma sœur? — De St.-Germain à Paris, Madame, chercher quelques linges et un peu de charpie pour notre hôpital ; nos malheureux blessés vont manquer de tout. i

— Allez ; votre hospice aura des matelas et des couvertures avant votre retour. Et de la charpie, nous allons en faire de nos mains pour vous. La religieuse passe.' A quelques toises de distance elle se doute de ce que peut ètie la charitable inconnue,

et revient sur ses pas pour s'excuser ou rendre grâces.

— Oui, c'est la pauvre Joséphine ! Mais ne le dites à personne. Nous allons faire de la charpie pour vous.

C'est de là ensuite qu'elle partit presque seule, effrayée de l'approche imminente de l'ennemi. Sa voiture se brisa dans la forêt de Navarre. Elle entendait dans les soupirs du vent nocturne le hurlement des loups et le hourra lointain des cosaques.

Enfin , c'est dans la chambre où nous sommes qu'elle revint mourir. Voilà la retraite où elle a exhalé son dernier souf- 11e. Au lieu d'aller, comme elle brûlait de le faire , rejoindre cet ancien époux que la fille de César abandonnait déjà pour le trahir bientôt plus bassement encore, elle fut forcée, la déplorable mère d'Eugène et d'Hortense, d'offrir aux potentats du nord l'hospitalité. Ils vinrent la chercher dans leurs hommaj^es cruels et leur fausse grandeur, ces deux comédiens couronnés.

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