ROE DBS MARAIS DV TEMPLE
Quand Gabrielle et Eugène rentrèrent dans la prison de Roger, la jeune femme était dans un découragement dont elle chercha h peine à déguiser la profonde tristesse.
— Je n'apporte rien , dit-elle : il m'a fait
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dire seulenienl de me représenter demain à onze heures.
— Eh hien ! dit l'intrépide prisonnier, si cet homme si puissant veut vous revoir, c'est qu'apparemment il a résolu d'exaucer votre prière. Il aura désiré prendre je ne sais quelles informations sur son chétif ennemi ; mais du moment qu'il vous a assigné à demain, c'est pour vous annoncer ma grâce. Vous recevrait-il, s'il devait la refuser? Quel autre projet peut-il avoir sur vous, et quelle conduite voulez-vous qu'il tienne? Il ne faut que savoir attendre , en cette vie : sous la neige il y a de la verdure, et derrière le plus épais nuage le ciel est bleu. Ainsi je vous aurai rencontrée, Gabrielle, pour me détourner de l'abîme! Quel serait noire voyage sans l'appui d'une femme, pauvres pèlerins qui nous rendons tous du berceau à la tombe, et qui contre un lange échangeons si vite un linceul? Demain s'ouvriront ces portes; ma résurrection sera voMv ouvrage cl je ne vous
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rendrai que votre bien en vous consacrant mes jours.
Le frère et la sœur avaient toutefois l'esprit moins tranquille : car ils venaient d'apprendre que l'exécution des condamnés, qui ne s'accomplissait d'ordinaire qu'à quatre heures du soir, devait avoir lieu le lendemain à onze heures du matin . Dans quelle anxiété finit pour Gabrielle celle nuit ainsi commencée! Son incertitude et sa terreur perdraient à être dépeintes.
Mais que ne peut le dévouement d'une femm€ ! En quel lieu a-t-il refusé de descendre? Il devancerait Daniel dans la fosse aux lions. Voyez la noble épouse de Cusiines! Il a bu du sang : rappelez-vous la tille de Sombreuil.
Le jour était levé à peine, que M"'^ de Sl-Alverte se résolut, faible et courageuse femme, à aller visiter un inconnu, afin d'essayer à lui faire partager un des senlimens qui l'animaient et l'attendrir sur son sort. Etait-ce Fouché de Nantes?
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Veyrat? le chef de la justice? le guichetier qui retenait la victime sous les terribles clefs de la Conciergerie ? L'instinct de ses inquiétudes était mieux éclairé encore, et son dévouement se réservait à un plus haut trait d'abnégation.
Elle se rend donc aufond d'une rue étroite, mais paisible. Elle y arrive à pied. Elle a exactement retenu le JS» de la maison où elle veut pénétrer, tant elle redouterait d'être obligée à prendre quelques informations nouvelles. Mais parvenue à cette porte, une sueur froide couvre ses membres: Gabrielle passe. L'image de Roger lui rend ensuite ses forces ; mais quelqu'un traverse la rue et peut la voir entrer. Enfin , dans un troisième effort, le marteau qu'elle a osé toucher échappe de sa main par l'effet même de la peur., et avant qu'elle ait pu s'en éloigner, cette porte de forme gothique et cintrée s'est ouverte. C'est une servante âgée qui se présente. Gabrielle, obligée d'aboixl de chercher pour s'appuyer la paix^i de la
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muraille intérieure, est entrée dans unecour pavée de dalles blanches et luisantes. Tout annonçait là une propreté digne de la Belgique ou de l'Angleterre. Gabrielle demande par son nom le maître du logis, et on la fait monter jusqu'au salon d'un premier étage. Ce salon communiquait de plainpied avec une terrasse spacieuse. Là, un enfant pâle jouait seul au cerceau parmi des arbustes fleuris, trop abrités toutefois du soleil par l'élévation des murs prochains pour avoir une sève abondante et des parfums.
La jeune femme, respirant à peine, regrettait de plus en plus en avançant l'excès du courage qui l'avait conduite là , et seule. Elle s'attendait à voir paraître un personnage que les terreurs de son enfance et les songes de son imagination avaient tant (le fois revêtu d'un extérieur horrible.
Mais dans le salon où elle entre , devant un bureau et au milieu de livres où il semblait recueillir curieusement des noies.
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un homme était assis. Celui-là portail un frac noir; toute sa physionomie offrait l'aspect d'un digne magistrat de province. Il se leva, vint au devant de Gabrielle avec une politesse grave. Son regard était baissé, mais sans qu'il s'y mêlât aucune expression d'hypocrisie. La blancheur du visage et des mains indiquait les habitudes sédentaires d'une personne exposée rarement aux impressions et aux intempéries de l'air ; tout était réserve et douceur aiU-f tour de ce personnage.
— Voici, dit la vieille servante, étonnée du silence que gardait la visiteuse, voici Monsieur que vous demandez.
Gabrielle tressaillit.
Le maître se prépara à écouter, sans avoir fait aucune question.
— Monsieur., balbutia enfin, demi-morte de saisissement, M'"e ([q Saint-Alverte : j'ai la grâce d'un des prisonniers de ce soir.
— Dieu soit loué! Madame, répondit l'homme au maintien décent et irisle.