‹ France et Marie (volume 3)Chapitre 6 sur 31 · X.B SLOOP · texte numérisé non relu

X.B SLOOP

La maison qu'habitait le Quaker, Arvecl Simmer, avait la simplicité dont ne s'écartent jamais les plus riches enfans de Guillaume Penn. Située dans un fastueux quartier, si elle se distinguait des hôtels

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voisins par son extrême propreté ; si , au dehors , les murs étaient exactement blanchis, l'intérieur n'avait pas d'autre luxe, et il ne montrait aucune décoration, sainte ni profane. Avant de demander à voir Marie , son tuteur pensa qu'il convenait de visiter son hôte, et de prévenir, sur les projets dont il allait tenter l'exécution, l'homme qui avait si simplement et si charitablement recueilli la fille de Chavigny-

(^)uand le chrétien de la primitive Eglise sut que la jeune Française était orpheline :

— Heureux, dit-il, ceux que Dieu appelle à lui , mon frère ! Mais toi , as-tu raison d'ôter à cette enfant un logis dont la Providence avait fait choix pour elle? Et où vas-tu? On se bat en France : les hommes sont là des morceaux d'argile qui se brisent les uns contre les autres. Vas-tu les aider en ce métier?

— La France est notre patrie, dit Lavarennes pour unique réponse.

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— Patrie ! Un coin de terre où vous avez tant d'ennemis ; d'où l'on vous repousse à tort ou à raison; où tu ne trouverais pas, entre les bornes de deux héritages, six pieds de gazon pour t'asseoir et creuser librement une fosse. Tu appelles cela patrie? Eh ! va t'en faire une aux bords de la Delaware : je te donne cent acres de mes savannes, ou bien tu les prendras toimême ; car , Dieu merci , cette terre de notre Amérique n'est pas encore tout arpentée, tout étiquetée de noms d'hommes, et la cultiver, c'est en prendre possession. Marche. ;

— Trop d'espace et de temps m'ont déjà séparé du foyer de mes aïeux , dit fièrement le Comte; et je ne mettrai pas entre nous des mers immenses.

— Eh bien, reste avec moi. Dieu habile le ciel, les princes leurs palais, et le laboureur sa cabane; mais au banni, que reste-t-il , si ce n'est le cœur de l'étranger , pour refuge? S'il le trouve ouvert par ha-

sard, pourquoi lenler le Sauveur une fois de plus?

Afin de changer une conversation où rien ne pouvait rapprocher ces deux esprits, le Comte parla subitement de sa reconnaissance profonde pour l'hospitalité accordée à Marie, et de toutes les vertus dont le profit avait été pour sa pupille.

Le primitif lui tourna le dos.

L'émigré s'empressa alors de se rendre au parloir; mais il y avait toutefois dans cet empressement de la crainte. Prononcer à l'innocente jeune fille cette sentence : Vous êtes orpheline ! faisait trembler chacun de ses pas en approchant»

Il trouva Marie livrée, ainsi que ses compagnes, à un travail qu'elles poursuivaient avec l'ardeur qu'on met dans d'autres ateliers à satisfaire les caprices de la mode. Elle, et les filles et les nièces du Quaker, préparaient du linge et des habillemens neufs poiH' les pauvres de la paroisse. Les mains des jeunes Miss contrastaient avec

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