‹ France et Marie (volume 3)Chapitre 8 sur 31 · I.A FALAISE · texte numérisé non relu

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une action sur le gaz hydrogène. Et quatre mois plus tard tu m'avais rendu mon argent , pauvre ménager que tu es ! — As-tu <[uelque amourette? — Je n'aime personne; pour qui me prenez-vous, ma tante? — Et tu te cabres, en vérité, comme si je te faisais offense. Tu soutiens qu'on n'aime plus dans ce siècle qui commence; la «iode en est passée. Ce vieux tourment qu'on déifiait jadis, vous autres vousTavez défini ; c'est une phlegmasie, une cristallisation du cerveau. Ma foi , si la révolution a détruit l'amour, c'est dommage; c'était un abus à conserver. Quand tu te ma^ rieras , tu prendras une femme dont la dot t'ouvrira la condition de toutes les éligibilités ; tu penses à dix-sept ans ce que tu seras à quarante ; je te plains ! Comment, mon neveu , tu ne seras jamais amoureux ! tu m'épouvantes. Te crois-tu à l'abri des périls que tu n'as point bravés? Es-tu un de ces esprits pédans qui se défendent de seatir pour juger? Es-tu Tenfance qui pro-

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fesse et qui jone an vieillard? Mon bon ami, l'erreur est un tribut qu'il faut payer, vois-tu; l'expérience s'achète; et si tu n'acquittes pas ta part d'inconséquence dans l'âge où les fautes ne sont pas sans excuse, et peut-être sans grâce, tu pécheras plus tard. Jeune sage et vieux fou, dit le proverbe; et ces travers d'un jour que lu évites avec tant d'orgueil à présent, en cheveux gris ils deviendront des sottises. Comment, Roger! à dix-huit ans, quand tout plaît, éblouit les yeux, tente la fragilité humaine, tu ne dois pas un denier? mais, mon cher, à soixante ans tu mangeras ton bien. Eh quoi! au milieu de Paris , à travers tant de femmes séduisantes, tu n'as jamais été épris? Si j'avais une fille je ne te la donnerais pas. Je ne veux certainement point que vous soyez libertins , buveurs et chasseurs au dix-neuvième siècle, Messieurs; (jue vous rajeunissiez les mœurs de la régence; mais je souhaiterais que des philoso|)lu's comme

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toi fiissenl au moins de leur âge; jeunes une fois dans leur vie. Est-ce que l'année a perdu son printemps? Ne revivrons-nous donc pas en vous et de votre vie, pour quelques jours encore? Respectable jeune homme! non , je ne donnerais pas, même à Chavigny, le conseil de vous prendre pour gendre. Comment, ne sachant rien des passions, pourriez-vous éclairer sa pauvre tille ? Si tu rougis d'être tendre et sensible, qui donc saura guider son cœur et la défendre au milieu des pièges du monde?

Qu'aurait-elle à espérer de ton indulgence à toi, vieillard, qui n'auras point passé par la jeunesse? Moi j'ai passé par là, mon enfant; je sais qu'une femme est fragile et qu'elle a besoin d'appui. Je craindrais qu'un galant du temps de Louis xv ne devînt ton rival; car si ta femme allait chercher un cœur sous la glace, faute, d'en trouver ailleurs , ce qui pourrait t'arriver de l'aventure serait d'être au moins... ridicule. »

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La gaité de cette mercuriale fit venir aux yeux de Roger deux larmes. Depuis celte lettre écrite il avait perdu sa tante. Ainsi cette philosophie était toute vivante encore et toute fraîche; et la main qui l'avait tracée était devenue immohile; et le gazon d'un cimetière recouvrait obscurément ce cœur indulgent.

Les yeux attachés sur la mer, couché au sommet d'une falaise inculte, Roger laissait passer dans l'attente une grande partie des heures de la journée. Il était là sur l'herbe, non loin d'un de ces cercles verts que les troupeaux évitent, et dont la végétation symétrique et forte n'est expli- <|uée encore que par la présence des fées. En Normandie, ces places marquent la ronde des Courils, petits sorciers malins, corrompus et danseurs. Roger, abrité entre deux mamelons de sable qui creusaientune vallée de quelques toises, voyait s'ouvrir devant lui les abîmes roulans de cetle mer. Par une illusion d'oplifiue, que

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