‹ France et Marie (volume 3)Chapitre 9 sur 31 · I.V FVI.\ISE. 8T · texte numérisé non relu

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favorisait la hanleur même où il était placé, en dissimulant l'espace resté vide entre la colline et les flots, il lui semblait que l'horizon de l'Océan allait se déverser sur la côte, et qu'à tout instant ces vagues houleuses et fauves allaient toucher les pieds du rêveur. Chaque mouvement de l'abîme, chaque élan de celle onde sauvage pouvait rapprocher de lui son père, et apporter à ses côtés la jeune fdle qu'un instinct fraternel lui faisait désirer de voir; et cependant Roger se surprenait maintefois dans des pensées tout étrangères. II attendait sans impatience; il se reprochait d'avoir laissé passer des heures nombreuses sans se souvenir pourquoi il était là. Son esprit n'errait ni sur les côtes d'Angleterre pour assister au mystérieux départ du Comte, ni sur les vagues changeantes pour croiser son vol avec celui des mouettes voyageuses, et marcher devant la proue du sloop avec les goélands, à qui les jeunes filles redemandent les absens. Car vous les verri^z^

les jeunes filles, s'élancer quelquefois à la pointe de ce promontoire, au bord même de ces périlleux rochers, les bras élevés, la voix haute, et chantant : « Goélands! Goélands! ramenez nos amans! »

Mais Roger n'était pas sur celle côte de Béville , si bien connue des contrebandiers ; cette côte d'où on éloigne les troupeaux qu'enlèverait l'orage ; cette côte dont les pommiers s'inclinent tous vers l'orient, déracinés à demi, et prosternés devant les coups de la tempête comme les esclaves de Stamboul devant leur despote. Roger était à Paris aux fêtes de Marbœul, sous les cèdres illuminés de ce parc immense qui, à l'ouest de la cilé, depuis la base de Chaillot jusqu'aux berges de la rivière , couvre de feuillages et de rossignols toulo la colline élyséenne. Là, il suivait à distance les pas légers d'une femme indifférente; et, quand l'essaim jaseur et Ijrillant de ses compagnes, la foule de ses courtisans, n'eut pas eujpêclié

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ses pas el un soupir d'arriver à elle, jamais la timidité et l'uniforme d'écolier n'eussent osé franchir la distance.

Un soir, à la nuit tombante, Roger descendit les profondeurs qui conduisaient jusque sur les galets de la grève normande, afin d'y chercher la trace d'un débarquement possible. Car la brume avait voilé tout le jour la surface des eaux, et celle obscurité même pouvait avoir été favorable à des voyageurs réduits à s'introduire furtivement sur le solde leur patrie. 11 ne vil rien flotter près des rivages; il n'entendit au loin que les sourds retentissemens d'un canon de détresse; mais enfin il eut fantaisie d'approcher d'une cabane de pêcheurs confondue avec les buttes voisines, et couverte de quelques fragmens de rocs qui en appuyaient le toit contre la violence de la brise. Cette retraite ne pouvait être distinguée que par la clarté d'une lampe, dont un rayon passait comme la lame d'un sabre à travers deux planches disjointes

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d'un conlreveiil. Ce sii^ne iraliissail seul la présence de quelque èlre vivant. Roger approche, el à son grand étonnement il ne découvre pas moins de douze personnes assises devant une table grossière chargée de vin , de longues tartines toutes coupées, et d'un pain de beurre énorme. C'était la collation offerte à de pauvres débarqués. Quelques uns se réchauffaient, se délassaient devant un àlre enfumé; et tous se préparaient évidemment à gagner le plus tôt possible un meilleur gîte.

Roger ne distingua nettemenl aucune des figures de l'assemblée; à peine s'il put reconnaître parmi les convives la présence d'une femme ; mais son cœur se dilatait instinctivement. Il eut comme la révélation de la piésence de son père. Sa mémoire lui retraça, lui jeta pour ainsi dire sur les lèvres le mot d'ordre dont ils étaient convenus dans leurs lettres pour se reconnaître h la première rencontre.

Un homme, j>arini les inconnus, eut en

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même lemps que le jeune Lavaieiines une émotion instinctive de la présence d'un étranger. Seulement , cette espèce de seconde vue lui fut donnée par le génie de la surveillance et de la précaution militaires. Mettant la main sur la ceinture d(mt il était armé : — Il y a là quelqu'un , dit-il. Et il sortit suivi de deux de ses compagnons que l'espérance agitait au lieu de la défiance. Roger s'avança intréj)idement, malgré l'équivoque contenance du premier observateur qui le cherchait dans les ténèbres, et il cria d'une voix ferme et sonore : — Qui vive !

— France , répondit un vieillard que cette voix avait fait tressaillir, et qui frappait en même temps de son pied, avec amour, la terre qu'il venait d'aborder.

— France! répéta l'accent d'une jeune fille.

— ... Et Marie! acheva Roger en courant donner une main à son père et l'autre à la jeune or[)heline.

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Mais Georges plaça bien lot. erilie les épanchemens de ces trois cœurs son impérieuse exigence de soldat; et faisant remarquer au comte de Lavarennes que la lune allait se lever: — Allons, allons, dit-il, il faut échapper aux patrouilles. Notre chemin n'est ni à droite ni à gauche , il est devant nous. Il y a des postes à trois cents pas d'ici , le long de la rive : c'est en droite ligne qu'il faut fuir et pénétrer dans cette France que Bonaparte fait garder comme une citadelle.

Et en disant cela, il conduisait ses compagnons droit devant eux, au pied du talus à pic d'une falaise. Il produisit sur eux l'étonnement qui saisirait un homme à qui l'on offrirait pour sortir l'inexorable résistance d'un mur sans porte.

— Que voulez-vous dire? observa le vieux Comte.

— Qu'il faut gravir ce passage : c'est le seul.

— Quel passage? cl par quels moyens ?

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