LES EMPRUNTS
Léonard, leur peintre ". C'esl Fran- <;ois 1' seulement qui saura s'attacher le grand Morentin. Les compagnons du roi, visitant les galeries des palais et les jardins des villas, s'émerveillaient d'un luxe et d'un charme riant (jue le beau |)arler de Maistre Alain Chartier, la subtilité de Maistre Jean de Meung et la main de Fouquet ne sauraient dire, escripre ne i)aindrc ". Pour cette féodalité gothique, c'était chose nouvelle qu'une telle civilisation, fac^onnee par des maîtres dans l'art de jouir. Fouquet, pourtant, étant en Italie des le milieu du W siècle, avait admiré le style ornemental de Michelozzo et, a son retour, pour décorer le fond de ses portraits, il simulait des pilastres et des arabesques sculptés dans le marbre ; autour de lui. Bourdichon et d'autres miniaturistes commençaient a montrer, au heu d'églises gothiques, des palais à l'italienne et parfois déjà quelques compositions ou figures imitant des peintures florentines ou ombriennes. Les éléments décoratifs s'empruntent, en effet, aisément et les mêmes tableaux, sans difficulté, se font comprendre et admirer en des pays très différents.
Au contraire, l'architecture et la sculpture religieuses, qui tiennent a des habitudes i)rofondes, ne sauraient se modifier instantanément ; pour les transformer, il ne suffit pas d'une décoration nouvelle. Architectes et sculpteurs italiens, en prenant part aux grandes entreprises artistiques de chez nous, ont dû s'adapter à nos coutumes locales ; ils jettent une parure italienne sur des tomu 1^5
. Mb- — Le Capitoi.e
i)K Toulouse.
Cour 1Ienri-IV.
tCliclic Hachette)
FiG. 2q6.
La Grande Place, a Arras.
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beaux et des châteaux, qui sont des monuments constitues à l'image
de la vie française par de très vieux usages. Les tableaux sont, au contraire, un luxe de cour, et les peintres, Andréa Solario, Léonard de Vinci, Andréa del Sarto, puis l'école de Fontainebleau tout entière, ont pu travailler au cœur de la France sans rien modifier de leurs habitudes d'étrangers. En peinture, la place était à prendre.
Les châteaux forts, si fins, si blancs dans les miniatures gothiques, semblent, dans le royaume apaise du XVI" sie-
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A CaKN.
(Cliché llachcllc.)
cle, des de-
meures bien moroses ; leurs grosses murailles emprisonnent une existence étroite et sombre ; durant la paix qui va de Louis XI aux guerres de religion, 1 architecture aussi pouvait désarmer et quitter sa lourde cuirasse. Les châteaux s'ouvrent a la clarté ; l'habitation sort de l'étroite enceinte ; elle se dresse au milieu de jardins, dans un parc ; les arbres,
FiG. 299. — HÔTEL DE Ville
d'Arras.
(Cliché Hachette.)