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LES CHATEAUX DE LA RENAISSANCE

les bassins et les fleurs participent maintenant a l'agrément de la demeure et, dans les murs pleins d'autrefois, on ouvre de larges fenêtres vers cette nature riante. De leurs fenêtres et de leurs terrasses, les seigneurs aiment à contempler les larges plaines de la Loire ou du Cher. C'est par l'art de bâtir que s'expriment le mieux 1 expansion joyeuse et la fantaisie élégante de la monarchie et de l'aristocratie de France. Tous y apportaient la même passion. Le roi, les grands seigneurs, les hauts fonctionnaires dépensèrent la plus grande partie de leurs revenus à construire des châteaux gracieux ; de moindres personnages se ruinaient â bâtir, et Philibert Delorme parle de la défiance des héritiers contre les architectes. Les moins entreprenants voulurent aménager leur vieux manoii au goût du jour ; ils eventrerent leurs grosses tours pour y pratiquer des fenêtres ; ils adossèrent un corps de logis moderne a un donjon gothique ou roman. Le style nouveau tendait vers la régularité et la symétrie. Mais la nécessité de conserver des restes majestueux et imposants obligeait les constructeurs à se montrer ingénieux. Ils trouvèrent des aspects inattendus ; ils s'amusaient des combinaisons imprévues que peut donner 1 architecture féodale des châteaux quand on la mêle avec le style urbain des palais et bientôt avec les façades classiques a l'italienne. De Louis XI a Charles IX, le nombre des châteaux français est considérable et leur variété telle qu'il est impossible de les ramener a un type nettement défini, comme le palais florentin ou la

l-Kî. 3oo. — Cathédrale -h

DE TorRs. ^'"a romaine.

(Cliché Hachette.) Pourtant, dans la variété des combi-

KiG. 3oi. — Cathédrale

n'Oui.ÉANS, PORTAIL SUD.

iCliché llachelle.)

naisons, quelques éléments réapparaissent fidèlement. Le château de la Renaissance, tout d'abord, n est que le château féodal transforme; on y retrouve les grosses tours, les courtines avec créneaux et mâchicoulis et, parfois aussi, les fosses où baignent les soubassements de l'édifice. Chacun de ces organes subsiste pour la beauté qu'on lui découvre maintenant qu il a cesse d être utile. Le château, descendu dans la plaine, mire dans l'eau d'une rivière lente des créneaux et des mâchicoulis qui ne font plus qu'amuser les yeux.

Un corps de logis d'hôtel urbain, avec ses larges fenêtres carrées, a toiture très haute chargée de lucarnes et de cheminées, s'attache aux grosses tours féodales. Les tours nouvelles, plus légères, se suspendent parfois en encorbellement aux angles de l'cdifice. Plus tard apparaît la décoration à l'antique, ses colonnes, ses pilastres et ses frontons ; les ordres grecs encadrent les fenêtres et les portes, et bientôt la régularité un peu géométrique de ces motifs commandera aux façades une symétrie que le Moyen Age n'avait pas connue.

La transformation de 1 architecture est antérieure à la pénétration italienne. Les derniers châteaux, au temps de Louis XI, sont de physionomie encore défiante. A CJiaumont (fig. 272), la disposition en forteresse close paraîtra un jour bien triste, et on abattra un des quatre corps de bâtiment qui fermaient le quadrilatère, pour ouvrir la perspective sur la vallée de la I -oirc. Lt de même a Ussé (fig. 282), il faudra pratiquer une

l'iG. 3o;;. — l'ouii; di I'alais

DUCAL DE NaNi;Y.

(Cliché llachelle.)

FiG. 3o3. — Notre-Oamk de-l'Épine,

PRKS DE CiIALONS-SL'R-MaRSE.

{(Cliché S'eiirJein )

IJ:S LllATl.AUX nu ROI

large brèche pour illuminer et élargir |

l'atinosplKre tlu ( liateau. On ne recherche plus la sécurité derrière une clôture de murs épais ; le château étale librement ses dépendances, ses terrasses, ses cours et ses avant-cours. Même des constructions qui restent formidables s'entourent de jardins ; derrière la grosse tour et la grise maçonnerie de Langeais fleurissent des parterres.

L'architecture laisse enfin desarmer son hostilité pour s'associer au charme paisible de la nature.

Le roi donnait l'exemple de la transformation. A en juger par ce qu'il en reste, le fameux château de Plessis-les- Tours, ou Louis XI termina son existence, n'était point une prison morose, mais, dans une jolie vallée bordée de collines molles, un hôtel de briques rouges et de pierre blanche, Charles VIII mourut en surveillant les transformations qu'il dirigeait à Amboise. La chapelle de Saint- Hubert (fig. 336-338) et la façade sur

la Loire qu'il fit construire sont encore purement gothiques, riches, flamboyantes, d autant plus fines qu'elles voisinent avec de puissantes maçonneries féodales (fig. 271). Louis XII, fils de Charles d'Orléans, le poète prisonnier, était ne dans un castel de Blois, que Froissart trouvait ' bel, fort et plantureux, et des beaux du royaume " (fig. 276-277). Devenu roi de France, il n'abandonna point les paysages de son enfance ; il commença la réfection du vieux château, éleva un gracieux corps de bâtiment en briques et pierres surmonte d'une haute toiture a lucarnes gothiques.

Fig. 304. — .Abside r-^ |.r r •• 11

DE S...NT-P.ERRE, A Caen. »" Tançois 1 cnhn estoit. dit du

(Cliché seurdein.) Ccrccau, merveilleusement adonne

FiG. 3o5. — Tombeau

i>K .Marguerite de Bourbon,

DANS l'église de Brot.

iClicIté Hachette )

aprrs les bâtiments". De ce roi bâtisseur datent en particulier Cliambord, Madrid, Saint-Germain, La Muette, Villers-Cotterets, Blois, Fontainebleau, le Louvre de Lescot. On peut, dans chacun de ces édifices, suivre les progrès de la décoration classique ; au début du XVI' siècle, quelques ornements seulement sont empruntes ; mais bientôt un des principes latents du classicisme, la régulante, s'impose aux façades et aux plans des constructions modernes. Pourtant cette architecture royale, même quand elle semble imitée des palais italiens, en diffère, parce qu'elle ne repond pas aux mêmes besoins. La villa italienne est un lieu de repos aménagé surtout pour le plaisir des yeux ; elle est placée dans un site pittoresque que le regard se plait à parcourir du haut d'un belvédère. En temps de paix, la première des distractions du roi de France est de courre le cerf ou le sanglier. Presque tous les châteaux roj'aux touchent à une vaste forêt ; beaucoup ont été d'abord rendez-vous de chasse ; ce n'est pas sans raison que l'on trouve dans quelques-uns, Amboise ou Pau, une image de Saint Hubert (fig. 338) ; elle ne serait déplacée dans aucune des

maisons royales. Dans les peintures et les tapisseries qui les représenteront, presque toujours au premier plan, on verra le roi, sa cour et sa meute, au moment de l'hallali.

A Blois, dans l'aile de François 1' , l'escalier à jour (fig. 277) est une construction gothique parée

IMG. 3o6. - Le Juré de léol.se de Hro. . ^ l'italienne ; des loggim (Cliché Hachette.) recouvrent la courtine de

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