MICHEL COLOMBE
où les figures dédaignent d'être exprès- i— sjves et se contentent d'être belles.
Michel Colombe ne se présente pas dans l'histoire avec une personnalité très caractérisée ; mais les œuvres anonymes qui, en quête d'un nom, viennent se grouper naturellement assez près du sien, amplihent beaucou[) cette figure indécise. Dans cette région tourangelle, il y eut des sculpteurs qui taillèrent dans la pierre ou le marbre de jolies vierges, a la fois élégantes et naïves, saines et calmes, et affranchies de la vulgarité réaliste; naguère un violent mouvement de hanche dechamait dans les draperies un désordre tumultueux ; il disparait ; la taille se redresse et la robe retombe en plis tranquilles. Ce n est pas la majesté souveraine des vierges reines du Xlll siècle, mais l'élégance un peu villageoise, chère a Jean Bourdichon et au maitre de Moulins. Ces violents imagiers caressent maintenant de tendres visages féminins. La Vierge d'Ecouen et, plus encore, la Vierge d'Olivet (fig. 316) sont parmi les figures les plus séduisantes de notre statuaire, il n'clail pas besoin ici de nerf ou de volonté ; l'artiste cède a une volupté nouvelle, tout au plaisir de créer une forme très jolie et de la conlcm{)ler. Les hommes qui ont aimé ces oeuvres ignoraient encore la beauté italienne, mais ils étaient tout prêts à l'accueillir et à lui
faire fête. Ils commencent à s'essayer aux finesses des marbriers italiens.
L'art florentin va leur apprendre a mettre dans le corps entier, dans la souplesse des attitudes cl des draperies, celle pureté de lignes qu'ils donnent deja aux traits du visage.
Née quelques années |)lus tard, la Vierge d'Olivet, sans être plus gracieuse,
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eût éle d une elegame moins bourgeoise et se fut habillée d un tissu plus fin.
Lorsque, au commencement du XVI' siècle, Jean Perreal devint entrepreneur du tombeau de François I". duc de Bretagne, il choisit des marbres a Gcncs, les fit transporter a grands frais jusqu'à Lyon et voiturer de Lyon a Roanne ; de la, ils suivirent le cours de la Loire, jusqu'à Nantes, ou ils furent sculptes par Michel Colombe et ses élèves.
Ce n est pas seulement une matière nouvelle que nous allions ainsi chercher loin de chez nous ; le beau marbre, qui sera de plus en plus la pierre du sculpteur, oblige l'artiste a des finesses d'exécution impossibles avec la pierre des anciens imagiers ; son grain tendre et serre, sa blancheur, le poli de sa surface, imposent un modèle plus souple et plus précis. C'est le vocabulaire ornemental qui fut d abord transformé. Sur l'architecture aux lignes régulières, disi)araisscnt les nervures enchevêtrées et les feuillages déchiquetés du flamboyant. Des pilastres plats et des entablements se garnissent de candélabres, d arabesques et de guirlandes en relief atténue : décoration soumise comme une broderie au plan des surfaces et a leur encadrement. Les marbriers d Italie, venus en France des le temps de Charles Vlll, ont mêle leur style ornemental à des monuments ou les figures sont encore de race gothique. Mais bientôt ces figures elles-mêmes commencent à dépouiller leurs particularités de costume et de physionomie, pour se généraliser, s'idéaliser et tendre vers ce type de beauté que la discipline florentine et l'élude de l'antique venaient de faire connaitre. y\lors seulement notre art fut pénétre fond par l'esprit classique.
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DANS l'Église
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TOMliEAUX DE SAINT. DENIS —
Autour des sarcophages royaux ou princiers s'élevèrent de belles figures allégoriques revêtues de ces draperies conventionnelles dites antiques, qui révèlent les formes du corps. Le gisant n'est plus étendu dans une armure rigide ; il porte, a la manière romaine, la cuirasse qui modèle les pectoraux, l'abdomen et les hanches. Souvent il se relevé sur la dalle du tombeau, pour s'accouder comme un fleuve antique, ou bien s'agenouiller devant un prie-Dieu.
Le visage est encore un portrait, mais le corps est celui d'un héros impersonnel.
Les monuments de Saint- Denis rendent évidente cette transformation de la sculpture.
Pour passer du monde gothique a celui de la Renaissance, il faut suivre cette voie des tombeaux.
L'évolution de la forme y exprime une évolution morale. Les sculpteurs du Moyen Age avaient, dans ces rois gisants, fixé des images funèbres, et les insignes royaux n'ajoutaient guère au pauvre prestige de ces cadavres de pierre. Mais, au XVI' siècle, le roi n'apparaît plus seulement raidi dans la mort ; on le voit agenouille sur un joli édifice sculpté, qu'entourent de belles allégories ; car ce ne sont plus de sinistres pleurants qui se tiennent autour de Louis XI 1, de François I ' et d'Henri II. Le tombeau de François T , construit par Philibert Delorme (fig. 347), est un arc de triomphe, et le soubassement sculpte par F-'ierre Bonlemps raconte les exploits
KiG. 334. — Grille provenant
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