PORTE DE LA CHAPELLE
(Cliché Scurdein )
1 on sonl rire, non un rorps plein clans l'espace, mais une fii^ure dessinée ou peinte. Il stst applique a l'une des plus difticiles finesses de la sculpture florentine ; en des bas-reliefs très atténues, où cependant les corps prennent les poses les plus contournées, quelques centimètres de relief suggèrent avec élégance les attitudes d'une figure en mouvement. La superbe Diane du château d'Anet, si fiere de sa nudité divine, ne semblet-elle pas, elle aussi, contraindre sa tête altiere et ses longs membres à une pose de façade (fig. 352) ?
Comme chez les peintres décorateurs de Fontainebleau, les souples formes du sculpteur prennent avec une gracieuse aisance l'attitude qui garnit le mieux le cadre a emplir. Mais l'eleve a plus de jeunesse et de fraîcheur que les maîtres italiens qu il imite ; son ciseau affermit, aiguise les rondeurs du pemtre décadent ; il apporte une probité de primitif à transposer dans le marbre la grâce un peu lâchée des derniers corregiens. A la fontaine des Innocents, il a resserre, dans l'intervalle étroit de deux pilastres, des corps
d'ondines et, sur leurs membres plus souples que des algues, fait ruisseler des draperies fluides comme les eaux qui coulent de leurs urnes (fig. 349-331).
Dans l'œuvre moins exclusivement classique de Germain Pilon (né en 1535), survit l'art sans doctrine et naïvement naturaliste des imagiers du XV siècle. Il a, sur le tombeau de Birague (fig. 354) et celui d'Henri II,
Fui. 339. — ClÔTI-RE Df CHŒUR DE L> CATHÉDRALE DE ClIARTRES.
(Cliché Hcichelle.)
FlG. 3^0. TOMBEAI
m: Rknk II l)K Lorraim:
11,1 ISI-; nrs Coiu)Ki.ii:ks.
A Nancy.
iCInhO Seiii\1ciit )
placé de vigoureux portraits ; mais ces effigies exactes sont de broii/e.
comme Cellini avait montre a en couler ; tt le sculpteur, tout en copiant franchement les particularités des visages et des costumes, montre une élégance souveraine, inconnue avant l'influence italienne. Comme ils sont majestueux ces corps qu enveloppent de fines draperies ! Cette précision de style, unie a la grandiloquence, va subsister longtemps dans la sculpture française et plus particulièrement dans la statuaire des tombeaux ; Germain Pilon est un de ceux qui ont le mieux allie l'exactitude du portrait et la cadence de l'oraison funèbre. Il est encore un maître de notre école pour avoir, ainsi que Jean Goujon, découvert le secret des marbriers florentins qui donnaient a la pierre une sorte de vie subtile ; il leur a pris leurs formes flexibles, aux extrémités affinées ;il a rendu certaines qualités tactiles qui font sentir la souplesse du tissu et le frémissement (lu satin sur l'épiderme de ses nymphes. Les trois Grâces ou Vertus théologales qui devaient porter le double cœur du couple royal sont d'une élégance spirituelle, qui ne cessera désormais de plaire au goût français, et il est seulement surprenant que I on ait confie un poids aussi IMecicux a ces jeunes filles dont la vocation pour la danse est pourtant évidente (fig. 355).
L'art gothique, religieux et féodal n'avait demandé que très peu a la peinture ; et, dans les centres artistiques de France, la
l"l(i. 3^1. — TOMBKAf DES CARDI.NAIX 1) AmIUHSI; ; CATIIKOKAIE OE RolEN.
iG6
Lf:S ITALIENS A FONTAINEBLEAU
Fin. 342. — Figures du tombeau DE Philippe de Commines.
(Musée du hjiii'ic ) (Cliché llcichelte I
production pillorcsque iiVlail point coni|jaruble, en gênerai a celle des imagiers et des architectes.
Aussi, durant le XVr siècle, lorsque le roi voulut faire partici|)er la peinture au luxe monarchique, ne trouva-t-il pas dans son royaume les ressources si abondantes, au contraire, en sculpture et en architecture. Il fit donc appel à l'étranger ; des peintres vinrent de Flandre
et surtout d'Italie; ils apportaient avec eux la manière de leur pays et ne rencontraient pas, chez nous, un style national avec lequel il leur fallut composer. Les œuvres qu ils ont laissées s'expliquent par leur pays d'origine, non par leur pays d'adoption. Encore une fois, on constate que les Flandres nous adressent d excellents praticiens ; l'Italie nous envoie, avec des artistes, une esthétique nouvelle.
Déjà François 1 avait tenté
FiG. 343. — Tombeau de Louis XII d'attirer les plus illustres des
et d".\nne de Bretagne. italiens et, après Marignan, il
Eglise Saint-Denis. ramena Vinci, qui mourut bien-
(Clichè llachelU- ) • i r i ai
tôt ; li ht appel ensuite a Andréa del Sarto, mais ne put le retenir ; enfin il réussit a fixer Rosso, un eleve de Michel-Ange, et Primatice, un décorateur formé a l'art facile ds Correge. D'autres vinrent se ranger sous ces deux maîtres. Les innombrables fresques qu'ils ont développées sur les murs de Fontainebleau ont en gênerai disparu, détruites par le temps ou compromises par les restaurations. Mais leur œuvre intéresse moins par elle-même que par les habitudes nouvelles qu'elle apportait en France. Rosso et Primatice représentaient un art
l-'io. 344. — Parue sfPKHiEUKt
UK l-A CHEMINÉE DU CHATEAU D'KcOfEN.
iCliché lUtchcllc)
Ignore chez nous ; ils pratiquaient la manière llorentine, c'esl-a-diie un art savant. Ils connaissaient a fond les finesses de l'anatotnie et de la perspective ; ils agitaient avec aisance dans l'espace des corps souples et élégants. Cette école de dessin compléta naturellement l'enseignement que 1 on tirait des moulages d'après l'antique.
Les peintres Rosso, Primatice, Nicolo dell' Abbate furent, avec les statues grecques, les traites de Vitruve et de Serlio, les agents les plus actifs du classicisme en France. Par l'enseignement de ces artistes et de ces œuvres, 1 art franc^ais put s assimiler la doctrine italienne et antique, dont il n'avait, jusqu'alors, compris et imité que les gentillesses ornementales ; au fond de l'art classique, il trouva le culte du corps humain.
C'était chez nous chose nouvelle que cet orgueil de la beauté physique et cet audacieux étalage de la nudité. Les artistes du Moyen Age ne l'avaient tolérée que pour montrer la misère humaine, le dénuement honteux des reprouves ; la splendeur glorieuse des élus, ils la voyaient parée de tissus, de fourrures et de bijoux. Ces belles nudités plurent à une cour où les mœurs étaient galantes et la sensualité avouée. Cet art apportait, en outre, une leçon esthétique d'abord mal comprise, mais qui, peu a peu, pénétrera l'art français ; il apprend que la beauté du dessin tient dans les proportions idéales du corps humain ; les livres d'architecture que l'on traduit enseignent, au même moment, le canon des ordres , 168
FlO. 345. — ChE.MINÉE DE Hl'Gl'ES
l.AI.l.EMENT, AT MrSÉE DE ClCNY.
(Cliché ll.^cheltel
l.A PEINTURE DE STYLE CLASSIQUE
anlif|urs. L'art franrais va lonçîuement r
«•luclur celle geomclnc de la beaule ()ue
llorente venait de retrouver, et il ne
l'oubliera plus. C'est a Fontainebleau qu'il
prit sa première leçon. Jean Cousin parait
avoir été un des plus savants théoriciens
du nouveau style (fig. 370).
Les Italiens apportaient aussi une iconographie nouvelle. Ces figures idéales, il
fallait les nommer et donner un sens a
leurs grands gestes ; peut-être les peintres
ne se sont-ils pas beaucoup interesses
aux aventures d'Ulysse ou à celles de
Diane ; mais l'éducation humaniste allait
familiariser de plus en plus l'esprit français
avec le monde de la mythologie et de l'histoire gréco-romaine. Cette antiquité que
l'imagination concevait assez confusément
et où 1 humanité semble dépouillée de
toute particularité typique, sera l'époque
idéale où vivront ces figures un peu abstraites que nos artistes vont
désormais mettre sur pied. Dans la seconde moitié du XV'l siècle,
d'obscurs poètes et de médiocres peintres préparent les deux formes d'art par lesquelles l'esprit classique français s'exprimera le plus volontiers : tragédie et " peinture d'histoire '.
Les grandes compositions de Fontainebleau enchantaient les imaginations de visions splendides, mais elles ne se rattachaient à la vie contemporaine que d'une manière détournée, par des allégories et des allusions mythologiques. Il y avait place pour un art réaliste, celui du portrait.
Depuis le règne de François 1", ce fut à la cour de France une véritable fureur du
Fu;. 346. — ToMBEAf
DU DL'C DE BrÉZÉ;
CATHÉDRALE DE RoiEN.
(Cliché Hachette )
Fio. 347. — Tombeau de François I' ÉGLISE Saint-Denis.
(Cliché Hachette.)
FiG. 348. — Germain
Pli. os. — Buste d'enfant
t M usée du Louvre.)
r',7(i/K' ll.uhclte I
portrait. En ce temps d'élégance et de
galanterie, hommes et femmes raffinèrent
l'art de plaire, soignant leur figure et leur
parure, ils trouvèrent de lagrément a se
contempler en miniature et en peinture ;
pendant tout le siècle, des artistes furent
occupés à rendre avec des pinceaux menus
et des couleurs délicates des costumes de
gala et des visages fignoles. L'inventaire
des meubles de Catherine de Médicis,
parmi des tapisseries, des émaux et des
miroirs, compte trois cent quarante et un
portraits.
Ce sont les peintres du Nord, les émi-
grants de Flandre, qui ont, une fois de plus,
apporté la probité méticuleuse de leur
métier è portraiturer les hommes chez nous.
Leur manière est pareille, sinon leur habileté. Ces portraits, le plus souvent, ne
représentent que le visage ; l'attitude du corps ne vient que
rarement compléter la physionomie individuelle ; les Flamands du
XV- siècle avaient ainsi aimé à enfermer en de petits cadres la figure
et les deux mains de leur modèle. Mais, si l'application est toujours
scrupuleuse, 1 artiste montre maintenant une sincérité moins brutale.
Dans cette société mondaine, il sait rester véndique et cependant
paraître aimable ; le réalisme flamand s'est accommodé au ton de bonne compagnie, a la courtoisie de France. A en croire les portraits, les hommes, jusqu'au règne de François I", ont été d'une extrême laideur ; après celte date, l'agrément du dessin et des couleurs relève d'elegance les pires
vulgarités. Cette peinture Fio. 349. — Jean Goujon. — . 1 c j
Fontaine DES Innocents, A Paris. est légère, fine de peu
(Ciichi Hachette.) de matière, mais les moin-