LA PEINTURE ET L'EGLISE
monarchie trouve son profil clans cette imi- 1^- talion du Marc-Aurele antique qui, du
haut du Capitule, dresse encore aujourd'hui sur Rome son geste dominateur.
La peinture surtout nous avertit que nous entrons dans une ère nouvelle. Au Moyen Age, nos vrais peintres ont été verriers ou enlumineurs. Ces modalités de la couleur sont mortes avec l'art gothique. Apres la Renaissance, la monarchie, l'Eglise, la bourgeoisie s'éprennent de la peinture, a laquelle elles demandent des décorations pour leurs tti 4^//' m^ \ P^''*'^ ^' leurs églises et des tableaux pour jH j^HinL ^H I leurs cabinets. C'est dans cet art, plus docile, ■p «iK^gP^^^'^ plus riche pour exprimer les sentiments, que ■ » désormais nous trouverons les délicatesses
de la pensée fran(:;ai3e. La nouvelle architecture religieuse faisait grand usage des peintres. Pour les églises et les couvents nouvellement bâtis, il fallut d'innombrables saintetés ". Dans quelques villes. Pans, Avignon, Aix, la bourgeoisie aimait à mêler la peinture a l'exercice de sa piéte. Chaque année, au mois de mai, la confrérie des orfèvres, a Pans, donnait à Notre-Dame un grand tableau. Ces ' Mais ", connus de toute la ville, consacraient parfois de jeunes renommées. C'est par d'aimables coutumes de ce genre que, des le Moyen Age, les cites de Flandre et d'Italie prenaient conscience de leur âme collective en admirant un même chef-d'œuvre.
Depuis trop longtemps, la France avait manque de ces communions sentimentales oii s'exaltent les énergies artistiques. Un public parisien L de plus en plus affine va mainte- Fi... 3u}>. — Simon cinLi-ATs. —
nant assurer la vitalité continue de ^"^ '=^ -"^"i- •^^^'■- ^ AiiRi...n:
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Une constante immigration des (Musée du Louvre.) (CUché Hachette).
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(Musée du I.DUi'ic )
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Septentrionaux se trouve à lorigine de cette peinture française.
Les Flandres laissaient toujours déborder leur trop-plein d'ouvriers et d'artistes ; ils ont propage leur industrie dans la plupart de nos provinces ; ils partaient pour étudier l'Italie, ou simplement a la recherche de travail. Hollandais, Flamands, Picards, Lorrains, Champenois, ils allaient de ville en ville, peignant des portraits ou des tableaux d'eglises. Une longue entreprise les retenait parfois ; alors ils se fixaient, oubliant leurs pays d'origine et l'Italie de leur rêve, ils ont fonde des colonies dans beaucoup de nos grandes villes, et c est parce qu'ils ont francisé les syllabes germaniques de leurs noms qu on ne reconnait pas tout d abord leur origine.
Cest un de ces artistes errants qui, passant en Normandie, éveilla la vocation de Poussin. A Bordeaux, des artistes de Handre portraituraient les jurats, tandis que les Hollandais desséchaient les marais de Saintonge. Quand Sébastien Bourdon vint à Montpellier, il trouva la place occupée depuis longtemps par les Néerlandais. A
Toulouse, des Flamands et leurs élevés peignirent d'une manière raide, sérieuse, es notables de l'endrou vêtus de noir, agenouillés au pied d'un Crucifix, avec les insignes de leur magistrature. Mais c'est surtout sur la route d'Italie qu ils ont laissé des traces, aux grandes étapes. Pans, Lyon, la Provence. A Lyon se fixa la dynastie des Stella,
1 I.,. .4.1. >. - - 1 H . >.,ui.s Am,1 IF.R. — .MoNU.MKNI DK LA FAMILLE DE LONGUEVILI.K.
fMuade du Louvre.) (Clichi Ilaclu-llc 1
I-"l»i. 401. — MlCllKl. BoLKlJlN. — TOMBEAT DE LoUIS XI, A NoTAE-
Dame-de-Cléry H'.liché Limousin.}
l.- IMMIGRATION II. AMANDE
' OÙ les hommes et les femmes pei- ( gnatent el gravaient. Les églises proven(,ales abritent nombre de pemtures qui rappellent la pénétration contmue de lart flamand, depuis la manière des Van Lyck jusqu'à celle de Rubens, et tous les styles intermédiaires. A Aix, plusieurs tableaux de Finsonius, un Brugeois, montrent les fortes colorations de Flandre aux prises avec les ombres noires de Caravage, l'atmosphère ardente et enfumée de Tintoret. Autour de lui, d'autres peintres, comme Jean Daret (de Bruxelles), délayaient des effets flamands en des compositions bolonaises. Rubens seulement saura soulever d'un souffle puissant ce réalisme appesanti. Avignon continue d'être un centre d'art et une ville amie des peintres. Il y a là un public pour les retenir, les faire travailler et les comprendre. Ses églises abritent encore quantité de tableaux commandés par de pieux donateurs. Ce sont de grandes compositions où, le plus souvent, des figures aux formes rondes, chères à Guido Rem, se meuvent dans les ombres opaques de Caravage. Quelques-unes conservent une certaine solidité naturahste, que l'élégance banale de la mode ne parvint pas à énerver.
Parmi ces artistes, Nicolas Mignard, dit l'Avignonnais, se rendit célèbre jusqu'à Paris en peignant des " saintetés " dune correction raisonnable ; la politesse un peu froide de son art montre plus de franchise dans le portrait.
La noblesse du Comtat et de la Provence n'a pas
Fio. 402. — Jacques Sarrazin. — Tombeau uHenri de Condé, provenant de l'église Saint-Paul. Château de Chantilly.
(Cliché Hachette.)
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Philippe Dt (>ha.mpaigne. — (^iirisi .mokt. (Musée du Louvre.) (Cliché llachelle.)
manqué de peintres pour emplir ses galeries de portraits de famille. Cette province continue a retenir au passage des artistes qui vont à Rome ou qui en viennent. Ce n'est pas assez pour constituer une école originale ; cela suffit à rendre ce sol fertile en peintres.
Maigre bien des remaniements et des disparitions, les empreintes flamandes sont nombreuses encore dans les églises parisiennes du XVir siècle. Ce sont des petits panneaux, peintures faciles, bariolage amusant, exécutés avec des couleurs grasses, ou bien des tableaux d'autel dans lesquels le peintre s'est essayé à parler la langue de Rubens. Le Louvre, les hôtels des particuliers ont abrité aussi des décorations flamandes de paysages ou de mythologie. Henri IV a retenu Fourbus, qui passait a Paris, et Fourbus a portraituré sagement la malice joviale du Vert Galant et la majesté un peu lourde de la Reine. En 1620, quand Marie de Médicis cherche un peintre pour sa grande galerie du Luxembourg, elle appelle Rubens. On ne
pouvait songer a le retenir ; il laissa seulement une œuvre considérable et aussi quelques-uns de ses élèves, JustedEgmonl, Van Mol. Le peintre de la régente fut ensuite le Bruxellois Philippe de Champaignc, une des figures expressives de la société française (1602-1674). il iMO. 404. — Philippe de Champaigne. — Portrait fyt ^ç\^ ^y monde des Jan- DE LA MÈRE Agnès Arnault et »e sœur ^ -^j^^^^ . ^^^^ ^^^ ^^^^^ Catherine, sainte Suzanne. n 1 • 1 1
(Musée du Louvre.) {ciuhé Hachette.) sc rcHcchit la gravitc de
KiG. 4o5. — Claude Meli.an. —
Portrait de Peiresc (gravukei
(llibl. Xat., Lstanipes) (Cliché Ilachelte.)
leur pensée et l'austère piété de leur existence. Le métier robuste qu'il avait apporte de l'école natale, il n'en usa point pour jouer avec la beauté des apparences, mais pour hausser la peinture à la noblesse d'une méditation chrétienne et philosophique. Ses Christs morts, ses portraits combinent un sens profond du réel avec une intensité de vie morale peu habituelle dans l'art llarnand. 1! y avait, chez Champaigne et chez Poussin, trop de préoccupations semblables pour que le Flamand ne laissât pas bien souvent son instinct de naturaliste s'effacer devant les préoccupations d'un idéaliste psychologue. 11 compte parmi ces innombrables immigrés du Nord qui nous apportaient leur habileté manuelle el prenaient nos manières de penser (tig. 403, 404,406). Au-dessous des maîtres en faveur, travaillaient une foule de bons ouvriers peintres ; il: vendaient a la foire des paysages, des marines, et des copies ; ils mettront des fleurs, des oiseaux, des tentures, des vases dans les cartons des Gobelins, autour des figures que dessinera Le Brun.
Pendant le XV'ir siècle tout entier, nos peintres, auprès des Flamands et des Italiens, pourront posséder des qualités originales ; il leur manquera l'adresse d'exécution ; ils ressemblent a des enfants qui ont commence leurs études trop tard ; ils ne sont plus à l'âge où la naïveté est une séduction, et ils n'ont pas l'aisance sûre de la maturité. Il
manquait encore a notre école cette ''"■• -^"*' -'*"""'•'K'"^CHA.MPAIG^•^.- ^• i . i ■ 1 . ■ . Portrait de Riciielifu. certitude technique ou théorique qui r.u„sce dn Louvre.) (Cliché lUchelte.)
l'io. ^07. .— Lagneau. — Portrait (Dessin an Musée du Louvre.) (Cliché llaclietle.)
IR.tNCE - -
faisait la force des Flamands et des Italiens.
Des le premier tiers du siècle, les sculpteurs et surtout les pemtres groupes a Pans étaient assez nombreux pour que se formât un esprit de corps, ils ne sont plus isolés, eittachés pour un travail momentané à la personne du roi ou de quelque autre Mécène ; une large clientèle bourgeoise et ecclésiastique entretient leur industrie. Mais, pour vendre leurs œuvres, il leur avait fallu entrer dans l'organisation des vieux corps de métier. D'abord ils appartinrent à l'ancienne corporation de Saint-Luc. Mais c était se confondre avec les simples artisans, et cette confusion, impossible même dans les sociétés où la peinture est de tradition et a des racines profondes, devait sembler bien plus intolérable chez nous, où cet art, pour ainsi dire, nouveau venu, se présentait avec les titres de noblesse acquis pendant la Renaissance. 11 se forma, sous la protection royale, une .\cademie de peinture et de sculpture. Cette institution, qui remonte à 1 648, a subsisté jusqu'à la Révolution. Elle était, des son origine, et elle restera une corporation qui défend les intérêts de ses membres, une académie ou société savante qui voudra élaborer une doctrine, une école qui forme des élevés ; elle deviendra, par surcroit, sous Louis XIV, une sorte d'administration qui réglemente le travail artistique, et c'est surtout dans ce rôle quelle a mente quelques reproches. Son organisation permet en effet a l'Etat de gouverner les artistes. Mais, d'ailleurs, il n'est guère exact qu'elle ait jamais, par ses doctrines, contrarie le goût national. Sous l'ancien régime, elle comprenait tous les artistes dignes de ce nom, le nombre de
l"io. 4<)8. — Jacviis Cai.i.ot. — Acteurs
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(Hiblidlliéquc WU., estampes ) (Cliché llachctic.f