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L'ART ET L'HISTOIRE DE FRA.XCE

sifs d'une même âme. Ils semblent pourtant exclusifs l'un de l'autre ; les classiques méprisèrent le Moyen Age et les restaurateurs modernes du goût gothique n'ont pas encore pardonné a ceux qui l'avaient remplace. Un livre d'ensemble sur l'art français n'est possible que si l'on | abandonne ces prédilections exclusives : elles sont naturelles chez i des artistes qui doivent croire a la supériorité de leur idéal, sous ' peine d'en manquer ; elles sont sans excuse chez des historiens qui perdent toute raison d'être des qu ils ne rendent plus intelligible le passé. Notre sympathie doit suivre le goût français dans ses inclinations successives. Sacrifier Notre-Dame à Versailles, ou Poussin au maître de Moulins, ce serait renier une moitié de l'àme française ; par sa i richesse et sa variété, notre art invite l'historien a se montrer dintel- j ligence souple et de goût accueillant. I

Cette diversité française, d'ailleurs, suffit-elle à expliquer l'absence ' d histoire générale de notre art ? Elle aurait dû arrêter aussi les historiens de notre littérature ; or ici les essais d'ensemble ne manquent pas. Ils ne manquent pas, parce que la littérature figure dans les programmes universitaires. Pour notre art, au contraire, il n'en existe pas d'histoire, bonne ou mauvaise, parce que l'art chez nous n est pas matière d'enseignement officiel. L'Université n'aime pas les [ images ; elle n'a jamais connu que les livres. Les murs de nos vieux > collèges n ont entendu nommer des monuments ou des artistes que | lorsqu'il arrivait a Cicéron ou à Quintilien de citer l'art grec. Aujourd hui qu'elle touche a tout, " l'Instruction publique ' continue, par habitude, à ignorer les beaux-arts ; ou plutôt, ce n'est plus seulement habitude, mais volonté réfléchie ; car les aréopages ont décide que ces matières ne pouvaient être admises parmi les disciplines propres a former l'esprit des jeunes Français ; l'ignorance de lart, qui avait seulement pour elle la force de la tradition, a, depuis leur décision, la dignité d'un principe. L'austérité universitaire soupçonne-t-elle ici quelque amusement frivole et faut-il reconnaître, dans sa défiance ou son dédain, une forme atténuée, raisonnable et comme pédagogique, de la vieille haine théocratique contre les

PREFACE

images ? Ou bien simplement est-il impossible de montrer à des gens qui ne s'en sont jamais servi qu'une chose pourrait être utile ? Quoi qu'il en soit, le temps seul pourra changer l'opinion de l'Université en renouvelant les générations. Attendons le moment ou la curiosité de 1 art. a force de monter, passera par-dessus les clôtures de nos écoles.

Soyons justes, pourtant. L'histoire de l'art est deja installée dans l'enseignement supérieur. Elle va, sans doute, se répandre, du haut de ces sommets, a travers l'Université tout entière, et les plus beaux espoirs seraient permis, si l'on ne devait craindre de graves malentendus. Notre enseignement supérieur, tout naturellement, applique aux monuments artistiques les méthodes d'érudition et de critique qui donnent tant de satisfaction ailleurs. Tard venue dans la famille déjà nombreuse des sciences historiques, l'histoire de l'art use les robes des grandes soeurs ; on pourrait lui souhaiter des vêtements plus a sa mesure, mais non de plus confortables. Rien de plus légitime que des enquêtes approfondies pour atteindre toute la certitude et toute l'exactitude possibles. La biographie d'un sculpteur, l'histoire d'une église demandent des recherches nombreuses et difficiles. Rien de plus honorable qu'une thèse de bonne érudition sur la peinture, même si l'auteur n'a jamais regarde un tableau. Les circonstances extérieures de l'art suffisent amplement à déborder pendant des siècles des armées d'erudits. et il faut, après tout, admirer ces ascètes que le scrupule d'exactitude retient dans les bibliothèques et les dépôts d'archives où se prépare la science, loin des musées et des monuments où l'on risque toujours un peu de faire du sentiment. Mais est-ce bien la l'histoire de l'art qu'il faut propager ? L'art doit-il fournir une matière nouvelle aux bonnes méthodes historiques ? Ou plutôt ne doit-il pas être accueilli pour lui-même, pour le sens enferme dans le langage des formes et que nos yeux doivent découvrir ? En littérature, jamais l'histoire des auteurs ne fera oublier leurs écrits, car la lecture et le commentaire des bons livres sont parmi les excellentes traditions de notre enseignement ;

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