SIMON VOUET. — EUSTACIIE LE SUEUR
décorateurs Italiens. A en juger d'après les gravures de Dorigny. quelques-unes de ses compositions paraissent presque copiées de Veronese.
Mais son talent est de surface, et celles de ses peintures qui ont subsiste montrent trop qu'il n'en avait pas retenu le charme coloré. Avec des rousseurs lourdes dans les ombres, des pâleurs fades dans la lumière, sa couleur ne sait pas éclater sans discordance (tig. 424). Nous retrouverons bien de ces défauts chez ses élevés : Le Sueur, Le Brun et Mignard. Ce peintre tire une réelle importance historique de ce que les plus grands artistes de notre école classique se sont formés auprès de lui. 11 fait la transition entre les décorateurs d'Henri II et ceux de Louis XIV. Avec ses élèves, il a répandu dans les hôtels bourgeois la mythologie monarchique de Fontainebleau.
LeSueur(1616-1655) lui doit sans doute sa facilité un peu lâchée. Il n'est pas aile en Italie ; il n en est pas moins, grâce aux gravures, un admirateur fervent, parfois même le copiste de Raphaël, surtout quand il s'applique.
Dans les abondantes peintures que ce peintre, mort jeune, exécuta pour les financiers et les couvents, on sent un peu de l'ingénuité, de la sincérité des primitifs ; il n'emploie pas le procédé bolonais des grandes masses d'ombre ; le ton gênerai est d'une clarté pâle ; les draperies montrent souvent cette crudité acide que les peintres dévots afîectionnè-
FiG. 4i3. — .\ttribué aux Le Nai.n. — Joueurs de cartes.
(Mttsée d'.Mx.) (Cliché Hachette.)
renl de tout temps. Le sentiment
n'est pas voilé par le métier ;
les vierges douloureuses aux teintes molles expriment le deuil en
un style d une tristesse trempée
de larmes. Parfois on voit paraître
certames figures qui ne sont qu'à
lui, petite sainte d'une gentillesse
menue et chlorotique, tête blonde
de séminariste sentimental ; ces
frêles physionomies sont bien les
créatures de son génie parmi
trop de barbes blanches et de
profils antiques qui, alors, appartenaient à tous les peintres. La
Vie Je Saint Bruno est compo- p,fj ^,,-, j p xain. —
sée de peintures rapides et sans Poh irait » in membre de i.a iamuu:
grande habileté ; la nudité du Pkri ssv.
récit, la simplicité du décor sont
en harmonie avec le sujet et le milieu, une église de Chartreux ;
mais l'austérité en est adoucie par la tendresse (fig. 427 a 431). L'architecture religieuse qui s'installe chez nous fait aux tableaux
un meilleur accueil que l'architecture gothique. Le jour n'y est pas rompu, disperse, bariole par les piliers et les verrières ; sur l'autel, deux colonnes portant un fronton peuvent encadrer une grande composition éclairée par une lumière égale. On suspendit aussi des peintures dans des églises gothiques ; elles y restent ensevelies dans l'ombre des chapelles, car le tableau et le vitrail sont ennemis. Beaucoup mentent l'estime, sinon par la beauté de l'exécution, au moins par la conviction du sentiment.
Fio. 417. — Le Nai.n. — . • . , ,